Le comité ministériel institué par le Cabinet sur recommandation du Premier ministre Navin Ramgoolam, pour étudier les recommandations du rapport en quatre volumes et deux CD de la Commission Justice et Vérité présidée par le Dr Alexander Boraine, a tenu une première réunion en décembre dernier.
Présidé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval, le comité comprend pas moins de sept ministres et a pour mandat d’établir un calendrier d’exécution des mesures et suggestions préconisées dans le document officiel. La prochaine réunion est prévue pour après le retour d’Europe du VPM, qui compte diriger une mission de prospection qu’effectuera en France notamment le Board of Investors dans une dizaine de jours, dans le but d’attirer des investisseurs susceptibles de rechercher des régions plus sécurisantes que la zone euro pour opérer leurs unités de production.
En attendant la prochaine réunion du comité ministériel, les autres membres auront du temps pour plancher sur les questions susceptibles de les intéresser. L’une d’entre elles est la formulation que devra prendre la question du pardon national proposée dans le rapport Boraine. En effet, le rapport préconise que « in the light of injustices suffered by descendants of slaves and indentured labourers, the Republic of Mauritius and other institutions make an official apology through the President of the Republic, the Prime Minister and private institutions connected with slavery and indenture, such as the Catholic Church, the Chamber of Commerce and the Mauritius Sugar Producers Association ».
Le comité devra ainsi trouver la formule idéale pour la présentation de ce pardon national aux séquelles de l’esclavage et de l’engagisme, de véritables crimes contre l’humanité, sans froisser les susceptibilités de l’establishment politique en place et nullement responsable de ces problèmes.
Les autres principales recommandations de la CJV sont :
– création d’un musée des esclaves pour honorer la mémoire des victimes de la traite négrière et pour reconnaître leur contribution au développement du pays ;
– commémoration spéciale le 23 août, soit le Jour du Souvenir de l’Abolition de la Traite des Esclaves décrété par l’Unesco comme le Jour du Souvenir et de la Réconciliation à Maurice ;
– création, à travers l’Equal Opportunities Act, d’une société juste pour tous les citoyens mauriciens « irrespective of race, ethnic religion, culture and social background » ;
– audit de l’emploi dans les secteurs public et privé car il est un fait reconnu que « Creoles are the last to be employed and the first to be retrenched » ;
– éducation pédagogique/formation professionnelle : mise sur pied d’institutions techniques de haut niveau pour remédier aux lacunes sur le plan académique, introduction du kreol dans le programme scolaire, abolition de tous les examens nationaux, y compris le CPE, avant la Form V ;
– adoption de lois anti-discriminatoires sous toutes les formes ;
– institution en toute urgence d’une Land Monitoring and Research Unit pour encadrer les victimes de vol de terrain et de « dispossession » illégale ;
– refonte complète de la politique de logements sociaux pour éliminer les conditions dégradantes existantes ;
– révision de la pension de vieillesse, notamment pour ceux âgés de plus de 70 ans.
En conclusion à son rapport, la CJV s’appesantit sur l’importance de la participation de toute la nation dans cette entreprise de réconciliation nationale. « In our work, we have discovered a few building blocks on which many other institutions, structures and individuals will be able to build. Reconciliation is a process which engaged the energy of the Commission but will always remain the responsibility of the entire nation. » Dans les milieux du comité ministériel, l’on pense que cet aspect des recommandations de la commission Boraine sera le défi majeur qu’aura à relever le comité Duval dans la conjoncture.