Les enfants de Troumaron sera diffusé au Star de Bagatelle du mercredi 3 au dimanche 7 octobre aux séances de 18 et 21 h. Le deuxième long métrage mauricien, réalisé par Sharvan et Harrikrishna Anenden avec une équipe de comédiens entièrement mauricienne, a été adapté du roman d’Ananda Devi, Eve de ses décombres, prix des Cinq Continents. Après une avant-première très attendue, ce long métrage arrive pour la première fois en salle dans le pays où il a été créé. Les cinéphiles et professionnels québécois ont pu le découvrir lors d’un festival à trois reprises début septembre. Ce sera bientôt le tour des Réunionnais, puis aux cinéphiles de Bombay et Goa !
Le public du Festival du Film d’Afrique et des îles (FIFAI) découvrira Les enfants de Troumaron le 3 octobre, soit à quelques heures près au moment où les Mauriciens pourront eux aussi commencer à le voir dans l’une des salles du cinéma Star de Bagatelle. Deux séances, programmées chaque jour jusqu’au dimanche suivant, permettront aux cinéphiles mauriciens et à ceux s’intéressant à la création en général, de voir ce dont des comédiens en herbe, dont c’est le premier rôle, sont capables sous cette latitude, lorsqu’ils sont encadrés par des professionnels.
Au moment de l’avant-première mauricienne, Harrikrishna Anenden était à Montréal, au festival Films du monde. Il a alors pu mesurer l’intérêt d’un public averti en matière de cinéma, mais ne connaissant généralement Maurice qu’à travers quelques clichés touristiques. Le film y a été projeté à trois reprises et, à chaque fois, les questions ont fusé marquant, par exemple, l’étonnement lorsqu’il est précisé que la plupart des comédiens jouent là leur premier rôle.
L’écriture d’Ananda Devi est peu connue dans le Canada francophone. Aussi est-on surpris à la réception de ce film par la dureté des situations qu’il restitue et, malgré cela, de sa grande poésie. La poésie seule permet probablement d’apporter un témoignage aussi subtil sur la détresse d’une jeunesse livrée à elle-même quand elle ne l’est pas à la violence d’autrui et d’un système social oppressant.
« Pour moi, d’une certaine manière, nous confie Harrikrishna Anenden, il est plus important que ce film soit diffusé à Baie-du-Tombeau, là où nous l’avons tourné, plutôt que dans les salles. C’est notre intention d’organiser ce type de projection avec un écran que nous amèneront sur place, mais il nous faut trouver les outils de projection au bon format. »
De père à fils
Les enfants de Troumaron vient d’être sélectionné par la Mumbai Academy of Moving Images, pour le festival qui se tient à Bombay du 18 au 25 octobre. Mais surtout, il passera aussi à Goa, du 20 au 30 novembre, dans le cadre de l’International Film Festival. Il est également question de Film Africa début novembre, un festival organisé par la Royal African Society, ainsi que d’une autre diffusion en salle à Montréal et Toronto.
Ce film, particulièrement soigné sur le plan de l’image, montre des quartiers de Baie-du-Tombeau et de Port-Louis, comme l’occasion n’en n’a jamais été donnée jusqu’alors. À l’esthétique visuelle, dont le réalisme n’est cependant pas masqué ou déformé, s’associe une bande originale tout à fait appropriée qui s’appuie sur une création de Rémi Boubal, ainsi que sur un chant soufi très méditatif d’Abida Parveen (Raqs-e-Bismil) et sur quelques excellents morceaux de notre ségatier Menwar.
S’il a déjà travaillé avec son fils Sharvan comme assistant cameraman lors de la réalisation du moyen métrage La cathédrale, cette fois, la collaboration s’est jouée pour ainsi dire d’égal à égal et, sans doute, dans la complémentarité. Lorsque nous lui demandons s’il est facile de travailler avec son propre fils sur une production artistique, la réponse se colore de nuances : « Nous avons l’habitude de travailler ensemble, mais je crois qu’il est plus difficile de se dire les choses lorsqu’il y a un lien filial. Ce n’est pas seulement une question de génération. Nous appartenons tous deux à une école de pensée différente… » Si Harrikrishna a une longue carrière de documentariste au service de l’Organisation mondiale de la Santé, Sharvan écrit quant à lui des scénarii depuis tout petit. Il a d’ailleurs tourné des petits films au collège et se prépare désormais, à l’âge de 27 ans, à réaliser ses propres projets.