Indépendamment de la panne sèche que connaissent depuis au moins le début de l’année des composantes majeures du scandale financier du groupe BAI avec un préjudice évalué par la Banque de Maurice à Rs 25 milliards, la police arrive difficilement à se dépêtrer de la controverse dans deux autres enquêtes d’intérêt public. D’abord, la Coin Idéal Saga, qui hante les Police Headquarters depuis bientôt six semaines, avec le Deputy Commissioner of Police, Tangavel Seerungen, next in line pour assumer les fonctions de commissaire de police, dans le viseur et ensuite l’opération de vidange à la National Transport Authority (NTA) avec des HorsePower Certificates falsifiés en circulation. Dans les deux cas, les informations communiquées par le commissaire de police, Karl Mario Nobin, au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, suite à des Parliamentary Questions, mardi, n’ont eu pour effet que soulever des zones d’ombre. Au point où, acculé par les interpellations supplémentaires du leader de l’opposition, sir Aneroood n’a eu d’autre choix que de faire comprendre qu’il demanderait au commissaire de police d’initier une enquête sur les dessous de la Coin Idéal Saga. « Well, I will ask the Commissioner of Police to have an enquiry », a-t-il dit. Toutefois, au sein de la force policière, une aile veille au grain et continue à exercer des pressions pour réduire les risques de cover-up en affirmant que « you cannot ask a dog to keep watch over the bundle of sausages. Anyway, this is not the end of this saga. »
Depuis la semaine se terminant au 25 juin, suite à l’édition du Mauricien levant le voile sur cette tentative de cover-up avec au coeur du scandale les manoeuvres d’un Top Gun de la police, presque chaque semaine, des dénonciations en règle et des détails et des documents à l’appui de ce qui est présenté comme un délit présumé de dereliction of duty, émergent, avec un prochain épisode de cette affaire annoncé incessamment. Une façon de faire comprendre à l’establishment de la police que les menaces et intimidations n’ont aucun effet sur le rank and file quand il s’agit du respect des règlements. Mardi, à la lumière des réponses fournies par le Premier ministre, les principaux acteurs sont connus officiellement, à savoir :
— le haut gradé de la police, dont le fils est dans la mélasse de Coin Idéal, n’est autre que le DCP Tangavel Seerungen, qui assurait la suppléance au poste de commissaire de police vu que Mario Nobin était en mission, ce dernier étant présenté par le député Rajesh Bhagwan comme un pigeon voyageur, «ki vwayaz plis ki minis Afer etranzer » ;
— la voiture fait bel et bien partie de la flotte officielle de la police, soit une BMW avec le matricule officiel 141 RM 11, mais convertie en plaque d’immatriculation 7824 DC 11, même si au début de ce scandale, certains aux Casernes centrales avaient tenté d’accréditer la thèse que c’était la voiture personnelle de cet officier de police ;
— le fils du commissaire de police par intérim au moment des faits, Saven Seerungen, 32 ans, banquier de son état et résidant à Morcellement Mewasing, Vacoas, pris en tenaille entre une femme et un homme en pleine nuit à Rose-Hill.
 Les éléments de réponse compilés par les Police Headquarters et soumis au Premier ministre tentaient de faire croire que « everything is in order » dans ces incidents qui remontent à la nuit du 26 au 27 mai derniers. D’ailleurs, deux suspects, Jean Marc Bigaignon, 36 ans, habitant De Plevitz à Plaisance, Rose-Hill, et Marie Sharonne St Mart, 25 ans, de NHDC, Flamboyant, Camp Levieux — deux habitual criminals fichés à la police —, avaient été interpellés à la veille de la séance parlementaire de mardi dernier et placés en détention provisoire jusqu’à lendemain.
 Faits irréfutables
 Mais très vite, un renversement de situation était noté avec l’étape des supplémentaires entamée. La version à l’effet que le dénommé Saven Seeungen avait joué au bon Samaritian sur la route Royale à Rose-Hill au beau milieu de la nuit, en donnant un lift à une femme, devait voler en éclats. “The son of an acting Commissioner of Police was doing his dirty business near the Coin Idéal, he was threatened by somebody with a knife and a lady ; I stop there”, lâche Paul Bérenger, qui demande pourquoi les procédures établies dans des cas de vol avec violence, surtout d’une limousine appartenant au gouvernement, n’ont pas été suivies.
 Les faits irréfutables : ce ne fut que quand le quotidien Le Mauricien avait fait état de ce scandale dans son édition du 25 juin dernier qu’une entrée dans l’Occurrence Book du poste de police de Rose-Hill, soit OB 14415/2016, fut enregistrée à 13h26 le 26 juin au sujet de ce cas de larceny with violence. Cette affaire esr relancée, même si à 4h08, quand la BMW de la police avait été retrouvée, la DB Entry N°18 au poste de police de Rose-Hill inscrite par le constable Deenoo note que « in relation to the above incident, Mr Seerungen stated that he has already recovered his car and will not proceed with any declaration. He has not been injured and is satisfied with action taken by the police ».
 Comble de malchance pour la reprise : dans l’empressent de ces demarches, mention est faite que « that on 27 th June 2016 at around 00 00 hours, he (Saven Seerungen) was in his car Reg No 7084 DC 11, make BMW Colour Black at Celicourt Antelme Street, Rose-Hill, when he was approached by an unknown woman and a man ».
 Or, le fait demeure que les incidents remontent à la nuit du 26 au 27 mai derniers, poussant les whistleblowers au sein de la police ayant eu accès au dossier à se demander « how is it that Prince Saven called for the police, if ever it was like this, reported a case which occurred on 27 June 2016 around midnight, that is, a day before the occurrence? (voir fac simile en haut). Funeral before death. » Comme pour goguenarder le Premier ministre, qui avait utilisé cette expression au sujet du Brexit, le retrait de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne.
