Lundi après-midi, je fus l’auditeur d’un débat à la radio, et j’en étais ravi, car pour une fois, cela valait le coup. La discussion se tenait entre Clency Lajoie et un président de ‘District Council’, et le thème était la taxe d’habitation. Comme tout le monde le sait, à Maurice, cette taxe ne s’applique qu’aux habitants urbains, les zones rurales en sont exemptées. Et même en ville, celle-ci n’est applicable qu’à un certain type de maison. M. Lajoie se posait la question que tout le monde se pose : comment un pays qui, depuis quelques mois, ne jure que par la Equal Opportunity Act, peut tolérer un tel cas d’inégalité ? Pour comprendre la réponse du président du District Council, il nous faut un peu remonter nos montres, genre, 40 ans. Le président a affirmé que c’est chose normale car la ville offre des services que les villages ne pourvoient pas. Il n’a donné aucun exemple concret pour la simple raison qu’il n’y en a pas. A citoyens égaux, traitements inégaux. Mais bon, ce n’est pas un concept nouveau, chez nous, vous en conviendrez.
 En écoutant les informations qui ont suivi le débat, je me suis rendu compte que si l’on veut que cette loi soit appliquée, il faut offrir tout un jardin de roses à Sainte Rita, la sainte des causes perdues. Aux infos, j’ai entendu la liste des lauréats du HSC. 45 primés à l’issue de ces examens définitifs, eux aussi aux antipodes de cette loi qui apparaît davantage dans les journaux que dans les décisions de nos institutions. Concentrons-nous un moment sur le nombre. 41 à Maurice et quatre à Rodrigues. Cette proportion a toujours été similaire, un nombre spécifique pour Rodrigues, dixième district de Maurice, alors que dans les neuf autres districts, c’est la méritocratie qui prime, semble-t-il. C’est totalement contraire aux opportunités égales. C’en est même irrespectueux pour ces élèves, selon moi.
 Je m’explique : pourquoi les étudiants de Rodrigues ne sont pas considérés comme des enfants de l’Île Maurice ? Si, comme ‘ils’ le prétendent, la désignation de nos futures élites se fait d’après leurs résultats, il serait logique que tous les étudiants qui prennent part aux examens du HSC sur le territoire de la République de Maurice soient dans le même panier, et la démarcation des lauréats des autres se ferait sans distinction du lieu géographique. En ce moment, ce n’est pas le cas. Le fait d’être à Rodrigues contribue plus au facteur de réussite que la performance. Et si Rodrigues mérite plus de quatre lauréats car la performance de, disons, six potentiels lauréats, est meilleure que celle des Mauriciens ? Parce qu’ils sont à Rodrigues, deux d’entre eux n’auraient pas droit à leur chance ? Sont-ils des citoyens de seconde zone ? Et vice-versa, si l’on trouvait 43 “mauriciens” ayant mieux « perform » que les “rodriguais” à l’exception de deux, deux d’entre eux seront pénalisés car ils ne sont pas du dixième district ? La perfidie de l’inégalité ne s’arrête pas en si bon chemin : quand est-ce qu’un Rodriguais obtiendra une bourse SSR avec le système actuel ? Inégalité, quand tu nous tiens…
Les statistiques étant le Beluga des ministères, je vais leur résumer la situation dans leur langue, je vais même opérer une distinction entre Maurice et Rodrigues et renverser la tendance. La moyenne d’étudiants qui ont pris part au HSC ces dernières années tourne autour de 12,000 pour l’île Maurice et 270 pour Rodrigues. Le nombre de lauréats pour Maurice est de 41 et pour Rodrigues, il est de 4. En termes de pourcentage, cela représente 0.34% pour notre île et 1.4% pour les Rodriguais. En gros, un étudiant qui a la chance d’être scolarisé à Port Mathurin a plus de 3 fois de chances d’être lauréat qu’un étudiant fréquentant une école de Port Louis ou de Flacq. Qui sont les citoyens de seconde zone dans ce cas ? Inégalité, quand tu nous tiens…
 Pourquoi alors ne pas élargir ce système de quota par districts ? Cela ferait 4.5 lauréats par district. Il faudrait, dans ce cas, arpenter tout le pays, marquer distinctement la ligne de séparation entre les districts et faire en sorte de construire des collèges juste sur la démarcation, sinon nous ne pourrons pas atteindre ce chiffre décimal… Là, un des quatre lauréats de district sera moitié ici et moitié là-bas. De plus, les anciens Star Schools – QEC, RCPL et RCC – devront baisser drastiquement leur niveau pour cesser de nous pondre des intellos à la chaîne afin de respecter le système actuel. Bon, le problème restera toujours Rodrigues. A moins de faire un collège-croisière sur la Mauritius Pride qui fait le va-et-vient. Là, ce serait du vrai Equal Opportunity. Sans logique, certes, mais bon, il y en a de moins en moins ici, donc cela ne changera pas !