Un Premier ministre montrant clairement qu’il est totalement dépassé. C’est la prestation offerte par sir Anerood Jugnauth, qui avait à répondre, mardi dernier, à ce qui ressemblait à une Private Notice Question bis venant du Whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, sur ce qui est maintenant connue comme la Coin Idéal Saga, survenue dans la nuit du 27 au 28 mai et dans laquelle sont impliqués le fils du Deputy Commissioner of Police Tangavel Seerungen, Saven, et le véhicule de l’État  immatriculé 7824 DC 11.
Très clinique dans sa réponse initiale, le Premier minister ne donnera que des informations partielles aux questions pourtant très précises du premier député de Beau Bassin/Petite Rivière. L’incident concerné, a-t-il expliqué, s’est produit à minuit environ le 27 mai 2016. “Government-owned car number 141 RM 11 and bearing Civil Registration Number 7824 DC 11, make BMW, was involved in an incident as the person driving the car at that time was victim of a case of larceny with violence. I am further informed that the said car is allocated to Mr Tangavel Seerungen, Deputy Commissioner of Police, and at the time of the incident, the car was driven by Mr Saven Seerungen”. Qui n’est autre que le fils du DCP.
Sir Anerood Jugnauth a aussi indiqué que c’est un principe établi pour les officiels disposant d’un véhicule public pour usage public et privé qui permet à trois autres personnes de le conduire, à la condition qu’elles disposent d’un permis en bonne et due forme. C’est à ce titre que le fils M. Seerungen a, le 13 août 2015, obtenu que son nom soit ajouté à la liste des personnes pouvant conduire la BMW 7824 DC 11.
Quant à l’enquête sur ce que le Premier ministre appelle un “incident”, il indique que le commissaire de police l’a informé que c’est le CID de Rose Hill qui mène l’enquête et que deux personnes ont, le 11 juillet dernier, été interpellées et conduites en cellule policière sous une charge provisoire de “larceny with violence”. Comme l’enquête suit toujours son cours, SAJ a dit que la possibilité d’une investigation indépendante ne se posait pas.
C’est le leader de l’opposition lui-même qui a ensuite donné le ton des questions supplémentaires en demandant au chef du gouvernement s’il était au courant que “all normal Police procedures were flouted and the Police Information Room was not informed immediately that it was a Government vehicle which have been stolen. The person who was driving was allowed, later on, to drive away with the same car without any prélèvement, without any Police on the spot doing any expert survey ?”
Et au Premier ministre de répondre le plus candidement que “that is not correct because the car was never stolen”. “Never stolen ?” s’indigne Paul Bérenger avant de poursuivre : “Well, if that is not a cover-up, I don’t know what it is !” Il rappelle alors que l’on a affaire là à un commissaire de police par intérim et il demande ensuite si ce DCP était présent au poste de police de Rose Hill. “Je ne sais pas”, répond le PM et ministre de l’Intérieur, responsable de la police.
“Kind of stolen !”
 Mais suite à la reception d’une note, SAJ s’empressera de se corriger pour dire que “I have just been informed that after the incident, the car was, if we call it ‘stolen, taken away by somebody’, retrieved on the same night”. Confronté à sa réponse initiale par le leader de l’oppostion, SAJ, nageant en pleine confusion, dira cette fois que “I was given to understand that the car was stolen from the place of Mr Seerungen, that is not correct”. Et alors que Paul Bérenger rebondit “I never said that”, le chef du gouvernement rétorque : “Well, but I understood that.”
 Reprenant  ce qui ressemblait à un véritable tir de barrage, Paul Bérenger lance : “The son of an Acting Commissioner of Police was doing his dirty business near the Coin Idéal, he was threatened by somebody with a knife and a lady ; I stop there. He was driven to a bank and he escaped because there was a Police car going by and the man with a cutter drove away with the car, stole the car, Government property, and the car was discovered by others and during all this time, nothing happens, the Information Room is not alerted and so on. The Prime Minister told me before that the car was not stolen, now it was kind of stolen. Can I know whether we will really look at this cover-up which has taken place during that night ?”
