Intégré depuis 2009 au time-table des Form I-Form VI dans tous les collèges d’État indistinctement dans le souci d’offrir un temps d’activités non académiques aux élèves – comme l’indique clairement son appellation – l’« Activity Period » a été détourné de son objectif. Dans un bon nombre d’établissements, l’activity period, par manque de personnel, est devenu un temps libre pour les élèves qui en profitent pour faire la causette ou pour faire les devoirs. « Nous n’avons rien fait l’an dernier dans cette classe et depuis le début de cette année c’est la même chose », témoignent des élèves de Form IV d’un collège de la capitale. Jusqu’ici le ministère de l’Éducation ne s’est pas intéressé à faire une évaluation de ces activity periods.
Selon les directives émanant du ministère de l’Éducation, tous les élèves fréquentant les collèges d’État devraient bénéficier de quatre activity periods de 35 minutes chacun par semaine. Petit rappel : l’inclusion de ce temps d’activités au time-table au début 2009 faisait suite à la décision très controversée du ministère de tutelle de terminer les classes à 15 heures au lieu de 14 h 30.
Mais face aux protestations houleuses, l’Éducation nationale a été contrainte de revenir à l’ancien horaire mais le ministre de l’Éducation avait insisté à une conférence de presse sur le maintien de cet activity period, ajoutant qu’il a bien l’intention de veiller de près au respect de cette décision. Vasant Bunwaree avait fait un plaidoyer pour l’intégration d’activités cocurriculaires, soulignant qu’elles sont indispensables au développement intégral du jeune. Initiative fort louable.
Pour faciliter la tâche des écoles dans l’organisation de cet activity period, le ministère de l’Éducation leur avait envoyé une liste de propositions mais leur laisse le choix de meubler ce temps en raison des spécificités de chaque cours. Mais dans les faits, l’activity period est loin de donner satisfaction.
« Depi lane dernyer nou pa pe fer nanrien pandan sa period-la. Dans les autres classes aussi, c’est la même chose. Deux heures de temps de perdues chaque mois », témoignent quelques élèves de Form IV d’un collège pour filles à Port-Louis. Elles se retrouvent dans la même situation depuis le début de la nouvelle année. Des élèves ailleurs en font la même expérience même s’il y a de temps en temps des profs en classe. « Ayo c’est du temps perdu chaque jour », confient plusieurs d’entre eux.
Des parents sont au courant de ce que l’on pourrait qualifier d’« inactivity period ». « Ma fille me raconte qu’il n’y a aucune activité et que les profs leur disent de prendre ce temps-là pour faire des révisions. Je ne suis pas d’accord », reproche une maman dont la fille est en Form II dans un collège régional très coté des basses Plaines-Wilhems. Celle-ci se plaint d’ailleurs du nombre insuffisant de classes de Physical Education, dont sa fille a eues depuis la Form I.
Pourquoi les collèges n’arrivent-ils pas à organiser ces classes d’activités non académiques d’une manière sérieuse et convaincante ? Ce manque d’enthousiasme serait-il imputable à l’indifférence des enseignants ou à l’absence de planification de la part des recteurs ou aux caprices des élèves qui veulent du temps libre ?
« Nous ne sommes pas contre cet activity period et nous faisons de notre mieux pour combler ces 35 minutes chaque jour », rassure d’emblée Soondress Sawmynaden, recteur de John Kennedy College et président du Syndicat des recteurs des collèges d’État. Dans les collèges, l’on pointe du doigt le manque de planification au niveau du ministère de l’Éducation ainsi que l’absence de concertation avec les écoles avant l’introduction de cet activity period.
« Au pied levé, le ministère demande d’insérer un temps de 35 minutes pour les activités chaque jour, excepté les vendredis. On ne peut proposer aux enfants de jouer au scrabble ou aux échecs pendant toute l’année », reproche un chef d’établissement. « S’il y avait concertation, il y aurait eu un programme bien élaboré. Aktielman sak lekol pe debat so kote pou rampli sa 35 minit-la », constate ce directeur de collège.
Les recteurs évoquent un manque de personnel ayant les aptitudes nécessaires pour gérer ce temps d’activités. Selon leurs observations, d’excellents enseignants pour les matières académiques ne font pas nécessairement de bons animateurs pour cette tranche d’heure ciblée sur les activités non académiques. « Il faut des ressources humaines additionnelles et qui ont des talents dans différents domaines », réclame le président du Syndicat des recteurs.
Toutefois quelques collèges font des efforts pour rendre intéressants ces activity periods. Ils proposent par exemple des parties de scrabble et des jeux d’échecs, une initiation au théâtre, des « general science activities » pour les élèves n’étudiant pas les matières scientifiques, des petites causeries, etc. Malgré leur détermination, ces collèges ne parviennent pas à offrir quatre classes par semaine à tous les élèves en raison de l’indisponibilité des enseignants. « Se kan pena profeser disponib ki zelev rest idle pendan activity period », explique le recteur de John Kennedy College.
Les chefs d’établissements souhaitent une révision de la formule de cet activity period pour qu’elle réponde à ses objectifs. Faut-il encore que le ministère songe à faire un bilan de ce temps d’activités depuis qu’il a été introduit. « Le ministère est le premier responsable si des élèves n’ont rien à faire pendant l’activity period parce qu’il ne s’est jamais intéressé à savoir si ça marche ou pas. Il n’y a jamais eu d’évaluation jusqu’ici », affirment les recteurs.