Lonbraz Kann raconte la fermeture d’une usine sucrière, ses conséquences et surtout la façon dont cet événement a été vécu par ses employés. Étonnant que ce genre d’intrigue n’ait pas déjà fait l’objet de plus de créations photographiques, d’études sociologiques, d’oeuvres d’art et autres romans tant cela fait partie du paysage mauricien ! Le projet cinématographique de David Constantin, Lonbraz Kann, pourra plonger les cinéphiles dans ces réalités, si mauriciennes et en même temps si proches de celles que connaissent d’autres populations à travers le monde.
La centralisation sucrière est de longue date en marche à Maurice mais, avec parallèlement le développement de nouvelles industries et marchés, le démantèlement des accords préférentiels ACP-CEE est venu ces dernières décennies achever la profonde transformation qui a fait évoluer Maurice d’une industrie cannière aux industries de services. « Cette évolution majeure de la société, estime le réalisateur David Constantin, s’est déroulée finalement sur un court laps de temps et je crois qu’on n’a pas encore vraiment mesuré l’impact de ces changements. J’ai commencé à m’intéresser aux VRS (Volontary Retirement Scheme) au moment de la fermeture de l’usine de Saint-Félix. J’ai eu alors le sentiment puissant qu’on assistait à une fin d’époque. Je rencontrais des gens qui ne me semblaient vraiment plus en phase avec le modèle qu’on leur proposait. »
Les personnages principaux de Lonbraz Kann sont quadragénaires ou quinquagénaires, d’anciens employés, ouvriers ou contremaîtres de l’industrie sucrière. Marco et Bissoon ont passé leur vie à travailler pour le moulin de Nouvelle-Découverte qui va fermer. Et Lonbraz Kann va suivre cette histoire de la dernière coupe, des ouvriers qui se retrouvent inactifs du jour au lendemain et des lieux que l’on démolit pour passer à autre chose… Déjà, il y a quelques années, la simple et ironique histoire d’une personne âgée qui cherchait à faire réparer son transistor, Made in Mauritius, montrait ce décalage qui dépasse le simple conflit des générations en faisant découvrir deux mondes, deux conceptions de la vie qui ont du mal à s’harmoniser.
« Dans ces deux films, poursuit notre interlocuteur, je me demande en fait dans quelle mesure la métamorphose de la société est accompagnée par une métamorphose de la pensée… La décision d’arrêter certaines activités économiques est mise en place dans le cadre des accords ACP-CEE. Mais, finalement, la population subit ces décisions qui émanent des instances internationales et leur vie en est affectée… Leur vie, leur village, leur enfants sont affectés par ces changements profonds. » Les personnages du film, Devi, Ah-Yan le boutiquier, Zéponz et bien d’autres, permettront au public de partager ce vécu et d’y apporter à distance toute l’attention requise.