Le syndicat du personnel des collèges confessionnels, après analyse du projet Nine-Year Schooling, arrive à la conclusion que ce plan de réforme n’apporte aucune solution aux « principaux maux qui gangrènent » le système d’éducation. Bien au contraire, dit-il, ce projet accentuera la compétition féroce et la pratique des leçons particulières au primaire et donnera lieu à une autre compétition démesurée durant les trois premières années du secondaire en raison des examens pour l’admission en Form IV dans les Academies. La Secondary & Preparatory School Teachers & other Staff Union (SPSTSU) finalise un document qu’elle soumettra très bientôt au ministère de l’Éducation.
Lors d’une réunion samedi dernier avec des parents d’élèves des écoles primaires catholiques, ce syndicat a fait part pour la première fois de son opinion sur ce projet de réforme. La SPSTSU reconnaît la nécessité d’apporter des réformes au système éducatif mais elle a beaucoup de réserves sur un grand nombre de points de ce plan de réforme. Elle suggère au ministre de l’Éducation et aux cadres de son ministère de commencer par une refonte du secteur préscolaire afin de s’assurer que tous les enfants soient à pied d’égalité à l’entrée en Standard I et de mener en même temps des changements fondamentaux au primaire car c’est là que se situent, selon cette instance syndicale, les principaux problèmes de l’éducation. « Ne brûlons pas les étapes », conseille Lysie Ribot, la présidente de la SPSTSU. Celle-ci insiste sur la nécessité d’éliminer « les cancers qui rongent le système d’éducation » à Maurice et cite à ce sujet la compétition à outrance à cause de la sélection pour l’admission en Form 1 et les leçons particulières au primaire aussi bien qu’au secondaire. Ce syndicat souligne aussi le taux élevé d’échec à la fin du cycle primaire. « Ce plan de réforme ne vient résoudre aucun de ces maux », disent sur un ton catégorique les principaux animateurs de ce syndicat.
Selon la SPSTSU, le remplacement du CPE par le Primary School Achievement Certificate ne sera en fait qu’un changement d’appellation car le nouvel examen sera comme dans le cas du CPE « un agent de sélection » pour l’admission des enfants dans tel ou tel collège. Ce syndicat souligne la diminution du nombre de collèges pour l’admission en Form I en raison, d’après le plan de réforme, de la conversion des onze National Colleges en Academies pour les classes de Form IV-Upper VI. La SPSTSU anticipe une forte demande d’admissions dans les collèges régionaux réputés et craint que le ministère n’ait recours à une forme de ranking déguisé pour départager les demandeurs.
La SPSTSU est aussi très critique sur la création de onze Academies, présentées dans le plan de réforme comme des futurs « centres of excellence ». Le syndicat se demande si l’avènement de ces Academies ne va pas donner lieu à deux catégories de collèges et susciter dans la population une perception que le niveau des Academies est supérieur à celui des autres établissements secondaires d’État et grant-aided. « Est-ce que les Academies seront les privilégiés du ministère de l’Éducation et que les collèges régionaux devront se contenter de ce qui reste ? Y aura-t-il deux catégories d’enseignants ? Quel est le bien-fondé de ces Academies puisque les élèves prendront part aux mêmes examens en Form V et Form VI ? » questionne Lysie Ribot. En outre, selon la SPSTSU, cette proposition de Centre of excellence ne correspond pas à la philosophie de l’éducation catholique qui a opté pour le concept de « mixed abilities » dans ses collèges. Les enseignants du secteur catholique attendent la décision du BEC sur cet aspect du projet car cet organisme a émis des commentaires favorables d’ordre général sur ce projet de réforme.
La SPSTSU pose aussi des questions sur plusieurs points tels les programmes d’études pour l’examen national en Form III, le cas des enfants n’ayant pas le niveau requis pour le curriculum du secondaire, le système de contrôle continu, la formule pour l’attribution des bourses aux collèges régionaux et aux Academies, les disparités entre les collèges. Ce syndicat souligne aussi sur les « oublis » de la réforme en mentionnant à titre d’exemple le secteur préscolaire et le cas des enfants handicapés.
« Nous voulons une vraie réforme qui va en finir avec tous les maux qui minent le système », dit la présidente de la SPSTSU. Ce syndicat demande au ministère d’organiser un débat national sur ce projet de Nine-Year Schooling car une telle réforme « ne peut être l’affaire que d’un petit groupe de personnes » à ce ministère.