L’élection partielle projetée dans la circonscription numéro 18 pourra être inscrite sur la liste des scandales qui traversent le pays. Pour cause, elle comporte toutes les caractéristiques d’une action délibérée et insouciante qui  va occasionner autant de dépenses,  éveiller des soupçons, susciter une révolte silencieuse, et symboliser une propension à du gaspillage de temps et d’énergie, puisqu’elle va s’avérer inutile. Comme tout scandale, elle provient d’un politicien qui, voulant assouvir un agenda personnel avec l’argent du contribuable, fait peu de cas de la dette publique, et encore moins de ce qu’en pense le peuple. Toutefois, à la grande différence des scandales qui nous ont été catapultés depuis un certain temps, celui-ci n’est pas l’oeuvre d’un membre de l’alliance au pouvoir. Ironiquement, ce sera le produit de quelqu’un qui nous dit vouloir stopper tout gaspillage de fonds publics à des fins de satisfaction de quelque fantasme d’ordre personnel ou  familial.  
La raison première annoncée pour déclencher ce qui pourrait être une longue campagne électorale de huit mois, est de protester contre le projet Metro Express du gouvernement. C’est du cher payé pour un peuple qui en a assez de voir jeter l’argent public par la fenêtre.  Lui qui sait que rien ne va changer dans sa vie après cette partielle, et que le gouvernement fera comme il l’entend. Aussi, le peuple ne comprend pas comment quelqu’un qui après deux ans de complicité avec un gouvernement, se découvre une vocation de nettoyer ses anciens amis qui y sont toujours. Se refaire une virginité ne devrait pas être aussi coûteux !
Le grand perdant
On se fait peu de souci pour le grand perdant de cette élection partielle. Le peuple qui va se laisser traîner dans la frénésie d’une campagne, fut-elle localisée, gagnera peut-être le sentiment de s’être vengé des excès et arrogances de ses politiciens. Pauvre de lui, il ne se doute pas de la nature éphémère du plaisir d’une croix rageuse sur un bulletin de vote. Et, quand cette fièvre momentanée de la campagne sera passée, il réalisera que son excitation n’aura servi à rien. Et que dans le fond la gestion des affaires publiques n’a nullement été influencée par les manigances. Et même, que l’électeur  du Circo. 18 se rendra compte, qu’il aura cautionné un système qui le mène en bourrique. Business as usual. Le mot business, au sens péjoratif  du terme, bien entendu !
On agitera l’argument qu’il faut envoyer un signal fort au gouvernement. Comme si les preuves manquaient pour démontrer  la cote de popularité ou d’impopularité du gouvernement. Ou que  les agissements peu flatteurs des gouvernants étalés depuis 30 mois ne suffisaient pas pour convaincre la population de l’état du pays et la compétence de ses mandarins. Et qu’il fallait, – pour tout  comprendre, absolument lui en faire un dessin au numéro 18 qui coûtera  des millions – le prix d’un scandale.
Défaite assurée
S’est développé durant ces 30 derniers mois un vague consensus populaire autour de la critique du présent gouvernement. De frêles agitations du peuple se sont organisées pour dénoncer quelques  gabegies du gouvernement dans sa gestion de l’affaire BAI, les nominations politiques, l’Heritage City et autres bals de couleur. Difficile de tous les inventorier ici. Mais il serait prétentieux de croire que la condamnation du parcours du gouvernement est unanime. Et si l’alliance au pouvoir décide de s’intéresser à cette partielle, lui ayant l’appareil d’état à sa disposition, faut être naïf pour ne pas pouvoir prévoir la suite.
   Une élection exige du peuple qu’il fasse un choix. Lorsque se présente une élection, les esprits changent, les roder bout aux genoux flexibles, et les nouveaux courtisans font leur apparition, les deg de briani gavent un électorat avide et les bouteilles de rhum se vident, faisant perdre aux hommes leur âme, les transforment en dociles complices. Finie cette conscience des scandales, fini ce consensus sur les gabegies, finie cette unanimité autour de la condamnation des arrogances. Au contraire, sera ressuscité le démon de la division. Et le pays sera le grand perdant, et son peuple avec. Ainsi va se conclure cette chronologie d’une défaite annoncée.
Caprice des dieux…
C’est cruel de demander au peuple de subir quelque caprice insensé, coûteux à plus d’un titre, sous prétexte qu’il s’agit d’un test, du jeu démocratique ou d’une juste revendication, alors que l’on sait de quoi est fait l’agenda politique. Vouloir démontrer l’étendue de son assise et celle de son parti, pour accroître son pouvoir de marchandage dans une éventuelle alliance en 2019 est peut-être une légitime démarche de survie politique. Mais, un peuple qui mérite le respect ne devrait pas en faire les frais et être pris en otage dans les tractations aux visées égoïstes de nos politiciens. Nous ne sommes pas dans un jeu de ludo politique où le peuple sert de dé. Que certains croient pouvoir rouler à souhait !