Des activistes de CUT et de PILS soutenant la campagne “Support. Don’t punish” lors de la marche de jeudi à Port-Louis

Kunal Naik, chargé de plaidoyer chez PILS, « remercie Pravind Jugnauth, car il a pris en considération le fait que les toxicomanes ont besoin de soins et d’encadrement, et l’importance des programmes de Réduction des risques (RdR), comme le traitement à base de la méthadone et l’échange des seringues, entre autres ». Néanmoins, relève notre interlocuteur, « est-ce que tant le Premier ministre que ses ministres et les autres responsables d’agences publics réalisent qu’il est absolument impératif de renforcer les structures de RdR si l’on veut réellement que ces programmes marchent et pour pouvoir justement sortir ces patients de l’esclavage des drogues ? »

Kunal Naik poursuit : « C’est très bien de la part de Pravind Jugnauth d’annoncer qu’il comprend que le toxicomane requiert de l’aide et que sa place n’est pas en prison. Nous, au sein de CUT, souhaitons surtout qu’il réalise qu’il est important d’accélérer les choses afin que les structures déjà mises en place puissent être davantage performantes. »

Le chargé de plaidoyer auprès de PILS n’en démord pas. « Les programmes comme le traitement à la méthadone et l’échange de seringues ont donné des résultats probants : ce sont des programmes qui marchent. Mais ils ont également des lacunes », indique-t-il. Il argue donc qu’il faut « un monitoring professionnel, un suivi constant et des évaluations régulières, entre autres ». Kunal Naik ajoute : « Quand l’on entreprend de sortir des personnes des addictions, c’est tout un ensemble de mesures qui doivent suivre adéquatement. Si l’encadrement et le suivi ne sont pas solides, la personne rechute… Un toxicomane est 22 fois plus à risque de véhiculer le Sida et l’hépatite C. Donc, si on veut réduire les transmissions de ces maladies, il faut commencer par professionnaliser les services. »

Marquant la Journée internationale contre l’Abus des Drogues et le Trafic illicite, le Collectif Urgence Toxida (CUT) avait organisé, le 26 juin, une conférence de presse de concert avec PILS. Les deux Ong ont, une nouvelle fois, évoqué la campagne “Support. Don’t punish”, qui a marqué ces dernières années. Danny Philippe, président de CUT, a déclaré que « l’édition 2019 de notre campagne s’articule autour de deux événements : d’une part, des sessions d’informations sur la RdR, la gestion des “overdoses” et les pratiques d’injections à moindre risque organisées avec les personnes qui s’injectent des drogues et, d’autre part, un atelier de travail sur les meilleures pratiques en matière de RdR avec des personnalités politiques de tout bord ». Il poursuit : « Cette rencontre se tiendra le 3 juillet prochain. »

Par ailleurs, le dernier exercice budgétaire a également été évoqué. « La question des drogues est aussi une question politique mais celle-ci demeure malheureusement inchangée. Depuis août 2017, CUT et ses partenaires attendent l’implémentation du National Drug Control Masterplan. Sans un plan directeur national et une réelle volonté politique, nous ne pourrons adresser la question des drogues dans son ensemble », explique Danny Philippe. Et d’ajouter : « Par ailleurs, le manque de volonté des politiques se traduit, comme annoncé dans le Budget 2019/20 par l’augmentation du financement de la répression et non du système de santé alors que la RdR a pour but prioritaire de limiter les risques sanitaires non seulement des personnes qui utilisent des drogues mais, par extension, de la population dans son ensemble. »

De même, a souligné Danny Philippe, « nous réitérons notre appel pour la dépénalisation de l’usage de toutes les drogues ». Il poursuit : « De plus en plus de personnes concernées par l’usage de produits – psychoactifs, des médecins et experts –s’accordent sur l’utilité d’une dépénalisation de la consommation personnelle des drogues. La guerre contre la drogue menée depuis plus de 50 ans est un échec. Ni la consommation ni le trafic illicite n’ont cessé avec ces mesures répressives mais ont produit les effets inverses, notamment, une propension du VIH et des hépatites virales concentrées chez les personnes qui s’injectent des drogues, la violation des droits humains et un fort taux de stigmatisation et de discrimination envers les personnes qui utilisent des drogues. La politique prohibitionniste entretenue par tous les gouvernements a favorisé la criminalité, la violence et la corruption liées au trafic illicite ainsi que l’apparition de nouvelles drogues de synthèses. »

De même, soutiennent CUT et PILS, « il n’est plus concevable de conserver une loi (Dangerous Drug Act) dont les effets provoquent plus de dommages que les pratiques qu’elle incrimine ». Et d’ajouter : « L’utilisation des drogues est une question de santé publique majeure et elle doit être traitée comme telle. Dépénaliser les drogues permettrait de soulager la justice, de résoudre le problème de la surpopulation carcérale tout en mettant l’accent sur la prévention, l’éducation et la santé. »