La gravité des problèmes auxquels est confrontée la Corporation Nationale de Transport (CNT) a été étalée publiquement en fin de semaine. La National Transport Authority (NTA) a annoncé que devant l’urgence de la situation et l’incapacité de la CNT d’opérer à la satisfaction du public voyageur, le United Bus Service (UBS), la Rose-Hill Transport Limited (RHT) et des opérateurs individuels au Nord et au Sud ont été appelés en renfort sur pas moins de six routes, dont celles de Port-Louis/Rivière-du-Rempart (27) et de Port-Louis/Médine (52) dès demain matin. L’annonce de cette décision a suscité une onde de choc parmi le personnel de la CNT, qui arrive difficilement à digérer ce contretemps. L’Union of Bus Industry Workers (UBIW) tient aujourd’hui une assemblée spéciale des employés de la CNT en vue de passer en revue la situation et d’entériner des actions syndicales dans la conjoncture.
En moins d’un mois, le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, qui avait fait état récemment à l’Assemblée nationale d’un réaménagement des lignes desservies par la CNT, a mis à exécution cette menace. Après un premier contact du directeur général de la CNT, Robine Soonarane, avec la NTA, en date du 14 juin et deux autres échanges mardi et mercredi derniers, six routes ont été identifiées dans le cadre de ce «plan de sérum» avec la présence de nouveaux opérateurs à partir de lundi.
Confirmant cette information en fin de semaine, le Transport Controller à la NTA, Cyril Appajala, a déclaré à la presse que «nous avons accepté ce redéploiement sur ces lignes dans un souci de ne pas pénaliser le public voyageur. Ces opérateurs viendront complémenter le service offert par la CNT avec un apport d’autobus supplémentaire. Le constat est que la CNT a besoin de sérum et d’oxygène pour sortir la tête de l’eau».
Ainsi dès demain matin, la compagnie UBS mettra huit autobus supplémentaires sur la route 141 (Bord-Cascade/Port-Louis en passant par Henrietta), la Bus Owners’ Cooperative Society Ltd, sept autobus sur la route No 27, soit de Port-Louis à Rivière-du-Rempart, cinq autobus de plus sur la route 197 de Port-Louis à Rivière-des-Galets, neuf autres bus, soit six de l’UBS et trois de la Rose-Hill Transport Ltd sur cette même route, ce qui constitue une marginalisation de la CNT sur ce trajet, six bus de RHT pour la route 122 Camp-Levieux/Curepipe et deux autobus sur la ligne Port-Louis Médine (52).
Nouveaux déboires de la CNT
La communication de ces développements par la direction de la CNT a été marquée par de véritables manifestations de colère et d’appréhensions de la part des employés, particulièrement ceux des dépôts de Bonne-Terre et de Rivière-du-Rempart. «S’il n’y pas de bus de la CNT sur ces routes, à quoi serviront ces dépôts?», se demandent des employés à la base d’opération de Rivière-du-Rempart. La tension était palpable parmi les membres du personnel devant ces nouveaux déboires de la CNT.
Devant cette poussée d’adrénaline, Anil Bachoo a voulu jouer le pompier en tentant de faire comprendre que cette mesure n’est que de nature temporaire. «Létat à la CNT seki éna ène mank bus. Servis piblik primordial ek pena lot alternativ. Dimoune pe bizin voyazé», aurait-il fait comprendre en annonçant qu’avec l’arrivée des autobus neufs dans un délai de huit mois, la situation devrait retourner à la normale.
Mais il semblerait que les assurances ministérielles n’ont guère été convaincantes. Des employés mettent en avant les circonstances dans lesquelles la CNT a perdu la ligne directe Port-Louis/Mahébourg aux dépens du UBS suite à un arrangement quasi similaire dans le temps. Ils ont également sollicité un engagement ferme du vice-Premier ministre quant à ce retour à la normale dans un délai de huit mois.
Des employés remettent en question la gestion de la flotte à la CNT. «Un bon management doit pouvoir établir un forecast pour la bonne organisation de ce service des plus essentiels. Travayer pa kapav paye konsekans mové gestion. Confier certaines lignes aux autres compagnies pourraient accroître la rivalité sur les routes et la compétition et entraîner de graves conséquences. La CNT devrait agir en tant que leader et non pas chercher de l’aide auprès des autres compagnies de transport. Se enn la honte, li pa possib ki enn monument pe ale crasé ek démembré», a déclaré à Week-End un représentant de la UBIW visiblement remonté par ce qui se passe à la CNT.
«Li pa korek ki CNT mem dan enn mové posture ! Les employés, à tous les niveaux, sont rongés par l’inquiétude depuis la confirmation que la corporation «pe retourn» certaines lignes à d’autres compagnies. Les travailleurs considèrent que l’heure est très grave ! », poursuivent les représentants syndicaux. La UBIW compte organiser aujourd’hui une assemblée spéciale des employés de la CNT pour décider de la marche à suivre dans la conjoncture.