On aurait pu vous montrer des clichés de soleil couchant, de ciel doré, de plages au sable fin, mais nous avons préféré l’authenticité et prendre une route à 400 virages et trois tunnels pour visiter le coeur de la Réunion, à Cilaos. Le temps d’aller au contact du cirque et de raconter sa réalité. Une occasion privilégiée de voir ce monde tel qu’il est avec ses îlets, ses monts, ses sources thermales, son parc. Bienvenu au pays que l’on ne quitte pas.
Vu d’en haut, c’est un bout du monde. Perdu dans les montagnes (deux des plus hauts sommets de la Réunion, le Piton des Neiges 3, 071m et le grand Bénard 2, 869m), le cirque de Cilaos révèle son fragile équilibre. Une ferveur tranquille se dégage de cette ruche accessible par un chemin sinueux. Cilaos vert est bien enraciné dans un cratère volcanique. Le lieu se prête aux randonnées, à l’escapade dépaysante. Certains paysages ne dévoilent leurs attraits qu’à ceux qui prennent un peu de hauteur. Une fleur éclose attire notre attention. Le Peter Both trône au milieu du village. Ce nom a été donné au pic rocheux à cause de sa ressemblance, dit-on, à une montagne à Maurice. Les îlets en bas sont dominés par une forêt puissante : Bras sec, îlet à Cordes, Palmiste Rouge. Des habitations signalent la présence de l’homme et des activités liées au tourisme vert. Le lieu a accédé au rang de mythe à cause de son histoire : le pays d’où l’on ne revient pas, nous raconte le guide, est devenu aujourd’hui le lieu qu’on ne quitte pas. Les forêts résonnent de l’écho du marronnage. Le parc principal est protégé et les visiteurs contribuent à la préservation de l’étendue. La route serpente à environ 1200m en altitude. Un vent glacé balaye la brume du petit matin. Le guide de Tours Réunion éclaire la route et organise les étapes de notre voyage selon des anecdotes.
A Cilaos, le quotidien insouciant, la vie paisible impressionnent. Immersion dans un village inspirant. Il a l’activité d’une ruche. Une maisonnette de bois nous accueille. Les cases créoles exhibent leurs jardins fleuris. On se presse dans les boutiques. On s’attarde devant les bacs remplis d’épices, de lentilles et autres produits de Cilaos. Des curieux viennent voir la mairie, la préfecture, cherchent le musée du cirque et les gîtes de montagne. Nous nous arrêtons près de l`église du village. Non loin, les symboles de Cilaos sont gravés dans la pierre : C (porteurs) I (vignes), L (lentilles) A (Accot Irénée, premier maire de la commune), O (brodeuses), S (sources thermales). Les brodeuses veillent sur une tradition de plus d’un siècle. La culture des lentilles est réputée, de même que le repas villageois, les tables familiales. La forêt de Bras-Sec est un haut lieu de pique-nique. La table d’hôte, Le Tapacala, gérée par un jeune couple expose un menu à base de lentilles et de saucisses ainsi que d’autres mets succulents cuisinés au feu de bois. Le Chai de Cilaos est à consommer avec modération. Derrière nous, le Piton des Neiges. Nous sommes dans une réserve naturelle où poussent de cryptomerias. A partir de l’Ilet des Chicots, on peut visiter un jardin de plantes aromatiques et médicinales. Les amateurs d’aventure aiment le parc et les randonnées au canyon creusé par le Bras Rouge. On est émerveillé par les masses rocheuses. Cilaos est bien un cirque minéral, le paradis des randonneurs. C’est bien le pays que l’on ne quitte pas facilement.