Le conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien, réuni aux Seychelles hier, a salué à l’unanimité la décision du président de la transition malgache, Andry Rajoalina, de ne pas se présenter aux élections présidentielles prévues en mai. Il a aussi donné son feu vert à la feuille de route présentée par le secrétaire général de l’organisation régionale, Jean Claude de l’Estrac.
Le dossier malgache a occupé la première place de ces travaux, souligne un communiqué publié hier après-midi. Le chef de la diplomatie malgache a remercié la COI pour le rôle politique et diplomatique qu’elle n’a pas cessé d’assumer dans la recherche d’une solution appropriée à la crise politique qui affecte Madagascar depuis 2009. « Nous ne saurions, à ce sujet, faire abstraction du soutien très actif qu’elle a apporté à la médiation entre le président de la Transition, Andry Nirina Rajoelina, et l’ancien président, Marc Ravalomanana, organisée sous l’égide de la Troïka de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) sur l’Île Desroches, ici aux Seychelles en 2012 », a déclaré Pierrot Rajaonarivelo.
Dans son discours, Alessandro Mariani, a annoncé que l’Union européenne vient de signer le 15 janvier dernier « un accord de financement avec le PNUD d’un montant de 11,9 millions d’euros pour épauler politiquement et financièrement le processus électoral en cours ». Cette aide s’ajoute au million de dollars US que la COI s’apprête à verser, avec le soutien financier de Maurice, de l’Australie et de la France.
Le Conseil de la COI a décidé aussi d’ouvrir très rapidement un Bureau de liaison à Madagascar pour assurer une permanence sur place. Les Seychelles ont désigné à la tête de ce bureau Claude Morel, diplomate actuellement en poste en Afrique du Sud. Par ailleurs, pour attirer les investisseurs et accélérer la reprise économique à Madagascar, les membres du Conseil ont entériné la décision d’organiser très prochainement à Majunga la table ronde des investisseurs sur le thème de la sécurité alimentaire
James Michel, président de la République des Seychelles, a inauguré le 28e Conseil de la COI qui a réuni hier à Mahé, les chefs de délégation des cinq États membres de la COI. Les ministres en charge de la coopération régionale de l’Union des Comores (Mohamed Bakri), de Madagascar (Pierrot Rajaonarivelo), de Maurice (Arvin Boolell) et des Seychelles (Jean-Paul Adam) et le président du Conseil régional de La Réunion (Didier Robert) sont venus à la tête d’importantes délégations. Ce Conseil, présidé par le chef de la diplomatie seychelloise Jean Paul Adam, s’est tenu en présence d’une centaine d’invités de marque et de très nombreux partenaires du développement.
Le Conseil de la COI a donné le feu vert à la feuille de route présentée par le Secrétaire général Jean Claude de l’Estrac pour les prochaines années en adoptant une vingtaine de décisions clefs qui vont selon lui donner un nouveau visage à la région, en faisant de « l’Indianocéanie le socle et le tremplin de son avenir ». Le Conseil a approuvé le plan de développement stratégique et les priorités affichées pour les prochaines années : l’amélioration de la connectivité maritime, aérienne, numérique entre les îles de la COI, le renforcement de la sécurité alimentaire, en faisant de Madagascar le grenier de la région, et le lancement d’une future chaîne de télévision régionale. Le budget annuel de fonctionnement a été approuvé, ainsi que le rapport d’activités du Secrétaire général.
Le dynamisme de la présidence seychelloise du Conseil de la COI a été souligné à maintes reprises au cours des nombreuses interventions. Dynamisme pour accélérer le processus de sortie de crise à Madagascar, « détermination et rôle central dans la lutte contre le fléau de la piraterie en partenariat avec les pays de la région et la communauté internationale », souligné dans son discours par le chef de la diplomatie mauricienne, Arvin Boolell. D’autres avancées notables ont été mises à l’actif de la présidence seychelloise par les différents intervenants, la réunion ministérielle du tourisme qui s’est tenue à La Réunion en novembre dernier, la défense des intérêts insulaires pour faire de la COI le chef de file des petits États insulaires en développement et l’obtention du statut d’observateur auprès de l’Union africaine.