“Je ne sais pas de quel “dirty business” parle le leader de l’opposition”, réagit le Premier ministre, pendant que la shouting brigade habituelle de Lepep, voyant leur chef en grande difficulté, commence à donner de la voix sans  grand succès, puisque le Premier ministre lui-même finit par reconnaître que “there is so much information that people outside, like the Leader of the Opposition, get, but I have not been informed about this”.
N’en démordant pas, le leader de l’opposition, toujours sur le ton de l’exaspération, demande au chef du gouvernement s’il est au courant que “the mobile phone of the gentleman concerned was stolen, retrieved by the Police, handed back to the person concerned without any entry in the Police Books, without any enquiry, nothing, that no case of ‘larceny with violence’ was opened, that no ‘case of threat with offensive weapon’ was investigated into, nothing happened for a whole month until an article appeared in Le Mauricien one month later and then things started moving supposedly to cover up even more ?”, sous les protestations de quelques membres de la majorité dont l’inénarrable Mahen Jhugroo.
Plus confus que jamais face à cette salve, SAJ répond : “I am advised   to ask the Commissioner of Police to personally look into the matter.” Une formulation de phrase digne d’un scénario de sketch humoristique, au point où Paul Bérenger, restant dans la même tonalité, renchérit “not to go to Coin Idéal ! It is not advisable !”, avant de relancer le Premier ministre sur les raisons pour lesquelles ce n’est qu’un mois après l’incident qu’une enquête a démarré et que ce n’est que depuis quelques jours qu’il y a eu des arrestations et s’il va “put an end to this cover-up and come out with the whole truth ?” “Je vais demander au CP de mener une enquête”, dira SAJ.
Prenant le relais, Shakeel Mohamed relèvera l’ironie qui consiste pour le Premier ministre à donner les réponses qui lui ont été fournies par le CP lui-même et qui sont loin d’être “transparentes et exactes” et qu’il va maintenant demander à la même personne qui a “initially hidden all the information” de mener une enquête. “À qui devrais-je demander une enquête ?” lancera le Premier ministre au chef de file du PTr, sous les cris de soutien de ses troupes.
 “Symbolic case”
 Ce sera ensuite à l’auteur de la question, Rajesh Bhagwan, de poursuivre avec les supplémentaires. Il souligne d’emblée que s’il n’y avait pas eu sa question, laquelle suivait les révélations du Mauricien du 25 juin 2016, il n’y aurait eu aucune arrestation. Pour toute réponse sur cet aspect du scandale, le Premier ministre, très léger : “Well, they must have been shaken up by the question that was put.”
À la question du même député de savoir si Tangavel Seerungen a le soir de l’incident fait le tour des postes de Rose Hill et deCoromandel : “He went on sites and he threatened all the junior Police Officers, even those who have just received promotion as sergeant This case is a symbolic case, where people must see that there is justice à deux vitesses. A case of cover-up ! This case is commonly known as the Coin Idéal saga. Everyone knows it, within the Police Force itself. It’s about the credibility of the Police Force because the Head is involved”, avant d’insister pour qu’il y ait une enquête indépendante sur toute cette affaire, d’autant que c’est un Deputy Commissioner of Police qui est impliqué. Pas de réponse audible de SAJ dans un concert d’invectives où c’est l’opposition qui semblait avoir la meilleure partition.
 La séance avait sinon démarré avec la Private Notice Question éminemment sociale et humaine du leader de l’opposition sur le sort des handicapés qui serait peu enviable si l’on s’en tient au rapport damning de l’ONU sur la situation à Maurice. Ce fut un échange franc mais courtois et instructif, et clôturé sur les débats portant sur l’Independent Police Complaints Commission défendue par la majorité mais très décriée par les députés de l’opposition. Veda Baloomoody qui a parlé de “desperate exercise of rebranding” et Shakeel Mohamed  a, lui aussi, soutenu que cette commission n’apportait rien de nouveau par rapport au régime existant.