Expulsées de leur maison en tôle, plusieurs familles de squatters de la rue Marjolin ont dormi à la belle étoile hier. Guettant avec angoisse l’arrivée, une nouvelle fois, des pelleteuses et des camions pour la démolition d’autres maisons de squatters, elles affirment ne pas avoir fermé l’oeil de la nuit. Entretemps, ces familles réclament une rencontre avec la ministre et députée de la circonscription Mireille Martin.
Après la démolition de 13 maisons dans la journée d’hier, dans le sillage de l’exécution d’un “eviction order”, les squatters qui les occupaient ont passé la nuit dernière… dans la rue. Parmi eux se trouvent des personnes souffrant de diabète et d’hypertension, mais aussi des personnes âgées, des enfants en bas âge et, même, des bébés. Joelle, mère d’un enfant de 15 mois, explique ainsi avoir dormi sur le trottoir. Pour protéger son enfant des piqûres de moustiques, elle l’a enveloppé dans une couverture. Comme elle, plusieurs mères d’enfants en bas âge ont dormi à la belle étoile. Une expérience difficile, la plupart des squatters affirmant d’ailleurs ne pas avoir fermé l’oeil de la nuit. « Nou penkor dormi di tou », témoigne une des mères de familles, désemparée.
Des bienfaiteurs, interpellés par le sort de ces squatters, ont cependant décidé de leur venir en aide, notamment en leur offrant nourriture, biscuits, vêtements et couvertures. Les squatters leur témoignent bien sûr leur reconnaissance, mais ce qu’ils veulent avant tout, c’est que la ministre et députée Mireille Martin viennent sur les lieux. Ceux-ci parlent d’ailleurs de certaines « promesses non tenues ». À l’unisson, les familles déplorent le fait que les autorités ne leur aient pas accordé de délai pour leur permettre de s’organiser.
Jessica raconte sa journée d’hier : « Mo sipliyer zote pas prend mo tole. Mone aster sa are mo kass ». Une autre voix s’élève : « Nou ti capav tire nou bane tole… Zot prend lacaz ek linz ladan. Aster la, nou pena naryen. » Anne, de son côté, parle de « non respect d’un jour sacré pour les catholiques », faisant référence au premier jour du carême chrétien. Mais les autorités sont catégoriques : ces familles, qui occupent illégalement ces lopins de terre, doivent être expulsés.
Tension toujours palpable
La rue Marjolin a été le théâtre hier d’échauffourées entres les habitants et la police, illustrant ainsi le sentiment de révolte et de colère après la démolition de 13 maison de squatters. Celles-ci se trouvaient dans une zone marécageuse, en l’occurrence sur la berge de la rivière Vallée-des-Prêtres, régulièrement sujette à des inondations et débordements lors de pluies diluviennes. Toutefois, certains disent ne pas comprendre pourquoi des maisons en tôle, situées à une distance un peu plus éloignée de la rivière, ont été détruites. La tension est montée d’un cran lorsque l’opération allait s’achever, des habitants jetant alors des pierres en direction des policiers.
De sources policières, on apprend que des arrestations sont à prévoir dans le sillage des violences d’hier contre les forces de l’ordre. Pour rappel, deux véhicules de la Special Supporting Unit (SSU) avaient alors été endommagés. De même, dans les affrontements, un policier, touché par un projectile, a été légèrement blessé à la hanche. Celui-ci a dû être soigné à l’hôpital Jeetoo. La police procède actuellement à l’identification des fauteurs de troubles, de même que ceux ayant obstrué hier soir la route Marjolin–Bernardin de St-Pierre.
Vers 19h hier, une cinquantaine de squatters, toujours remontés, ont en effet obstrué la route à l’aide de branches et de pierres. La police a dû une fois encore intervenir pour tenter de calmer les esprits. Mais face à quelques esprits échauffés, les effectifs de la police sur place ont dû appeler du renfort. Les forces de l’ordre ont finalement pu ramener le calme et dégager la voie vers 20h afin de permettre aux véhicules de circuler librement.