Âpres discussions lors de leur assemblée générale spéciale organisée hier pour débattre de la question des “cinq credits”, la Fédération des managers des collèges privés a décidé d’envoyer un mémorandum au ministère de l’Éducation, dans lequel cette instance fera part de ses propositions. Les membres présents à cette réunion affichaient un air très sombre laissant transparaître l’inquiétude qui règne dans le secteur secondaire privé.
L’inquiétude d’un avenir incertain pour leur collège transparaissait hier sur les visages de bon nombre de directeurs de collèges lors de l’assemblée générale, qui a eu lieu au Mauritius College, à Curepipe. La Roman Catholic Secondary School Union, regroupant les recteurs des collèges catholiques et membre de cette fédération, n’était toutefois pas présente. Lors d’un point de presse après cette Réunion, Bashir Taleb et Harris Bachwa, respectivement président et membre de l’exécutif de cette fédération, ont confirmé les risques réels d’une diminution du nombre d’élèves en Lower VI dans leur secteur et même, dans certains cas, une disparition totale de la classe de Lower VI.
Les mêmes interrogations ont resurgi hier parmi les membres, les questions venant le plus souvent étant : pourquoi cette soudaine décision du ministère de revoir le critère d’admission en Lower VI alors que la priorité, selon eux, aurait dû être la mise en oeuvre du Nine-Year Schooling ? Pourquoi “cinq” credits et pas “quatre”, comme ce fut le cas avant 2011 ? Le ministère aurait-il un “hidden agenda” concernant certains collèges privés ?
Selon Harris Bachwa, directeur de la Friendship Girls, le critère de “four credits” pour entrer en Lower VI avait été introduit en 1977 à la suite d’une recommandation figurant dans un rapport portant la signature du feu Frank Richard. « Le ministère de l’Éducation est venu avec un règlement pour entériner cette décision. Ce critère a bien marché et a donné des résultats. Avec les cinq “credits”, les collèges n’ayant qu’une seule classe de HSC et ceux proposant une seule filière d’études devront abandonner et mettre un terme aux classes de HSC », affirme Harris Bachwa.
Selon les observations des dirigeants de cette fédération, les mesures prises par le gouvernement depuis deux ans « tendent vers la disparition graduelle du secondaire privé », notant qu’il y aurait aussi une tendance « pour prendre le contrôle de ce secteur de l’éducation ». Et Bashir Taleb de souligner : « La Fédération de même que les syndicats des profs du privé n’ont aucun représentant au sein du board de la PSEA. À l’exception des circulaires que nous recevons pour informer de certaines décisions, il n’y a plus de communication et de dialogue entre la PSEA et les collèges privés. » Le président de la Fédération des managers poursuit : « Comment voulez-vous que nous ne soyons pas amers lorsque le ministère et la PSEA ne jugent pas important de discuter avec nous d’une décision aussi cruciale que celle concernant le changement de critère pour l’admission en Lower VI ? »
Dans certains milieux du secondaire privé, certains pensent que « le processus de nationalisation des collèges privés a été enclenché d’une manière subtile ». La Fédération des managers est-elle aussi de cet avis ? « Franchement, par la manière de faire des autorités, on pourrait croire que nous allons dans cette direction, à moins que le ministère vienne nous dire et démontrer que nous sommes encore des partenaires de l’éducation nationale », répond Bashir Taleb.