Plus de 30 % du pétrole brut mondial transite par l’océan Indien. D’où le lancement en 2008 d’un projet régional visant à sécuriser la région et créer un centre du coordination. Résumé des avancées qui font de la Commission de l’océan Indien garante d’une « référence internationale ».
Chaque année pas moins de 5 000 navires longent le canal du Mozambique et passent entre les îles des Comores et l’atoll seychellois d’Aldabra (inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité), pour desservir l’Europe, l’Amérique et l’Asie. Pour l’océan Indien occidental, reconnu comme un des hauts lieux de la biodiversité mondiale, un déversement accidentel d’hydrocarbures aurait un effet désastreux sur les ressources naturelles, dont dépendent des secteurs économiques majeurs comme le tourisme et la pêche. La prévention de la pollution marine est un enjeu prioritaire pour les îles de la Commission de l’océan Indien (COI).
C’est en ce sens qu’un projet régional de développement d’une autoroute maritime dans le canal du Mozambique et de prévention de la contamination marine et côtière a été mis en oeuvre en 2008 par la COI et l’Autorité de sécurité maritime d’Afrique du Sud (SAMSA).
Les principales réalisations de cette initiative qui a pris fin le 31 décembre dernier ont été abordées hier lors d’une conférence de presse au siège de la COI à Ébène. À cette occasion, le chef de projet pour la région Raj Prayag a souligné la mise en application efficace du dispositif, « une référence internationale ».
Réalisations
Le coût total du projet s’élève à USD 26 millions USD ; USD 11 millions injectés par le Fonds pour l’environnement mondial à travers la Banque mondiale et le complément par les pays participants et la COI (à travers les activités d’autres projets, financés par l’Union européenne (UE), tels que ProGeCo et les projets relatifs au secteur de la pêche). Destiné à réduire les risques de pollution et à renforcer les capacités des États de la région à répondre aux situations d’urgence, le projet est d’ores et déjà cité comme un modèle en passe d’être répliqué dans d’autres régions du monde, dont le Moyen-Orient (Golfe d’Aden) et l’espace méditerranéen. C’est dans ce sens que l’UE a organisé une conférence en février 2012 à Tanger, souligne la COI.
Les pays prenant part au projet ont bénéficié d’un appui de taille sur le plan de la gouvernance, de la formation d’experts, de la fourniture d’équipements et par la mise en place d’un dispositif pérenne de coordination régionale. Parmi les principales retombées positives pour les pays participants et les populations côtières, on peut énumérer les réalisations suivantes :
• Une sécurité maritime renforcée pour prévenir les déversements accidentels d’hydrocarbures et les risques liés en termes de vies humaines, de dommages écologiques irréparables et d’impacts économiques sur les secteurs les plus exposés (pêche, tourisme…). Une avancée rendue possible notamment par la création d’un « rail » de navigation pour sécuriser le passage des navires dans le Canal du Mozambique.
• La mise en place d’un accord de coopération entre neuf pays signataires de la région, prévoyant une assistance mutuelle en cas de déversement d’hydrocarbures.
• Chaque pays dispose à présent d’un plan de lutte contre les déversements d’hydrocarbures, décliné au niveau régional et local. De plus, du matériel de confinement et de récupération d’hydrocarbures en mer a été fourni aux pays, pour protéger les ressources et écosystèmes côtiers et marins.
• Chaque pays détient désormais des cartes détaillées (Atlas) de ses zones côtières les plus sensibles, permettant de prioriser les interventions en cas de pollution.
• Plusieurs dizaines d’experts ont été formés dans les pays bénéficiaires pour pouvoir gérer d’éventuelles situations de crise. De même, plusieurs personnes ont été formés pour assurer la relève à long terme et la mise à jour des plans de lutte nationaux. Raj Prayag souligne d’ailleurs : « Nous avons largement dépassé les attentes de la Banque mondiale que prévoyait que nous formerions que 30 personnes. Plus de 300 personnes de la région auront ainsi bénéficié de formation ».
• Des inspecteurs ont aussi été formés pour veiller à ce que les navires qui desservent la région respectent les normes internationales en vigueur. La formation d’hydrographes, qui permet de mieux sonder les entrées aux ports de la région, est un aspect essentiel pour l’élaboration des cartes de navigation.
• L’un des résultats du projet « le plus prometteur » pour la région concerne la mise en place d’un centre régional de coordination au siège du Sea Watch Center à Cape Town (Afrique du Sud). Il sera opérationnel au cours du 1er semestre 2013.
• Une méthode d’évaluation financière des systèmes écologiques – mangroves, notamment – a été établie. On peut désormais avoir un aperçu de la valeur monétaire de certains écosystèmes, ce qui vient perfectionner les études de faisabilité.
Selon Raj Prayag, de telles compétences « contribuent au climat de confiance dans la région ». « Dans le passé, cela pouvait arriver que des sociétés utilisent des navires de seconde catégorie – vétustes, ne respectant pas les normes– dans l’océan Indien. Cela est plus difficile désormais. On se met aux normes internationales. »
Créée en 1982 à Port-Louis et institutionnalisée en 1984 par l’accord général de Victoria, la COI est organisation intergouvernementale de coopération régionale qui regroupe cinq états membres : Comores, France/Réunion, Madagascar, Maurice et Seychelles. Cette plateforme de coopération régionale permet de mutualiser les ressources et les compétences pour mieux répondre à des problèmes souvent transfrontaliers.