Pour marquer ses 50 ans, le collège Patten a organisé jeudi dernier un déjeuner pour les vieilles personnes. Une activité a priori banale, mais qui a un sens profond méritant d’être souligné : apprendre aux jeunes le respect des aînés. C’est dans la bonne humeur que s’est déroulé cet événement, qui a vu la participation de plusieurs personnalités politiques.
Des adolescents tenant la main d’une vieille dame pour l’aider à marcher, d’autres soulevant un vieil homme en fauteuil roulant pour traverser les marches… La scène est pour le moins inhabituelle dans un collège. Particulièrement à un moment où l’on prête aux jeunes un manque d’engagement et un problème d’indiscipline.
Mais au collège Patten, tout a été fait pour conserver la philosophie du fondateur, Da Patten, ex-membre du PMSD, ancien maire de Beau-Bassin – Rose-Hill et ex-ministre des Finances. « Le collège avait été fondé pour venir en aide aux plus vulnérables de la société. À l’époque, l’éducation était payante. Alors que la scolarité était autour de Rs 17, mon père, lui, n’en réclamait que Rs 5. Il y avait aussi une bourse pour ceux qui ne pouvaient payer. C’est ainsi qu’il a pu aider de nombreuses personnes, qui ont brillé par la suite. L’exemple le plus concret est celui de Rama Sithanen, qu’on considère comme l’une des personnes les plus brillantes dans son domaine », explique Gavin Patten, manager du collège.
Cinquante ans après, le collège Patten veut promouvoir cette philosophie, à la fois à travers des activités diverses et par l’encadrement des élèves. « Ici, on est comme en famille. Les profs sont un peu comme nos parents. On peut parler de tout avec eux. Ils nous apprennent le respect et, surtout, que tout ne s’arrête pas après un échec », dit Jordan Ramasawmy, étudiant en Upper VI, sous l’approbation de ses camarades, Manish Bundhoo, Hashim Camallsaib, Amanda Armoogum, Sophie Marie et Kavinum Curoopen Pillay.
Sheela Gobine, enseignante, abonde dans le même sens. « Nous sommes fiers de nos enfants. Les profs sont toujours à l’écoute afin de guider les jeunes et les soutenir. Quand un de nos élèves est en difficulté, tout le monde se mobilise pour venir en aide à la famille », dit-elle, en citant l’exemple d’une étudiante dont le père avait été assassiné par un récidiviste fraîchement sorti de prison il y a quelques années.
S’adapter
Gavin Patten ajoute qu’avec le temps, la société évolue et les mentalités changent. « Il nous faut trouver des solutions pour nous adapter. C’est pour cela que nous mettons l’accent sur les valeurs, car nos jeunes doivent apprendre ces choses qui sont si importantes dans la vie. C’est un grand défi, particulièrement avec les tentations qu’il y a dans la société de nos jours. L’importance du respect n’est pas reconnue parfois. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’organiser de telles activités. »
L’enthousiasme démontré par les jeunes pour recevoir les aînés témoigne des valeurs inculquées à l’institution. « Les aînés sont les gardiens des valeurs. Les recevoir est une manière de leur dire merci. Ils étaient là avant nous, on leur dit merci et on est fiers d’eux », disent les jeunes rencontrés. C’est pour cela qu’à part les pensionnaires de deux homes gérés par la Fondation Da Patten, le collège a aussi invité les anciens membres du personnel.
Lucie Némorin est l’un d’eux. Après avoir servi comme enseignante et rectrice dans ce collège de Rose-Hill, elle profite aujourd’hui de sa retraite, sans pour autant couper les ponts avec l’établissement. « Ici, c’est un peu différent des autres collèges. Il y a un sentiment d’appartenance. J’ai toujours apprécié l’amitié, l’entraide et la sincérité. Je ne sais pas si on trouve ça ailleurs. »
La plus grande reconnaissance, pour elle, arrive lorsqu’elle croise d’anciens élèves dans la rue qui s’arrêtent pour lui parler. « Ils se souviennent de moi et me disent parfois qu’ils ont suivi mes conseils au sujet de telle ou telle chose, et que cela a marché. » Toujours selon la philosophie du fondateur, grand amateur de musique, les élèves du collège Patten ont la chance d’avoir une classe de musique et de danse, animée par Nadine Ramsamy et Aartee Jankee. Ils ont d’ailleurs fait une démonstration de leurs talents jeudi dernier en présence des aînés. Grâce à leur dévouement, les étudiants de ce « petit » collège ont su démontrer ce que, souvent, les « grands » collèges oublient…