Il y a dix ans, dans l’après-midi du 25 juin 2003, Nadine Dantier, 21 ans, habitant avenue des Dauphins, Albion, disparaissait subitement. Le lendemain, son corps sans vie était retrouvé dans un terrain en friche, à quelques centaines de mètres de chez elle. Dix longues années se sont écoulées depuis. De rebondissements en tergiversations, l’enquête policière n’aura rien donné de concret jusqu’ici. Dix ans depuis que la famille Dantier attend justice et espère que des témoins éventuels finiront par se manifester. Promise à un bel avenir, cette étudiante de l’Université de Maurice, qui était en stage, a été sauvagement violée puis tuée, avant d’être abandonnée dans le terrain en friche. Dix ans plus tard, le bilan de l’enquête policière est bien maigre: en dépit de la multitude de suspects interrogés, de tests ADN effectués et du recours à l’expertise policière étrangère, “the case is still undetected”.
Au-delà des couacs de l’enquête policière – le dossier a changé de mains plusieurs fois, Marcelin Azie a été arrêté puis disculpé sur la base des résultats de son test ADN –, l’affaire Dantier demeure d’une opacité troublante de par l’absence de témoignages probants. Pourtant, l’enquête policière avait été relancée le vendredi 13 janvier 2012 des suites d’une lettre anonyme expédiée à la police et à une radio privée, ce jour-là. Cette lettre n’était certainement pas la première de son genre. Mais elle avait le mérite, comme toutes les autres, d’être prise au sérieux. Son auteur, qui se présentait comme un maçon, affirmait avoir été témoin du viol et du meurtre de Nadine Dantier. L’auteur avait aussi affirmé que les auteurs de ce crime crapuleux sont deux de ses chefs hiérarchiques, à savoir un dénommé Vikash, de teint clair et aux yeux gris, ainsi qu’un homme portant une barbe.
Ce jour-là, contrairement aux habitudes, les maçons auraient fini de travailler plus tôt. Cependant, ils se seraient arrêtés à bus stop se trouvant près de l’église de Notre-Dame de La Mer, à Albion, dans le but de consommer de l’alcool. À ce moment précis, une jeune fille était descendue de l’autobus. Cette fille serait Nadine Dantier. Les supérieurs de l’individu auraient alors pris la décision de la suivre. Et ont déposé l’auteur présumé de la lettre anonyme chez lui 45 minutes plus tard.
Poursuivant son récit, l’individu avoue que ce n’est que le lendemain – le 26 juin 2003, soit le jour de la découverte de la dépouille de Nadine Dantier dans un terrain en friche d’Albion – qu’il a appris qu’un crime avait été commis à l’endroit où ils s’étaient arrêtés. Le dénonciateur insiste sur le fait qu’il n’avait pas d’autre choix que de garder secrètes toutes ces informations puisqu’il avait l’intention de se rendre dans un autre pays, sans toutefois en préciser la destination, ainsi que pour sa propre sécurité. En 2011, d’autres indications avaient aussi aiguillé les enquêteurs en direction de cinq toxicomanes. Mais trois d’entre eux étaient, alors, déjà décédés.
Que s’est-il ensuite passé? Des suspects ont été interrogés, d’autres tests ADN ont été effectués. En 2007, la famille avait aussi obtenu l’exhumation du corps, dans l’espoir qu’une éventuelle lettre contenue dans le cerceuil de Nadine Dantier pourrait aider à lever le voile sur cet épais mystère. En vain.
Pourtant, il y a aussi eu les visites régulières de policiers français, dont le commandant Philippe Bishop et son collègue, le capitaine Nicolas Pajani, deux experts émérites en “cold cases”.
Lorsque l’affaire éclate en juin 2003, Maurice était alors dépourvue d’un laboratoire ADN digne de ce nom. Les indices scientifiques rassemblés par les Scene of Crime Officers (SOCO), notamment sur le terrain en friche d’Albion, mais aussi auprès des différents suspects, ont pris du temps avant d’être expédiés à l’étranger aux fins d’analyses. Avec tout ce que cela peut comporter comme risque de contamination des spécimens prélevés.
Aujourd’hui, la famille Dantier s’accroche toujours à l’espoir que justice soit faite et que des témoins éventuels se feront connaître. Du côté des enquêteurs, on se borne à ajouter: “On finira bien par trouver, même si le temps qui passe ne nous facilite pas les choses.” Des propos n’apportant nul réconfort aux proches encore affligés par ce crime crapuleux.