Vendredi et samedi, le monde du jeune cinéma mauricien va littéralement entrer en ébullition grâce à l’initiative de Lawrence Makoona et Krishna Luchoomun, avec une nouvelle session de Kino Cinéma, à laquelle 19 cinéastes, artistes et plasticiens vont participer. Immédiatement après ces 48 heures de tournage, action et montage, le public pourra découvrir gratuitement, samedi soir, à 19 h, à l’Institut Français de Maurice (IFM), 90 minutes de projection, une dizaine de films courts, fruits à point de ces activités fondées sur l’ouverture d’esprit, l’accessibilité et la dynamique de groupe.
Des sessions de Kino Cabaret ont eu lieu non seulement à La Réunion, mais aussi à Melbourne et Sydney avec la contribution de kinoïtes mauriciens, depuis la dernière session qui s’est tenue à Maurice en novembre 2009. L’initiateur du kino australien n’est autre que Lawrence Makoona, qui a entre-temps fait ses études sur l’île-continent avant de travailler et se mettre à son compte dans le secteur du multimédia.
L’activité a tellement de succès tant auprès des contributeurs potentiels que des spectateurs qui se déplacent pour les projections, que des séances de projection composées d’inédits sont organisées tous les mois à Melbourne. Avant de venir se reposer au pays natal, Lawrence Makoona a vécu une session de projection à laquelle 15 personnes (réalisateurs, comédiens, monteur, etc.) ont participé devant une salle comble. Notre interlocuteur a également participé à des résidences de Kino Cinéma au Metro Screen, à Sydney.
Après le plaisir de partager dans la chaleur humaine une projection inaugurale, l’intérêt de ces films courts réalisés en 48 heures par des mordus de cinéma extrêmement polyvalents et solidaires est qu’ensuite ces petits films peuvent immédiatement être diffusés et donc regardés en ligne sur Vimeo, YouTube ou ailleurs. S’il est possible de s’informer sur les initiatives mauriciennes sur www.kino-maurice.com, on peut aussi découvrir par exemple les films inspirés que Katty Laguette a réalisés à Grand-Port lors d’une récente session, sur YouTube.
Bien faire avec rien, ou presque
Venu en séjour ici, Lawrence Makoona n’a pu s’empêcher de relancer le Kino à Maurice, où il n’a pas fait parler de lui depuis cinq ans. Les 19 personnes qui ont répondu à l’appel se retrouvent vendredi matin à l’IFM, à Rose-Hill, pour échanger sur leurs projets et sujets de films, préalable incontournable aux tournages et schémas d’organisation. Les lieux de tournage se décideront alors sur-le-champ ainsi que la répartition des responsabilités des uns et des autres, avant que tout le monde, réalisateurs, comédiens, maquilleuse, etc. passe à l’action proprement dite.
Cette session ayant été décidée très rapidement, elle ne bénéficie pas cette fois-ci du soutien de sponsors, mais chacun a prévu d’amener son matériel, caméras numériques, ordinateurs équipés en logiciels de montage et autres accessoires de tournage, principe qui illustre parfaitement la philosophie du Kino Cinéma, qui consiste à « bien faire avec rien, faire mieux avec peu et le faire maintenant. »
La liberté de création est un autre des principes de base du Kino Cinéma, qui n’impose donc aucune contrainte thématique ou formelle, si bien qu’il peut en résulter aussi bien des clips, que des antipubs, des fictions, du dessin animé, de la vidéo d’art, du documentaire, etc. Vu leur petit format, il s’agit le plus souvent de films-concepts plutôt que de scénarios dans lesquels on développerait une histoire du début à la fin.
Inspirations
Vite fait ne veut pas dire bâclé, car chaque auteur mûrit et prépare son projet avant d’entrer en action dans une dynamique créative extrêmement stimulante et fondée sur le collectif. Dans le passé, lors des précédents kinos mauriciens qui avaient été lancés par le plasticien Krishna Luchoomun, les thèmes traités tournaient particulièrement autour des tensions sociales, les attentes des citoyens d’aujourd’hui, les caractéristiques et maux de la société actuelle (dépendance au portable par exemple) ou encore les personnages marquants du monde du spectacle tels que Kaya qui a été la source d’inspiration de plusieurs films pour le cinéaste réunionnais Derf.
Il faut se souvenir que ce système d’organisation différent a été inventé à l’origine en 1999, au Québec, par deux mordus de cinéma qui n’en pouvaient plus d’attendre que tous les moyens techniques et financiers soient réunis pour voir leurs projets de films aboutir… Ils ont créé une coopérative de diffusion et leur invention a littéralement fait tache d’huile, en Europe et dans de nombreux pays francophones, jusqu’à toucher nos îles mascarines.
L’autre aspect fondamental du kino réside dans la rencontre et l’ouverture, car les séances de réalisation et montage permettent dans l’esprit du 7e art tout de même, la rencontre d’innombrables métiers, d’auteurs d’horizons et de styles très différents et aussi très souvent de passionnés venus de différents pays. C’est ainsi que parmi les quatre sessions qui ont été organisées entre 2006 et 2009 à Maurice, se sont retrouvés ensemble en 2008 des professionnels de Maurice, de la Réunion, de Madagascar, de France, de Belgique et du Canada.