Les cartes géographiques ont été des outils aussi précieux qu’indispensables pour les puissances coloniales et pour tous ceux qui faisaient commerce sur les routes maritimes. Le galeriste Pascal Soufflet (Ilho da Cirne) s’est associé avec l’éditrice Pascale Siew (Vizavi) et le collectionneur Pipo Lenoir pour proposer un livre sur les cartes anciennes qui ont représenté Maurice et la région, ainsi qu’une exposition des originaux ayant nourri l’ouvrage, à la galerie de Pointe-aux-Canonniers, programmée du 16 novembre au 2 décembre.
À l’époque des grandes conquêtes et de l’expansion coloniale, la conception et la réalisation de cartes représentaient à la fois un enjeu majeur sur les plans géopolitique, commercial et militaire (au point que certaines cartes étaient intentionnellement falsifiées pour tromper l’ennemi) et un véritable métier d’art, dont certaines capitales européennes étaient devenues le centre (Lisbonne, Liège, Francfort, etc). Ces représentations ont gagné en précision et en exactitude avec le temps grâce à l’évolution des techniques et de la connaissance, mais toutes les cartes présentent un intérêt pictural pour les ornements et cartouches qu’elles portent, et souvent très raffinés, et surtout significatifs des époques qui les ont vus naître.
Proposé dans une version bilingue, le livre et l’exposition Voyage au gré des cartes rassemble en fait deux collections de cartes originales, celles de Pascal Soufflet et de Pipo Lenoir, la première étant proposée à la vente tandis que la seconde sera simplement dévoilée au public pour le seul intérêt de l’observation. L’exposition, comme le livre qui l’accompagne, permet de traverser le temps dans les différentes façons dont la terre mauricienne a été imaginée et représentée, depuis 1601 jusqu’en 1968/69, lorsque Marcel Lagesse a proposé une carte touristique de Maurice, devenue populaire au point d’orner les murs de la plupart des maisons mauriciennes.
De de Bry à Lagesse
La première carte, qui date de 1601, a quant à elle été réalisée par le Hollandais Théodore de Bry, qui appartenait à une dynastie de graveurs particulièrement réputée, dont les ateliers étaient implantés dans les grandes villes marchandes de l’époque. Cette exposition et ce livre présentent des cartes de Maurice, des cartes maritimes des Mascareignes et d’autres de Rodrigues, ainsi que quelques plans de villes mauriciennes.
Au-delà de l’observation des documents d’époque, dont l’état de conservation permet la collection, cette initiative voit aussi la naissance d’un ouvrage de 224 pages, d’un format suffisamment grand pour restituer les détails graphiques de ces documents (28,5 cm x 34 cm), dans lequel Pipo Lenoir commente chaque document à la manière du conteur plus que de l’historien, afin d’également partager aussi les anecdotes qui ont pu entourer la réalisation et l’utilisation de ces documents. L’ensemble est introduit par une préface, signée Emmanuel Richon, le conservateur du musée du Blue Penny.