Comme l’a souligné le Secrétaire général de la COI, Jean Claude de l’Estrac, ce Conseil représente un tournant dans l’histoire de la COI : d’abord par l’ampleur et la portée des décisions prises. Didier Robert, président du Conseil régional de La Réunion, a adressé ses voeux de réussite à l’endroit de Jean-Claude de L’Estrac. « J’ai pu mesurer, Monsieur le Secrétaire général, combien nous partagions la même approche sur les enjeux et sur les perspectives de développement de nos îles. Et j’apprécie l’énergie visionnaire que vous déployez au service de la COI. »
Ce conseil marque aussi une étape importante de par l’importance des nouveaux accords signés en fin de journée : 15 millions d’euros signés avec l’Union européenne pour un programme crucial de préservation de la biodiversité, 500 000 dollars de l’Australie pour, à la fois appuyer le processus électoral de sortie de crise à Madagascar et soutenir des actions concrètes d’aménagement du territoire aux Comores et à Madagascar dans le cadre du projet Risques naturels de la COI. Et 100 000 dollars de la Chine pour soutenir la construction institutionnelle de la COI et la coopération entre ses États membres.
Sept partenaires du développement, présents à Mahé, sont intervenus en première partie du Conseil de la COI (voir discours des intervenants en annexes) : les représentants de l’Union européenne (Alessandro Mariani), de l’Agence française de développement (Laurence Breton-Moyet), de la Banque africaine de développement (Gabriel Negatu), du COMESA (M. Sindiso Ngwenya), de l’Australie (Richard Marles, Australian Parliamentary secretary for Pacific Islands), de l’Inde (Charanjeet Lal, acting high Commissionner, High Commission of India, intervenant au nom de l’IOR-ARC) et du réseau mondial des femmes chefs d’entreprises (Laura Gucci). M. Mariani a souligné qu’avec tous les projets en cours et à venir, c’est un portefeuille de plus de 100 millions d’euros de financements mis à la disposition de la COI, ce qui est « de loin le plus important jamais géré par la Commission de l’océan Indien ».
Laurence Breton-Moyet, directrice de l’AFD, a rappelé les 10 millions d’euros accordés à la COI. Elle a assuré que cet appui se poursuivra non seulement dans le domaine des biens publics régionaux, mais aussi dans le domaine de l’intégration économique et commerciale, à travers un appui ciblé au secteur privé.
Le directeur régional de la BAD, Gabriel Negatu, a rappelé qu’une stratégie spécifique à la région Océan Indien a été adoptée, ciblant 3 champs d’intervention prioritaires : le renforcement des capacités institutionnelles, le développement d’infrastructures régionales tenant compte des contraintes insulaires de la région et la réponse aux catastrophes naturelles et aux pandémies. Déjà, deux projets sont à l’étude : un projet Recherche et innovation (pour un montant de 34 M USD) et une phase II du projet de lutte contre VIH/SIDA. Pour optimiser son aide à la COI, la BAD va ouvrir prochainement un bureau régional à Maurice.
Le Secrétaire général du COMESA, Sindiso Ngwenya, rappelant la décennie de coopération étroite et complémentaire tissée avec la COI, a confirmé que la Tripartite était un marché plein d’opportunités à saisir, avec 26 pays, près de 600 millions d’habitants, représentant un PIB cumulé de 1,2 milliard de USD.
Après les signatures des conventions de financement à la State House, la passation du drapeau s’est faite entre Jean-Paul Adam et son successeur Mohamed Bakri, le chef de la diplomatie comorienne. « L’émotion que procure la présidence de notre Organisation, me donne une réelle ambition d’accompagner dignement toutes les bonnes volontés qui se mobilisent chaque jour davantage pour défendre et promouvoir l’Indianocéanie, les intérêts économiques de l’espace commun COI, et entretenir un partenariat bénéfique et efficace avec d’autres espaces institutionnels et géographiques du monde ».