Marie-Claire Casimir, Maryse Brutus, Christelle Bell et Pâquerette, une veuve de 65 ans, habitent toutes Cité Roma, Terre-Rouge. Toutes quatre sont en colère face à l’indifférence des autorités et à l’insalubrité qui règne depuis le 17 février après les graves inondations qui ont emporté meubles, nourriture, effets personnels et matériel scolaire.

Depuis, la cité s’est transformée en marécages par endroits. La raison est toute simple, disent-elles : les grands bâtiments commerciaux et des unités de textile qui avaient été construits à quelques mètres de la localité, et qui ont été fermés il y a quelques années, ont rendu impossible toute canalisation d’eaux pluviales vers un drain, qui a été bouché depuis. L’eau refoule donc vers les habitants. « Lorsqu’on tente de les arrêter, les eaux trouvent d’autres voies et inondent partout », déplore Maryse Casimir qui habite Cité Roma depuis 34 ans. Les quelques interventions très limitées par les autorités concernées après les inondations, pense-t-elle, n’ont pas été d’une grande utilité. L’accumulation d’ordures, l’absence de réseau de tout-à-l’égout représente toujours une menace pour ces familles. « À force de vivre près des sites insalubres et d’inhaler des odeurs nauséabondes jour et nuit, ces mères de famille ne savent plus quoi faire. »

Selon Marie-Claire, la rue Edwin Michel où habitent plusieurs familles et trois bébés de huit mois, s’est transformée en un foyer potentiel pour la propagation de maladies, surtout à un moment où la dengue a fait son apparition à Maurice. « Nou santi ki sak zour nou expoze. Nou priye bondie pou ki sa maladi-la pa vinn isi », souhaite Marie-Claire qui, en maintes occasions, a attiré l’attention des autorités sur le danger d’une propagation d’une maladie quelconque.

Éric, père d’un enfant de huit mois, ne dort plus. Il est très inquiet pour la santé de son fils. « L’eau boueuse stagne devant ma maison depuis les inondations en février dernier. Je demande aux autorités sanitaires d’effectuer un exercice de fumigation dans les parages. Nous serons plus tranquilles. »

Maryse Brutus, qui habite elle aussi rue Edwin Michel, ne peut plus endurer cette situation. Le système de tout-à-l’égout, situé dans sa cour, déborde depuis février. « Dilo swinte dan mo lakour kouma dir lasours sak fwa mo bizin pey Rs 1 200 pou pomp dilo. Nou fatige ar sa sitiasyon-la. Kan nou apel depite pou vinn sitrplas, zot dir pli tar zot pou fer le neseser. » Elle a appelé il y a quelques jours la députée Marie-Claire Monty de la circonscription Port-Louis Nord/Montagne-Longue. « Elle m’a promis qu’elle va faire le nécessaire. »

Ginette Yagolum, une veuve de 65 ans, habite en face de la rue Jean Urity où des inondations ont emporté les meubles de plusieurs familles. Elle nous mène à l’intérieur de sa maison pour nous montrer où l’eau a infiltré par le toit, ce qui menace la structure de sa maison « Safer sink an ki mo bann meb lor blok. Mo malad, mo gagn bokou difikilte pou bouze. » Selon elle, les habitants de Cité Roma vivent depuis trop longtemps dans l’insalubrité avec de surcroît, la présence de rongeurs qui prolifèrent en raison des ordures, entassées dans les vieux bâtiments abandonnés. « Lotorite finn blie nou depi byen lontan », déplore Marie-Claire Cassimir.

Marie-Claire qui est très connue dans la localité pour le travail social qu’elle a accompli n’est pas tendre envers des employés du conseil de district de Pamplemousses qui s’attellent à rénover une grotte, située à côté d’un terrain de football, envahi par des herbes et qui, depuis le 17 février, est impraticable. « Zot instal katr nouvo lanpader lor enn terin football ki inpratikab. Zot pa pe rezoud vre problem, zot pe anbet nou. Zot pe pran nou pou bann inbesil », fulmine Marie-Claire Félicité.

Elle suggère aux représentants du conseil de district de venir sur place pour vérifier si les travaux avancent. « Les ouvriers viennent très rarement sur place et lorsqu’ils viennent, c’est pour partir très tôt et pour n’y revenir que le lendemain. Nous avons l’impression qu’ils sont complètement à côté de la plaque. Zot pa pe fer travay ki bizin », constate-t-elle.

Les habitants, selon Marie-Claire, ont le sentiment que les autorités n’ont pas la volonté de trouver des solutions appropriées aux problèmes et aux conséquences des inondations.

Aurore Perraud, député de la circonscription et qui rend visite régulièrement aux habitants de Cité Roma, dit être au courant de la situation. « J’ai en maintes occasions soulevé au Parlement les problèmes auxquels font face les habitants. J’ai comme l’impression qu’il y a un manque de volonté quelque part pour trouver des solutions appropriées. Je vais continuer à attirer l’attention et je souhaite vivement que les autorités concernées prennent toutes les dispositions pour éviter la propagation d’une maladie dans la région. »