Jacques David, un des commissaires de la Commission Justice et Vérité, appelle différentes autorités, notamment les ministère des Arts et de la Culture, l’Éducation et celui des Terres et du Logement, à leur responsabilité. C’était vendredi dernier, à l’occasion du lancement du « Black History Month » du Centre Nelson Mandela pour la Culture africaine, à la municipalité de Port-Louis. Il devait pointer du doigt le Morne Heritage Trust Fund pour la stagnation des projets annoncés dans le cadre du développement du village du Morne en conformité avec les lignes directrices de l’UNESCO.
Jacques David de la Commission Justice et Vérité (CJV) a affirmé qu’outre le plan de gestion du Morne, site mauricien classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, de nombreuses études ont été menées en vue de développer le village. Cependant, tous ces rapports sont restés dans un tiroir et aucune des recommandations mise à exécution. Il soutient : « Komisyon dir devlopma du Morne ek so vilaz bizin enn tou. Or se ki nou konstaté enn koté pé donn later pou develop Integrated Resort Scheme lot koté abitan Le Morne pé viv dan povrete total. » Il s’interroge même sur « l’existence d’un conseil d’administration pour diriger Le Morne ». Il déplore d’ailleurs le fait que la date du 23 août dernier, qui marque la fin de la traite négrière, soit passée quasiment sous silence l’année dernière. « Le Morne Heritage Trust Fund pa koné si sa zour-la existe ou linn blie ! »
Poursuivant son intervention, Jacques David déplore le contenu du programme scolaire touchant à l’histoire de Maurice. « Dan listwar enseigné ek ekrir par anglai pena esklav pena maronaz. Se koum sa qui nou efas ek detrir listwar. » Selon lui, c’est maintenant que le travail doit commencer. Les informations répertoriées par la CJV peuvent servir de fondement à l’écriture de cette histoire. Selon lui, chaque enfant, de chaque école doit connaître l’histoire de son pays. Qu’ils soient au courant de ce qui s’est passé le 1er février et le 2 novembre d’où la commémoration de ces deux dates sur le site du Morne et à Aapravasi Ghat, avance-t-il.
Jacques David estime que l’État mauricien doit demander pardon aux descendants d’esclaves et de travailleurs engagés. Selon lui, beaucoup de choses n’ont pas changé et des dominations se poursuivent notamment avec le maintien de certaines lois. Il considère qu’il y a un « oubli total de certains aspects de l’histoire car 177 ans après l’abolition de l’esclavage, il n’y a pas encore un mémorial pour rappeler cette période ».
Abordant la question des terres, Jacques David a soutenu que la mission de la CJV était de voir dans quelles circonstances les gens ont perdu les leurs car ils ont nombreux à avoir été dépossédés de ces biens au cours de l’histoire. « Ena beaucoup dokiman ki finn fose », a-t-il dit. Il note que certaines personnes ont pu aujourd’hui retrouver leur terrain. « Des négociations sont en cours », a-t-il déclaré. Jacques David affirme que pendant la période des travaux de la CJV, les commissaires ont constaté une baisse dans le nombre de prescription de terrains. L’intervenant craint que cette pratique ne reprenne, alors qu’aujourd’hui les travaux de la commission ont pris fin. Il déplore le fait que « le ministère des Terres et du Logement ait octroyé des terrains à des gens et que le nom des voisins ne figurerait pas sur le contrat alors que la loi stipule qu’il faut ces identifications ».
Jacques David a indiqué que la commission réclame la mise en place d’une Land research monitoring unit. L’intervenant a estimé également qu’il y a suffisamment de terres à Maurice pour que chacun puisse avoir un lot. Il demande que les recommandations de la CJV soient mises à exécution car elles visent « la justice sociale pour tous ». Il lance un appel aux politiciens, au Président de la République, au Premier ministre et au leader de l’opposition : « Aret servi kiltir ek relizion pou gagn popilarite. »
Le Centre Nelson Mandela pour la Culture africaine et Jacques David invitent tous ceux intéressés à mieux comprendre les résultats et les recommandations de la CJV à se faire connaître afin que des conférences puissent être organisées dans leur communauté pour le bénéfice de chaque membre. Des sessions sont prévues dans les écoles et collèges.