L’Indianocéanie fait l’objet d’un colloque régional qui s’est ouvert, hier, à l’hôtel Le Preskil à Mahébourg et auquel participent des universitaires et des experts des pays de la région. L’objectif : insuffler un nouvel élan au concept de l’indianocéanisme, a indiqué le secrétaire général de la COI, Jean Claude de l’Estrac, lors de son discours d’ouverture hier matin.
Une quinzaine de spécialistes sont intervenus hier lors de trois sessions de travail autour des thèmes suivants : l’indianocéanie, le socle de notre intégration ; Echanges et dialogues interculturels dans l’indianocéanie et l’Indianocéanie, un tremplin pour le tourisme ? Jean Michel Jauze, de l’Université de la Réunion, Jocelyn Chan Low, de l’Université de Maurice et Laure Dutaur ont donné le coup d’envoi des débats en faisant le point sur le chemin parcouru dans les relations entre les Îles du sud-ouest de l’océan indien, la spécificité des îles de l’océan indien avec leurs histoires communes, l’émergence du concept de l’indianocéanisme. Par la suite, durant toute la journée les intervenants à différentes sessions se sont appesantis sur la nécessité ressentie de doter les îles du sud-ouest de l’océan Indien d’une identité commune à savoir l’indianocéanie. Il a été question des avantages de cette identité régionale susceptible de devenir une force de frappe sur la scène internationale et le travail qui doit être abattu pour donner un contenu politique, économique, culturel, voire sportif à ce concept. Il a aussi été question du caractère limitatif de ce concept du fait que l’océan Indien ne se limite pas aux membres de la COI. “Quid de ceux de l’Indian Ocean Rim ?” s’est demandé Jocelyn Chan Low.
Pour Jean Claude de l’Estrac, l’Indianocéanie est à la fois une idée et un projet. « A la Commission de l’icéan Indien, nous pensons que l’Indianocéanie, en tant qu’entité géographique, culturelle, économique et écologique, est à la fois le socle et le tremplin de notre devenir », a-t-il indiqué insistant sur le fait que « c’est cette Indianocéanie que j’ai décidé de mettre au centre de mon mandat ».
Pour le secrétaire général de la COI, le défi actuel consiste à redonner corps à l’Indianocéanie, faire savoir ce qui unit précisément les îles de la région et définir la plus value qu’elle donne pour peser sur les affaires du monde. « L’Indianocéanie dit mieux ce que nous sommes. Je trouve un peu court l’habituelle désignation « les îles de l’océan Indien », a observé Jean Claude de l’Estrac dont l’ambition consiste à placer l’Indianocéanie sur la carte physique et mentale du monde.
Pour Jean Claude de l’Estrac, la base de l’Indianocéanisme existe déjà.
Forces créatrices
« L’Indianocéanie est doublement chanceuse. Elle l’est parce que l’histoire de nos îles, loin de dresser des murs entre elles, est fédératrice. C’est l’histoire de ces peuples d’horizons divers dont la rencontre dans ce bassin îlien irrigue de leur sang nos généalogies imbriquées. Ce socle commun fait de l’Indianocéanie une région résolument moderne parce que métisse », souligne-t-il. « Indianocéanie est aussi chanceuse parce qu’elle est au coeur du monde de demain, entre les pôles de croissance que sont l’Asie et l’Afrique sur une route d’échanges qui s’intensifient. Elle est chanceuse parce qu’elle peut se distinguer dans un monde en compétition. L’indianocéanie est le tremplin de nos économies », a-t-il dit.
Ce concept a aussi une dimension touristique. « Notre richesse et notre diversité écologique et patrimoniale font de l’Indianocéanie un produit à part, une expérience qui raconte nos territoires et nos peuples. Notre défi est de les préserver, de les faire connaître et de les placer comme autant de marqueurs de notre identité », estime-t-il. M. De l’Estrac s’est dit convaincu que l’Indianocéanie, que la COI défend, devrait permettre d’impliquer plus encore toutes les forces créatrices et entreprenantes dans un projet de vie régional cohérent, serein et durable.
Des échanges qui ont eu lieu hier il ressort que plusieurs institutions travaillent déjà sur l’idée de l’Indianocéanie. Le parrainage de la COI permettra d’insuffler un nouvel élan. Les universités de la région sont disposées à apporter leur collaboration à la COI en termes de recherche et de documentation. L’importance, pour les populations des îles de la région, de mieux se connaître a été soulignée. L’idée d’une télévision régionale et d’une éventuelle agence de presse régionale ont également été évoquée. La journée d’hier a aussi été marquée par le lancement d’une exposition sur le thème suivant : « Porte du Swahili »
Les travaux du colloque se poursuivent aujourd’hui et prendront fin dans l’après-midi.