Devenir partenaire individuel de Lonbraz Kann ! C’est ce que proposent les promoteurs de ce long-métrage mauricien en lançant une campagne, inédite à Maurice, de financement participatif. Orchestrée sur internet par Touscoprod, cette initiative vise à réunir Rs 400 000 en 60 jours afin de boucler le financement de la réalisation du film, dont le budget s’élève au total à 700 000 euros. S’il n’est pas atteint le 5 juillet, ceux qui ont promis un don ne seront pas débités. L’intérêt ainsi suscité vise aussi à constituer par anticipation le premier public de ce film dont le tournage est prévu fin octobre.
Lonbraz Kann raconte la métamorphose de Maurice à l’heure où un moulin à sucre ferme ses portes, et ceux qui y travaillent doivent quitter leur maison et s’inventer une nouvelle vie. Marco, Rosario, Bissoon et leurs collègues tentent chacun à leur manière de garder la tête hors de l’eau, se retrouvant parfois à la boutique Ah Yan où ils partagent leurs angoisses et espoirs… Ce long-métrage en kreol morisyen se concentre sur un des aspects les plus profonds dans le processus de transformation que connaît la société mauricienne depuis deux ou trois décennies. À travers cette histoire, une nouvelle conception de la société s’impose du jour au lendemain à des familles qui n’y sont pas préparées, à l’instar des ouvrières du textile ou de l’acier qui ici et ailleurs perdent leur emploi à cause des délocalisations qui se produisent désormais à l’échelle du marché mondial.
Il ne manque plus que trois comédiens pour compléter le casting de ce film qui parle des grandes mutations contemporaines à travers une fenêtre mauricienne. Une première formation va tous les réunir en juin avec la comédienne française Marie Raynal. Puis, ils se retrouveront en septembre pour entrer dans le vif du sujet avec une préparation au tournage, en s’exerçant devant la caméra et en travaillant plus directement sur les dialogues et le scénario du film. Le tournage devrait s’étendre sur six semaines à partir de fin octobre, en période de coupe donc puisque les personnages vivent leur dernière campagne sucrière.
L’équipe du film a lancé lundi une campagne inédite à Maurice de financement participatif pour boucler le budget du film et susciter l’intérêt. Dans le principe, ce genre de démarche existe dans le secteur du cinéma depuis longtemps mais elle a été amplifiée par les nouvelles possibilités offertes par les réseaux sociaux et l’Internet. Ce que l’on appelle en anglais le crowdfunding présente l’avantage d’attirer la participation et l’implication d’un public très large et non institutionnel sur la plate-forme mondiale du web. Le montant des contributions financières au projet varie en fonction des possibilités de chaque participant, allant de Rs 400 à plus de Rs 40 000, et chaque contribution est assortie d’une contrepartie qui va de l’affiche dédicacée au voyage culturel à Maurice en passant par la présence au tournage, etc. Ce genre de campagne créée une émulation autour du projet avant même que le film ne soit tourné et ne sorte en salle, ce qui permet peut contribuer à son succès.
Tourner et former
Le metteur en scène David Constantin et la coordinatrice de la campagne Élise Mignot ont rappelé que Lonbraz Kann présente à la fois des ambitions cinématographiques et des ambitions de formation. S’il a réalisé de nombreux courts-métrages en documentaire et en fiction, David Constantin est aussi un pédagogue du cinéma qui s’est toujours montré attaché au développement des métiers du cinéma à Maurice comme en témoigne le festival île Courts, dont il est un des instigateurs qui a privilégié la formation et la production de film à la distribution de prix honorifiques.
Le tournage et toute l’organisation de Lonbraz Kann ont été conçus autour de ce double enjeu qu’est la création d’un film sur un sujet mauricien, ainsi que la formation et le développement de compétences mauriciennes qui permettront de viabiliser d’autres projets par la suite. Faire de Lombraz Kann une sorte de film-école a notamment permis de bénéficier d’un financement conséquent de l’Union européenne, dans le cadre du Programme d’appui aux secteurs culturels pour les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP). Le projet est également financé par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), par le Board of Investment (BOI) à Maurice dans le cadre du Film rebate scheme et par Global Film Initiative, une fondation américaine qui soutient les projets favorisant une meilleure compréhension interculturelle à travers le cinéma. La cellule Culture et Avenir du Bureau du Premier ministre mauricien apporte aussi son soutien notamment pour faciliter les formations qui vont être données tout au long de la réalisation du film. 60 % du budget de réalisation du film, d’un montant de 700 000 euros, a été réuni jusqu’alors grâce à ces différents soutiens. L’enjeu pour les 60 jours à venir est de réunir les Rs 400 000. Cette campagne est relayée par le site français de financement participatif dédié au cinéma Touscoprod, où il est d’ores et déjà possible de découvrir une présentation écrite et filmée de Lonbraz Kann. Aussi David Constantin vient-il prochainement à la rencontre du public pour présenter son projet : mercredi 22 mai à 19 heures, au Domaine de la Salette à Grand-Baie ; vendredi 31 mai, à 19 heures au Meltin’ Potes à Moka ; et jeudi 13 juin, à 19 heures à l’hôtel Tamarin.
Renseignements sur www.touscoprod. com/lonbrazkann