Le crime crapuleux qui a coûté la vie au petit Ritesh Gobin le week-end dernier continuera encore longtemps à faire couler beaucoup d’encre et à donner à réfléchir. Hélas ! Plus jamais ça ? On l’avait déjà juré après les meurtres sordides des petites Samuela Martin (Richelieu), Marie Anita Jolita (Cité La Chaux), Eleana Gentil (Anoska) et toutes ces autres victimes, enfants comme adultes, qui sont tombés sous les coups de leurs bourreaux. Mais rien n’y fait. Réintroduire la peine de mort est un tout autre débat, qui revient d’actualité dès que les passions sont déchaînées, comme actuellement.

Parce que tant que nos décideurs politiques ne réaliseront pas qu’il est sage et approprié d’investir dans les humains, les citoyens d’aujourd’hui et, surtout, ceux de demain, nous ne pourrons stopper, voire même freiner, les crimes passionnels, l’inceste, les comportements barbares, les violences diverses, qu’elles soient conjugales ou autres, et toute la cohorte d’attitudes déviantes qui vont avec. L’éducation citoyenne, la valorisation des convictions, valeurs et principes, n’a jamais été au centre de quelque programme politique.

L’importance de remettre à jour nos comportements, de réévaluer notre respect et notre culture des bonnes pratiques mérite leur place dans notre quotidien. Et cela, les observateurs comme les sociologues, anthropologues, pédagogues et psychiatres sont unanimes à le dire : le développement durable d’une société commence et passe inexorablement par le développement personnel et local inclusif des jeunes, comprenant l’investissement dans l’éducation à la citoyenneté.

Autant dire que le Premier ministre non-élu, Pravind Jugnauth, pourra injecter autant de milliards qu’il souhaite dans des projets qui auront une certaine viabilité économique, comme le métro, mais tant qu’il ne comprendra pas et qu’il n’injectera pas un seul sou dans un projet d’éducation citoyenne, tant pour adultes que jeunes et enfants, on continuera à compter les Ritesh Gobin, Eleana Gentil, Samuela Martin et Marie Anita Jolita ! Des innocents, des enfants qui n’ont rien vu de la vie, qui continueront à périr sous les coups des uns et des autres ayant dévié de leurs parcours.

Eux-mêmes victimes d’une défaillance certaine de leur éducation et de leur environnement, ces « malades », à l’instar de l’assassin de Ritesh Gobin, qui a confessé son crime, continueront à sévir. Tant qu’aucun gouvernement ne réalisera la portée et l’impérieuse nécessité d’investir dans un projet d’éducation citoyenne, à court et long termes, et qui doit démarrer dans les plus brefs délais, il y a fort à parier que nous continuerons à compter nos morts…

Nos décideurs politiques, de tous bords confondus, ici à Maurice, aiment rarement prendre en exemple des pays africains quand il en vient aux projets de développement. Ironiquement, puisque nous faisons pourtant partie du continent noir. Plutôt, ce sont des puissantes contrées éloignées qui les subjuguent, comme les Etats-Unis, la France, l’Angleterre, Singapour ou l’Australie. Certains avanceront, avec raison sans doute, que c’est une spécificité îlienne que de rêver des grandes puissances économiques. Cependant, nous ne sommes plus au siècle dernier et il convient de nous rappeler que la récession économique mondiale a frappé de plein fouet même ces grands pays, eux-mêmes contraints de revoir leurs copies sur plusieurs fronts !

Si ces pays sont des inspirations pour des projets de développement infrastructurels – les routes, par exemple –, il faut retenir que ce sont surtout les pays d’Afrique, l’Inde, Madagascar et plusieurs pays d’Amérique latine, entre autres, qui sont les meilleurs élèves en matière de développement humain. Les projets d’éducation citoyenne font leurs preuves dans ces pays qui, malgré qu’ils soient économiquement moins bien lotis, ont préféré miser sur le capital humain. Parce que les enfants d’aujourd’hui seront les adultes de demain. Et qu’il revient aux adultes d’aujourd’hui d’inculquer les bonnes pratiques aux adultes de demain.

Peut-on, et doit-on, s’étonner que nos gosses fassent tout pour imiter leurs « modèles » américains ou européens ? Plutôt, il nous faut nous inquiéter et tenter de rectifier le tir. Le changement viendra à partir d’un sursaut citoyen, sans nul doute. Mais pas seulement. Parce que la société civile aura beau se substituer à l’État, tous les efforts consentis n’auront de résultats concrets et durables qu’avec l’apport de l’appareil d’État.