« Je pense, donc je suis » (Cogito Ergo Sum) est la citation de René Descartes, extrait de son Discours de la méthode qui m’a longtemps troublé. Dans la grande tradition des manières expéditives d’enseigner aux jeunes, cette citation me fut martelée comme une certitude et comme preuve du génie de Descartes sans qu’on se donne la peine d’en expliquer la signification ou d’en donner le sens.

Quelle en est donc la signification ? Comment le fait de penser mène à mon existence ? Comment l’intangible que représente la pensée mène à un tangible qui est mon existence matérielle ? Comment avoir une pensée sans corps tangible ? En admettant un corps vierge de toute influence, comment initier une pensée qui mène à l’existence sans expérience sensorielle et donc matérielle? Qu’est-ce donc que la pensée sans corps?

Cette citation a souvent aussi été vendue comme l’illustration parfaite et la source de la rationalité à la française. Il me plaît de demander en quoi et comment la rationalité, qui se définit par l’utilisation de la raison et de la logique pour penser, est initiée par le seul fait de penser. C’est confondre les outils qui font jaillir la source et la source elle-même. De plus, primo, la raison et la logique ne sont que des conditionnements d’autrui à autrui qui sous-entendent une préexistence matérielle donc ultérieure à la pensée initiale et secundo le simple fait d’utiliser une méthode raisonnée et logique, dite scientifique, n’implique en rien l’atteinte de la certitude. Trop souvent on a voulu nous faire croire que le simple fait d’utiliser une méthode scientifique mène à la vérité. Comme toute méthode, cette dernière a aussi ses limitations surtout quand elle est poussée à outrance ou qu’elle est influencée par les limitations de celui ou celle qui exerce cette méthode.

Le maître mot en repartant du texte du Discours de la méthode est la recherche de la vérité, continue et éternelle. Descartes se demandait effectivement comment distinguer le vrai du faux dans ce qu’on apprend et à son époque il s’agissait aussi de s’affranchir des dogmes qui devenaient des plaies au progrès humain, par exemple la croyance durement imposée que le soleil tournait autour de la terre ainsi les observations tendaient à prouver le contraire (dixit Wikipedia, « Cogito Ergo Sum se comprend donc comme l’attitude d’un homme qui revendique une forme de pensée contraire à celle des autorités de l’Église, et proclame son droit à l’existence par la pensée »).

Mais cela va bien plus loin; Descartes dit effectivement que toute pensée est générée par les expériences sensorielles (les 5 sens) de tout un chacun et que celles-ci peuvent être manipulées et sont donc subjectives. La question fondamentale est donc de savoir quelle est la vérité dans un tel contexte et où se trouvent les certitudes s’il y en a. Descartes aboutit à la conclusion qu’il n’y a pas de vérité absolue et propose la Méthode, c’est-à-dire une approche en questionnant par le doute, toute vérité assenée par autrui quel qu’il soit. Il faut ici faire attention, trop souvent nous questionnons sous l’angle de nos propres certitudes (que nous confondons aussi pour la rationalité) sans nous demander si ces certitudes en question ne sont pas elles-mêmes fausses.
Ainsi on aboutit à la conclusion suivante :

La vérité fondamentale est que, nous, espèce la plus évoluée sur cette planète, ne connaissons pas la vérité fondamentale.
Nous ne pouvons que nous en approcher en la cherchant constamment. Cela signifie remettre en cause nos certitudes du jour et on doit nous enseigner la méthode pour cela au lieu de nous assener les certitudes des autres matin et soir.

Descartes indique une seule certitude, c’est que l’acte de penser indique l’existence d’un corps pensant. C’est la seule qu’on puisse avoir car, à moins, de prouver le contraire, on ne peut penser sans corps tangible.

Il rejoint ainsi Socrates qui avait pour coutume de dire (tel que relaté par Platon) : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ».