L’UNESCO et la commission nationale française pour l’UNESCO, en lien avec la Fondation de France et le ministère de l’Éducation nationale français, ont organisé récemment un colloque international intitulé « L’éducation inclusive : une formation à inventer ? » à la Maison de l’UNESCO à Paris. Stéphanie Franchette, docteur en psychologie, a représenté Maurice lors de ce colloque, et a effectué des comparaisons entre les îles de l’océan Indien lors des échanges.
« Des experts de différents pays en matière d’éducation inclusive et de la pédagogie alternative ont été conviés par les organisateurs à faire une présentation des problématiques rencontrées dans leurs pays ou champs respectifs lors de ce colloque », explique Stéphanie Fanchette au Mauricien.
Docteur en psychologie, notre interlocutrice a exercé au sein d’associations accueillant des personnes en difficultés ou en situation de handicap à Maurice (Society for the welfare of the deaf, SOS Village Bambous…) et mène actuellement des travaux de recherche en psychologie interculturelle comparative a sein de l’océan Indien, à Maurice, Rodrigues et à La Réunion. Ces travaux, poursuit la psychologue, visent notamment à une adaptation des outils pédagogiques et d’évaluation intellectuelle aux spécificités de ces contextes d’enculturation. Ils ont conduit à des publications en 2012, « Quand la logique de l’école n’est pas la logique de la culture », et en 2013, « La validité de subtests d’une échelle d’intelligence de Wechsler dans des contextes non occidentaux » aux éditions « Recherches et pratiques de littératie dans l’océan Indien, Océan Éditions ».
« Également cadre de santé à la Maison Pierre Lagourgue à l’APAJH Réunion (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés), les actions que je mène auprès des adultes en situation de handicap contribuent à une personnalisation de leurs projets de soins et à une adaptation culturelle des outils pédagogiques et d’éducation à la santé », a précisé Stéphanie Fanchette.
Pourquoi l’éducation inclusive est-elle au coeur des échanges sur le plan international ? Aujourd’hui encore, explique notre interlocutrice, 61 millions d’enfants en âge de fréquenter d’école primaire ne sont pas scolarisés à travers le monde. « Au moins 250 millions d’enfants ne savent ni lire, ni écrire, même après 4 années passées à l’école. Ces quelques chiffres, extraits du Rapport Mondial de suivi sur l’Éducation pour tous 2012, publié par l’UNESCO, montrent qu’aucun système éducatif dans le monde ne peut plus faire l’économie d’une réflexion sur l’éducation inclusive », indique-t-elle.
Qu’est-ce que l’éducation inclusive ?
« Pendant longtemps, on a parlé de l’intégration scolaire et on demandait aux enfants en situation de handicap, en difficultés scolaires de s’adapter à l’école. Mais aujourd’hui, et ce depuis les années 90, c’est le contraire : on demande à l’école de s’adapter aux enfants, quel que soit leur singularité : sexe, ethnie, langue, couleur de peau, classe sociale, handicap », répond Stéphanie Fanchette.
Selon la psychologue, l’éducation inclusive doit renforcer la capacité des systèmes éducatifs à développer des parcours d’apprentissage pour tous les enfants sans distinction aucune. « En tant que principe général, elle devrait guider toutes les politiques et toutes les pratiques éducatives, s’appuyant sur le fait que l’éducation, selon l’UNESCO, est un droit fondamental de tout individu et le fondement d’une société plus soucieuse de justice et d’égalité », explique-t-elle.
« Il s’agit donc, dans une approche vraiment inclusive, de transformer les institutions et les pratiques éducatives, qui ne devraient plus avoir pour mission de faire respecter les normes mais de s’adapter à la diversité des individus (en situation de handicap ou pas, pauvre ou riche, ….) et de promouvoir le développement de leurs capacités. Car tout enfant a droit à une éducation gratuite et de qualité », insiste Stéphanie Fanchette.
Dans cette perspective, poursuit notre interlocutrice, de nouvelles modalités de travail sont à promouvoir : pédagogie différenciée, scolarisation à temps flexible, adaptation des outils aux enfants en situation de handicap ou avec des troubles de l’apprentissage, collaboration sur le terrain…. « Il faut innover ! », lance-t-elle.
Stéphanie Fanchette martèle que la manière d’enseigner est d’une importance majeure pour toute réforme destinées à améliorer l’inclusion. « Il s’agit de permettre aux enseignants d’accueillir dans leur classe tous les enfants sans discrimination et quels que soient leurs besoins éducatifs particuliers », fait-elle observer.
« Tout individu est singulier, unique, a des spécificités. Mais tous les individus sont égaux face à la maladie, à la mort, à la vieillesse, aux accidents de parcours. Le handicap concerne tout individu et la société entière. Une société républicaine doit pouvoir faire respecter les droits fondamentaux des citoyens à l’éducation, la santé, entre autres », explique-t-elle.
La table ronde à laquelle Stéphanie Fanchette a participé, « Diversité des politiques et des pratiques éducatives : comment concilier approches individuelles et approches collectives ? », a également accueilli le Pr Lucia De Anna (professeure de pédagogie spéciale à l’Université de Rome-IV en Italie), le Pr Juan Eduardo Garcia Huidobro (professeur à l’université Alberto Huartado au Chili), Jean-Pierre Delaubier (inspecteur général de l’Éducation nationale en France. Le modérateur, connu pour ses écrits dans le champ du handicap, a été le Pr Charles Gardou, professeur à l’Université Louis-Lumière, Lyon 2, France.