Les semaines se suivent et se ressemblent pour la Corporation Nationale de Transport (CNT). Les incidents de vendredi avec deux autobus, transportant de passagers, prenant feu, viennent remettre en question de manière des plus catégoriques la gestion au niveau d’un des plus importants opérateurs du transport en commun. La reconstitution des faits d’hier matin du dramatique accident de la route ayant fait dix morts à Sorèze, le vendredi 3 mai, confirme que le système de freinage, avec pas moins de quatre fuites majeures dans le raccord du bus, en est la véritable cause. Mais graduellement, l’étau se resserre autour du Top Management de la CNT, avec le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, commençant à prendre ses distances dès mardi à l’Assemblée nationale face aux pressions exercées par l’opposition parlementaire, qui avait stigmatisé le fait que « la CNT a atteint un stade de décomposition avancée ».
Le Program Document de la Banque Mondiale portant sur un prêt de Rs 600 millions (20 millions de dollars US) accordé au gouvernement en février dernier, soit le Second Public Sector Performance Development Policy Loan, dresse un tableau peu reluisant de la gestion de la CNT. Pour éviter toute détérioration de la situation et pour stopper cette descente aux enfers, la CNT n’a d’autre choix que de mettre à exécution un plan de restructuration. Le financement de ce plan, s’échelonnant sur une période de trois ans, nécessitera une injection de Rs 570 millions venant du gouvernement.
Dans la conjoncture, la CNT n’est nullement en mesure de générer les ressources financières nécessaires pour assurer son sauvetage à long terme. Ce rapport de la Banque Mondiale de plus de 80 pages souligne que les recettes brutes de la CNT l’année dernière ont été de Rs 1,3 milliard, soit Rs 300 millions de plus que pour l’année précédente. Par contre, elle a enregistré un negative cash flow de Rs 88 millions.
Les prévisions établies par la Banque Mondiale indiquent que cette tendance négative de la marge brute d’autofinancement se poursuivra pour les trois prochaines années : soit Rs 101,7 millions en 2014,  Rs 114,3 millions en 2015 et Rs 114,8 millions en 2016. À ce stade, la CNT est handicapée par des pertes accumulées de Rs 402 millions, alors que les « non-current liabilities totaled Rs 941 million ».
En vue de mettre à exécution les différentes composantes de la restructuration, la CNT devra pouvoir disposer des fonds supplémentaires de l’ordre de Rs 570 million. « The restructuring plan is expected to be implemented over the next three years and will require additional funding from the government of around Rs 570 million, mostly to renovate the aging bus fleet », fait ressortir la Banque Mondiale.
Plus loin, le Program Document avance que « the company has suffered mounting losses as a result of external factors such as high fuel and internal inefficiencis including the high cost of maintenance of its aging fleet and labour costs ».
L’Office Public Sector Governance (OPSG) sous l’égide du Prime Minister’s Office partage cette analyse. Dans le plan de restructuration proposé par ce département, mention est faite que « as it is unlikely that commercial funding would be readily available to the NTC, government might have to step in for lending the amount to the Corporation, on terms and conditions to be agreed upon between the two contracting parties ».
Même si ce plan a déjà eu l’aval du ministère de l’Infrastructure publique depuis le début de février dernier, jusqu’ici, très peu de détails ont transpiré quant à l’adoption des recommandations en vue de remettre la CNT sur les rails et comprenant également
– une refonte et réorganisation de la CNT au terme des dispositions du Company Act,
– l’introduction du Smart Card Payment System pour les passagers de la CNT,
– une révision à la hausse du coût du ticket d’autobus et
– la mise en place de Voluntary Retirement Scheme (VRS), vu que les receveurs de bus deviendront surnuméraires avec la nouvelle formule de paiement du ticket.

Un réaménagement des lignes desservies par la CNT devrait également être à l’ordre du jour, compte tenu du nombre réduit d’autobus mis sur les routes en raison de problèmes de maintenance. Le ministre Bachoo n’a pas hésité à soutenir officiellement que « out of the 519 buses, many of them will have to be removed and pending the acquisition of new buses, I have given directives of general nature to see to it that if other companies are interested, of course, they will have to follow the legal means – at least for a year or ten months’ time, to give them those lines, provided the passengers will not have to face any problem ».
Dans des milieux autorisés à l’hôtel du gouvernement, l’on affirme que la période de tergiversations au sujet de la réorganisation de la CNT ne pourra durer éternellement. La CNT est un des premiers corps parapublics à être désignés pour faire partie des Key Performance Indicators comme des conditionnalités dans le cadre de l’European Union Budget Support pour 2012. « À cet effet, les autorités ont un devoir de performance à respecter en vue des engagements pris de manière volontaire avec Bruxelles pour des soutiens budgétaires », s’appesantit-on.
Le principal obstacle à la mise à exécution du plan de restructuration reste l’absence de cohésion au plus haut niveau du Top Management de la CNT. Intervenant à l’Assemblée nationale, mardi dernier, le Whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, a résumé de manière appropriée cet état de choses en affirmant que « now we have a chairperson who is quarelling with the Minister (Bachoo) and the General Manager of the NTC… »
D’aucuns affirment que les chances d’un redressement à la CNT passeront nécessairement par des changements drastiques à la tête de la Corporation. Depuis le 3 mai dernier, avec le grave accident de l’autobus BlueLine 4263 AG 07, l’évolution des données semblent être défavorables pour le General Manager, Robin Soonarane, alors que le président du conseil d’administration, Ashwin Dookun, tente de se complaire dans une position de Low Profile en vue de ne pas attirer l’attention outre mesure sur lui.
Les premières conclusions de l’enquête policière sur les causes de l’accident meurtrier du virage de la mort à Sorèze du 3 mai, conjuguées à la série de problèmes survenus à des autobus de la CNT sur les routes depuis, ne jouent également nullement en faveur du General Manager de la CNT (voir détails plus loin). Il y a encore les conclusions du rapport d’expertise des consultants d’Ashok Leyland sur les causes de l’accident qui pèseront lourd dans la balance pour la deuxième phase de l’« opération tsunami » annoncée sur les corps parapublics.
Néanmoins, tout semble indiquer que l’heure des décisions pour des sanctions et pour la remise en ordre à la CNT ne devrait pas tarder. Le vice-Premier ministre et ministre de tutelle, Anil Bachoo, semble vouloir prendre graduellement ses distances de la direction générale de la CNT au fur et à mesure que des informations les unes plus accablantes que les autres se confirment.
Anil Bachoo a confirmé ce changement d’attitude à l’Assemblée nationale, mardi dernier, face à l’interpellation du député MMM, Veda Baloomoody, qui a soutenu que « whether he is prepared, at least, to look at the top-level management, the director, the chairman and all these ? These are the very persons who are bringing the NTC to its death ? »
Anil Bachoo devait faire comprendre que « I am defending neither the chairman nor the administration of the NTC… » Une façon d’indiquer que, très bientôt, le ménage devra se faire à Bonne-Terre avant qu’il ne soit trop tard…