C’est un sentiment d’amertume grandissant qui s’est dégagé lors de l’assemblée générale de la Fédération des managers des collèges privés avant-hier. « Nous avons l’impression que le gouvernement n’a plus besoin de nous », disent des membres de cette fédération face à l’indifférence du ministère de l’Éducation devant leurs requêtes réclamant une amélioration du service. « Il y a un ressort cassé dans le partenariat avec le privé », dit Rajiv Roy, secrétaire de la fédération. Les dirigeants de cette dernière n’écartent  pas la possibilité d’alerter le Premier ministre sur les questions en suspens du fait qu’ils se sentent ignorés du ministre de l’Éducation.
« Quel partenaire sommes-nous devenus pour le ministère ? De quoi sommes-nous coupables ? Est-ce parce que nous ne donnons pas assez notre opinion sur certaines questions que le ministère agit ainsi envers nous ? » se demande Carole Raynal, manager du collège La Confiance. Sheila Gungoosingh, ancienne rectrice de l’Hindu Girls et aujourd’hui manager du Royal Holloway, estime qu’il est important de rappeler la contribution du secteur privé en le replaçant dans une perspective historique. « Il ne faudrait pas oublier le travail de fondation que le privé a fait pendant plusieurs décennies alors que l’État était absent. Il faut reconnaître notre contribution dans l’éducation du pays. Aujourd’hui que les collèges d’Etat ont poussé dans tous les coins de l’île, il n’y a plus cette reconnaissance envers le privé. On ne crache pas sur ceux qui ont travaillé », dit, sur un ton plein d’amertume, Sheila Gungoosingh.
Bashir Taleb et Rajiv Roy, respectivement président et secrétaire de la Fédération des managers, ont rappelé les principales demandes du secondaire auxquelles le ministre de l’Education a agréées en juillet de l’année dernière et qui auraient dû être mises en pratique à la rentrée cette année. Or, ces revendications sont restées lettre morte lorsqu’il s’agit de passer à l’action, disent-ils. « Au moment de la mise en application, tout le monde disparaît de la circulation. Malgré nos nombreuses sollicitations, le ministère joue aux abonnés absents et semble s’intéresser de moins en moins aux réalités du privé », trouve Rajiv Roy. Ce dernier ajoute que les collèges privés ne peuvent même pas compter sur le  soutien du représentant du ministère, qui siège au board de la PSSA, pour faire avancer leurs demandes. « Ce représentant n’apporte pas toujours son soutien à notre secteur », affirme le directeur du Mauritius College. Et de faire remarquer que le ministère ne délègue pas la même personne à chaque fois pour le représenter dans le   board de cet organisme. N’étant pas au courant de certains dossiers, le  représentant du ministère ne peut donc apporter des éléments de réponse au membres du conseil sur des sujets spécifiques abordés lors des réunions précédentes.  
La réduction du nombre d’élèves par classe fait partie des revendications du secondaire privé, et ce dans le but, explique la fédération, de donner une « attention personnalisée à chaque enfant ». Les responsables de ces collèges font remarquer qu’un grand nombre d’enfants fréquentant leur collège sont « faibles académiquement » lors de leur entrée en Form I et rencontrent des difficultés d’apprentissage. Cette décision du ministère de faire admettre en Form I des enfants ayant décroché moins de dix unités au CPE, voire quatre seulement dans certains cas, rend leur demande encore plus urgente. « Il est faux de croire que ces enfants, qui sont lents dans l’apprentissage, peuvent avoir un parcours académique secondaire normal. Le seul moyen de les faire progresser est de leur accorder une attention particulière. Pour que cela soit possible, il faut réduire le nombre d’élèves de 40 à 30 », insiste Rajiv Roy. La fédération souhaite aussi que le ministère revoir l’âge limite au collège, en permettant aux jeunes d’y rester jusqu’à 21 ans, de manière à permettre à un plus grand nombre de décrocher le diplôme de HSC. Les autres requêtes portent sur une augmentation des effectifs, tant au niveau de la pédagogie que sur le plan administratif.
On relève aussi un profond désaccord entre le secondaire privé et le ministère par rapport à la question de promotion automatique des élèves, que privilégie ce dernier. « N’est-ce pas une introduction graduelle du “Nine-Year School” ? Cela ne va nullement dans l’intérêt des enfants, ni dans celui de l’éducation en général – et du pays aussi –, de faire monter un enfant à un niveau supérieur alors que l’on sait pertinemment bien qu’il n’est pas prêt et n’a pas les aptitudes nécessaires », disent les directeurs des collèges privés.
Ce qui irrite le plus la fédération des managers actuellement, c’est le problème de communication entre les deux partenaires, le ministère se contentant d’envoyer des circulaires régulièrement aux collèges par le biais de la PSSA pour donner telle ou telle directive, en ignorant complètement les demandes pour des consultations, alors qu’il a pris un engagement l’an dernier dans cette direction. « La communication n’existe que sur papier. Nous sommes inondés de circulaires qui font état de telle ou telle demande du ministère, mais point de dialogue. Si la situation ne s’améliore pas, il nous faudra écrire au Premier ministre », ont averti avant-hier les dirigeants de cette fédération. Celle-ci est composée, soulignons-le, de quatre associations des managers du secondaire privé, incluant les collèges confessionnels catholiques et non-catholiques.