Le Premier ministre Navin Ramgoolam et le leader de l’opposition Paul Bérenger se sont séparés hier après deux heures et trente minutes de discussions sans toutefois arriver à un accord. « Il n’y a pas d’accord entre le Ptr et le MMM », a dit d’entrée de jeu le leader du PTr hier. Il a précisé que Paul Bérenger et lui sont arrivés très près d’un accord sur la réforme électorale, mais que des désaccords fondamentaux subsistent sur la Deuxième République, notamment sur à qui un président disposant de pouvoirs étendus sera redevable afin d’éviter qu’il ne fasse ce qu’il veut.
Navin Ramgoolam a évoqué son intention d’aller aux élections avec le système actuel et de présenter la réforme électorale et la deuxième République à l’électorat. La situation n’est toutefois pas bloquée, a-t-il dit, en annonçant qu’il compte rencontrer son exécutif avant de décider de la voie à suivre. « Il n’y a pas d’accord entre le Ptr et le MMM alors que nous sommes très près surtout sur la réforme électorale », a déclaré le Premier ministre.
Le PM a rappelé que dans son Consultation paper il avait proposé que seize députés soient choisis sur une base proportionnelle et que le MMM avait proposé vingt plus huit. « Je n’étais pas d’accord avec cette proposition parce qu’elle risque de créer une instabilité ». Il a observé que les deux parties sont arrivées à un chiffre sur lequel elles pouvaient arriver à un accord. Concernant le seuil d’éligibilité, il a affirmé avoir proposé 10 %, le MSM avait proposé 7, 5 %, le PMSD 5 % alors que d’autres estimaient que ce seuil devait être encore plus bas. Le Premier ministre pense qu’avec un tel seuil les partis « un peu extrémistes » n’ayant aucun poids politique pourraient créer une situation susceptible de garder un gouvernement en otage. Il a cité le cas d’Israël qui ne dispose d’aucun seuil d’éligibilité, où les deux grands partis politiques n’obtiennent pas la majorité et où les partis extrémistes obtiennent un pouvoir démesuré, au point de décider du parti qui formera le gouvernement. « C’est une situation qui n’est pas acceptable à Maurice », a dit le PM qui estime qu’il n’est pas possible d’entrer dans un système qui crée une instabilité.
C’est cependant dans les discussions sur la Deuxième République que le Premier ministre a constaté des désaccords fondamentaux. « Pour qu’un président dispose de pouvoirs importants, il doit être “accountable”. Nous ne sommes pas arrivés à un accord sur ce point ».
Procéder par étapes
Navin Ramgoolam a expliqué que la prochaine étape pour lui consistera à rencontrer l’exécutif travailliste. « Je les informerai et de là nous déciderons de la marche à suivre ».
À une question de la presse sur une éventuelle alliance PTr-MMM, il a répondu que tout se fait par étape : d’abord la réforme électorale, puis la Deuxième République et ensuite une alliance éventuelle. « Nous ne sommes pas arrivés à ce stade ». Il devait préciser plus tard que cette question n’est pas d’actualité. Quant à savoir si la situation est bloquée concernant la réforme électorale, il a affirmé que Paul Bérenger et lui sont presque tombés d’accord, qu’il n’y a que deux ou trois petites choses qui peuvent être réglées, mais que la situation actuelle est due au fait qu’il y a d’autres problèmes. Selon lui, la situation actuelle n’est pas surprenante parce que ce sont deux grands partis qui sont concernés. Pour lui la situation n’est pas bloquée, mais des désaccords subsistent. Concernant l’éventualité d’avoir d’autres rencontres avec Paul Bérenger, il s’est contenté de dire que pour le moment il discutera avec son exécutif. « Je pense que lui aussi il fera la même chose ».
Concernant la Deuxième République, il a expliqué qu’il y a des désaccords sur la façon dont le président exercera son pouvoir. À qui sera-t-il accountable ? « Je parlerai à mon exécutif avant de donner d’autres informations », dit-il.
Revenant sur la réforme électorale, le PM a expliqué que si les deux leaders étaient tombés d’accord sur elle, il y aurait eu un texte de loi. « Mon intention était de circuler la législation. Toute décision de cette envergure doit être sanctionnée par le peuple. Nous aurions laissé la population commenter le texte de loi, qui aurait été adopté ensuite par l’électorat. C’est faux de dire que ce sont seulement deux leaders qui veulent faire la réforme. Notre intention était de préparer un texte de loi, aller aux élections et d’adopter ensuite le texte de loi ». Toujours interrogé par la presse, il a indiqué que son intention était d’aller aux élections avec le système actuel. « Je suis prêt à présenter notre projet devant le peuple et le laisser le ratifier. C’est cela la démocratie. C’est le cas encore pour la Deuxième République. Je suis entré en politique parce que j’étais fondamentalement contre la manière de faire la République. J’étais contre certaines clauses et la manière de la faire. J’avais estimé qu’il fallait passer par l’électorat, mais il semble qu’Anerood Jugnauth avait voulu que ce soit fait avant. Je ne peux pas aller contre mes principes aujourd’hui ».
« Changement dans la durée »
À propos de la contestation du système actuel de best loser par les instances internationales et de la façon dont il compte gérer ce problème s’il y a des élections bientôt, Navin Ramgoolam a répondu : « Il n’y aura pas d’élections maintenant. Je vois que certains ont indiqué des dates. Il ne faut pas jump ». Il a répété qu’il veut que le peuple sanctionne un changement. « Nous allons dans cette direction ». Quant à la « chemistry » existant entre Paul Bérenger et lui, il a précisé qu’elle continuera. « Ne voyez-vous pas que nous sommes tous les deux dans un bon mood ? » Il devait ajouter que le courant entre Paul Bérenger et lui a toujours passé, cependant ils ont des désaccords certains points. « Nous sommes deux grands partis. Il n’est facile de rapprocher deux gros bateaux. Si c’était un petit bateau nous ti capave mette li d’attaque ».
Le PM a insisté sur le fait que Paul Bérenger et lui peuvent arriver à un accord maintenant s’ils le veulent, mais que ni l’un ni l’autre ne veulent faire quelque chose qui créera des blocus politiques dans quinze ou vingt ans. « Nous voulons faire un changement dans la durée ». À d’autres questions sur la Deuxième République, il a insisté qu’un président dans une éventuelle Deuxième République ne devrait pas pouvoir faire ce qu’il veut. Il a aussi précisé que la réforme électorale et la Deuxième Républiques sont liées. « Je veux qu’il y ait un élan nouveau pour Maurice et où on pourra faire certains ajustements qui, je pense, devraient être faits. J’ai l’impression que Bérenger pense de la même manière, mais nous avons des désaccords ».