 “Funeral before death”
 Dans cette même perspective, la démarche du Detective Constable 8168 Kokil, qui a consigné la déposition du 26 juin, soit au lendemain de l’article du Mauricien, interpelle ceux qui sont aguerris aux procédures en vigueur au sein de la police. « Detective Constable Kokil made the declaration on behalf of Saven Seerungen. Why ? Where ? When ? Why did Prince Saven Seerungen change his mind and who authorized DPC Kokil to report a case ? Whether out of the blue DPC Kokil on his own opened an entry The exemption of police calling on declarant applies only to a few privileged and among was the former Prime Minister Navinchandra Ramgoolam when his declaration was recorded in his office », ajoutent des sources, qui notent également une autre inconsistency par rapport au numéro de la voiture.
L’entrée dans l’Occurrence Book du poste de police de Rose-Hill, le numéro inscrit est de 7084 DC 11, alors que sur la plaque d’immatriculation c’est le 7824 DC 11. Les noms de deux autres membres de la force policière, soit le Recording Officer, le constable 9120 Subhoo et l’assistant commissaire de police Ramsurrun, Divisional Commander, sont cités dans le contexte de la déclaration du 26 juin. Le mystère du numéro de la voiture s’épaissit. Dans une entrée au poste de police de Rose-Hill (Dairy Book n°10) à 2h05, il avait soutenu que « he was in his car make BMW registration number unknown to him ». Et les policiers de service ont été forcés d’avaller cette couleuvre.
Transparence
Les détails de l’OB 14415/2016 du 26 juin, notamment le téléphone de la marque Apple de couleur grise, la somme de Rs 1 000 et la paire de chaussures de Saven Seerungen volés par le couple, soit un préjudice de Rs 44 000, contrastent avec le black-out intervenu dans la nuit du 26 au 27 mai derniers, soit au moment des incidents. Des sources concordantes avancent que « all the items returned to Saven Seerungen without any trace of a single entry in the official book of police. But surprisingly, one month after the incident which happened in Rose Hill, he showed himself volunteer and able to identify the assailants. Who is the officer who went to collect the mobile phone from the woman in the dark on that night ? Is it not the CID of Rose-Hill ? The entries speak for themselves », ajoutent les détenteurs d’insider information dans l’attente d’une confirmation de Mario Nobin, qui clame sur tous les toits que la police ne pratique pas de cover-up.
 L’un des premiers Daily Book Entries du poste de police de Coromandel, quand le fils du DCP Seerungen avait été recueilli par une patrouille de la police aux abords de Winner’s de la région, est des plus succincts, à savoir que « Mr Saven Seerungen, 32 years, auditor residing at Morc. Mewasing Solferino Vacoas calls in and reports that his car has been stolen in Rose-Hill. » Cette entrée est signée du constable 5277 Teeluck à 1h53 ce 27 mai selon des documents en circulation. Cinq minutes à peine après, le fils du DCP Seerungen était accompagné par des policiers pour se rendre au poste de police de Rose-Hill et sur ordre de qui ?
L’urgence d’une enquête indépendante en vue de faire la lumière sur ces zones d’ombre s’imposent dans la conjoncture et après le faux pas à l’Assemblée nationale, poussant le chef de file du Labour, Shakeel Mohamed, à soutenir que « it is clear that all the answers that the Prime Minister is giving in this House, aregiven to him by the Commissioner of Police himself, and if the Commissioner of Police clearly has not given him all the information and being transparent and truthful in the answers being provided to the Rt. hon. Prime Minister, how does he, therefore, expect the same Commissioner of Police now to enquire when he initially hid all the information from the Prime Minister ? »
Sauver sa peau
L’un des premiers indices irréfutables permettant d’orienter toute enquête indépendante concerne un relevé de tous les appels téléphoniques échangés entre les différents protagonistes engagés dans la Coin Idéal Saga dans la nuit du 26 au 27 mi. Au total, pas moins de 72 appels téléphoniques ont été répertoriés entre 0h30 et 3h41 du matin du 27 mai, avec une dizaine engageant directement les principaux acteurs, laissant planer le doute quant à l’enclenchement des procédures établies dans ce high profile case.
 « Police Exchange has a full record of events after events. What has been the role and involvement of the Central Police Information Room in regard to this threat, larceny with violence, attempt to steal money from ATM Coromandel, stolen government property and larceny of petrol ? The elementary and first police action was to inform the Police Information Room, messages flashed to all mobile and statics over the island to look for the vehicle. However, Coromandel Police was threatened and instructed not to act diligently in that case », soutiennent ceux qui veulent que toute la lumière soit faite sur les événements de la nuit du 26 au 27 mai.
 Dans une tentative de sauver sa peau, et compte tenu des intrigues dans la Coin Idéal Saga, « the freshly promoted sergeant made an entry in the Daily Book of Coromandel at 03:27:45 hrs on 17/05/16 to say that it was under instructions from OPS Room to avoid and discard the principles of policing. Hence, SOCO and other scientific examination of the vehicle were ignored and destroyed. From whom and under whose instructions did OPS Room dare flush out the written instructions of the Commissioner of Police (Standing Orders and Instructions Book) ? »
 Dans les rangs du rank and file de la force policière, la Coin Idéal Saga se présente comme une occasion en or pour que la bonne gouvernance et la transparence soient pratiquées. « For petty and imaginary offences based on lies, young, junior and inexperienced police officers are on spot interdicted and deprived of their right. They are jailed and dragged to Court. We can only show the direction but the power to act is from the outside perimeter of Line Barracks », conclut une des dernières dénonciations en circulation en vue de secure une enquête indépendante pour laquelle résiste l’establishment des Police Headquarters