Le bras de fer engagé par les syndicats d’employés de la Corporation Nationale du Transport (CNY) contre le gouvernement au sujet de la présence d’autres opérateurs du transport en commun sur cinq routes desservies par la Corporation a pris une nouvelle tournure hier après-midi. Le gouvernement a durci le ton en imposant de nouveau la décision initiale avec le retour des autobus de la Rose-Hill Transport, de la United Bus Service et des opérateurs regroupés dans des sociétés coopératives au Nord et au Sud sur ces mêmes lignes à partir de ce matin. De son côté, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, s’est appesanti sur le caractère illégal du mouvement de grève de mercredi dernier, soulignant que « le gouvernement est prêt à toute éventualité avec des plans B, C, et D ». Face à cette nouvelle donne, les dirigeants syndicaux ont décidé de convoquer une assemblée générale des employés de la CNT pour lundi soir en vue de décider de la marche à suivre suite à la décision du conseil des ministres d’hier.
Alors que depuis jeudi matin, les syndicalistes et employés de la CNT avaient l’impression que le problème de réallocation des routes de la CNT avait été résolu, la réunion animée par le Permanent Secretary du ministère des Infrastructures publiques, encadré du président et du General Manager de la CNT, Ashwin Dookun et Robin Soonarane, a eu l’effet d’une onde de choc. Les syndicalistes présents n’ont eu que le réflexe d’effectuer un walk-out pour montrer leur désapprobation.
Mais avant d’arriver à la communication aux représentants syndicaux, les négociateurs au nom du gouvernement, en l’occurrence le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, et le ministre du Travail, Shakeel Mohamed, ont eu à affronter les foudres du Premier ministre. Navin Ramgoolam avait été pris de court par ce qui était en fait « une capitulation des autorités » avec le retrait complet des autres opérateurs d’autobus sur les cinq lignes en question.
Dans l’entourage du Premier ministre, l’on faisait remarquer que celui-ci était sous l’impression que la concession accordée aux employés de la CNT après la grève de mercredi portait seulement sur l’exclusivité retournée à la CNT concernant la route 141. Lors des délibérations du conseil des ministres d’hier matin, Navin Ramgoolam devait faire preuve d’intransigeance quant à la nécessité de renverser la décision de jeudi matin par rapport aux cinq autres lignes.
La consigne formelle aux ministres-négociateurs demeure le partage de ces lignes avec la UBS, la Rose-Hill Transport et les coopératives de bus avec la mise en service de 35 autres bus en complément à ceux de la CNT. Pour le Premier ministre, il était hors de question de permettre à la CNT d’opérer une cinquantaine d’autobus jugés inaptes jusqu’à tout récemment. D’ailleurs, en plein point de presse, en début de soirée, le ministre Bachoo a dû interrompre son exposé sur le coup de 17 h 55 et quitter la salle pour répondre à un appel téléphonique urgent du Premier ministre.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources bien informées, indiquent que le chef du gouvernement avait réitéré sa position du début de semaine qu’en cas de « grève illégale, la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur » et même la menace de licenciement immédiat. Des dispositions ont déjà été envisagées pour contourner toute éventuelle action syndicale avec une « protection de la SMF et de la police » aux employés de la CNT ou autres opérateurs du transport en commun intéressés à rouler les bus.
Devant ce revirement de situation, la plateforme syndicale a pris la décision de convoquer une assemblée générale spéciale pour lundi soir en vue d’évaluer les options de riposte de la part des employés de la CNT. « En attendant cette étape, nous demandons à tous les employés de discuter de cette nouvelle position du conseil des ministres présidé par Navin Ramgoolam. Nous allons nous réunir lundi et la décision finale sera entérinée par les employés eux-mêmes. Nous appelons la population à juger le gouvernement pour ses tergiversations et volte-face », a déclaré Ashok Subron, négociateur de l’Union of Bus Industry Workers (UBIW), au Mauricien, hier après-midi.
« Nous assistons à une véritable dévaluation des institutions, qui perdent toute leur crédibilité. Il y a eu une réunion avec deux membres du gouvernement durant laquelle des décisions ont été prises après discussions. Maintenant, nous apprenons que le conseil des ministres a tout renversé. C’est un gouvernement infesté d’intérêts privés, pris en otage par ces mêmes intérêts obscurs. La question de la sécurité du public voyageur n’est qu’un prétexte pour favoriser la route vers la privatisation de la CNT », a conclu le négociateur de l’UBIW, qui a évité de se prononcer à ce stade sur la forme que pourra prendre la prochaine étape des manoeuvres sur le plan syndical. « Mais le gouvernement en portera l’entière responsabilité », a renchéri le syndicaliste.