JEAN-LUC MOOTOOSAMY,
ancien collègue

Deux-mille signes, c’est le nombre de caractères que tu annonçais presque chaque matin, lorsque tu livrais, cher Pierre, le contenu de ton katora de journaliste au briefing du « Mauricien ». Deux-mille signes, ce sera la taille de cet hommage. Cela disait beaucoup de toi et de ton journalisme : ne surtout pas occuper inutilement l’espace, aller à l’essentiel, offrir une écriture exigeante, précise, concise et juste. Avec deux-mille signes, tu laisserais place, avec élégance, aux autres titres de l’actualité et à nous, tes confrères.

Tes chroniques judiciaires, tes reportages étaient finement composés. Ils demeurent une école d’écriture pour ceux qui souhaiteraient apprendre à hiérarchiser l’information, rapporter fidèlement des faits, se défaire d’intentions personnelles, d’opinions dans l’écriture journalistique.

Lorsque nous sommes devenus collègues en 1998, tu m’as accueilli avec une immense bienveillance, une grande bonté, un sourire complice, malicieux. J’avais compris que les nouveaux collègues, spécialement les jeunes, étaient à tes yeux une chance et non une concurrence. Tu partageais, transmettais, étais un pilier discret sur lequel nous pouvions nous appuyer. Pierre Grimaud, tu étais de ce bois-là. Avec toi, point d’emballement et d’excitation exagérée devant l’actualité.

Tu la traitais avec calme et distance, en saisissant les faits, en faisant abstraction des multiples bruits qui brouillent l’information.

Et après la pression du bouclage du journal, lorsque nous nous retrouvions entre collègues un après-midi de semaine ou tard le vendredi soir, nous faisions un autre débriefing pour parler des coulisses de l’actualité, de ce que nous pourrions faire le lendemain, pour parler de nos vies respectives. Pierre, croiser ta route était un vrai cadeau. Et puisque Le Mauricien, ton journal, me le permet, je souhaiterais t’offrir cinq signes en conclusion. Je pourrais dire ADIEU. Je préfère MERCI.