« Le Jardin Botanique de Pamplemousses est et demeure un symbole important de l’héritage que nous ont laissé nos amis français », a déclaré hier la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim. C’était à l’ouverture du colloque sur le thème « Botanique et diversité » organisé à l’IFM dans le cadre de la célébration du tricentenaire de la présence française à Maurice.
Le colloque a été suivi dans la soirée par une conférence organisée par la Société Royale des arts et sciences de l’île Maurice sur le thème « La Contribution des savants français au développement de Maurice » et qui était animé par Pierre de Boucherville Baissac et Jean-Marie Huron.
Dans son intervention, Ameenah Gurib-Fakim a rendu hommage à « ces botanistes qui s’appelaient Tournefort, Céré, Plumier, Duncan, Commerson, Bougainville, Poivre, Rousseau ou Humboldt… Tous étaient habités par la passion de la science et de la découverte ». Elle rappelle que parmi ces botanistes français, plusieurs ont façonné le patrimoine botanique de Maurice en rapportant des pays lointains des plantes inconnues.
« Leurs noms sont listés sur l’Obélisque de Liennard au Jardin de Pamplemousses. À mon avis, le Jardin Botanique de Pamplemousses est et demeure un symbole important de l’héritage que nous ont laissé nos amis français. C’est aussi un lieu qui dépasse l’appellation de jardin. Car avant tout, c’est un arboretum qui contient des plantes et arbres centenaires et uniques au monde », affirme la présidente de la République.
Ameenah Gurib-Fakim s’est longuement appesantie sur l’histoire du Jardin de Pamplemousses. Créé par Pierre Poivre, ancien séminariste et intendant de l’Isle de France en 1770, ce jardin succéda au Jardin des Agrumes (d’où le nom de Pamplemousses) et de potager fondé en 1735. Cette propriété deviendra plus tard le jardin d’essai et d’acclimatation, à partir d’où le botaniste diffuse vers Madagascar et les Antilles les végétaux tant convoités enrichissant les planteurs et les négociants français. Pierre Poivre y rassembla des arbres et des épices du monde entier dont le Camphrier de Chine, l’Arbre à pain des Philippines, ou encore le Letchi de Cochinchine. Et c’est là qu’il accueille Philibert Commerson, le botaniste de l’expédition de Bougainville qui, fatigué du périple à travers le monde, débarque à l’Île de France. Pendant deux ans, les botanistes herborisent, classent, inventorient, dessinent et plantent de concert le jardin. La tâche est immense, mais les collections ne cessent de s’agrandir, arrivant d’Afrique, d’Inde, de Malaisie et de Polynésie. En 1722, le roi de France acheta finalement Mon Plaisir de Pierre Poivre mais le terrain garde son nom, et à un certain moment, s’est appelé Jardin du Roi.
La présidente s’est également appesantie sur la contribution des botanistes comme Jean Nicolas Céré, Franz Boos et Joseph Martin pendant la période 1787-1788. Après l’arrivée des Anglais en 1810, il a fallu attendre 1849 pour voir Duncan redonner à ce lieu son lustre d’antan. Pendant la période 1866-1867, le pays est frappé par une épidémie de malaria. Le jardin sert alors de pépinière d’eucalyptus, introduit pour assécher les marais dont les moustiques sont vecteurs de la maladie. Le directeur du jardin botanique devient également conservateur des forêts, avant que le département d’agriculture ne soit fondé en 1913 et n’en assume la responsabilité.
La présidente a observé que les îles des Mascareignes avec la Grande Île de Madagascar, représentent un point chaud de la biodiversité mondiale. « C’est un coin qui recèle des plantes uniques au monde mais hélas combien méconnues et déjà menacées ». L’activité commencée par les botanistes français, comme l’herborisation, doit être maintenue, insiste Ameenah Gurib-Fakim. « Protéger la biodiversité c’est aussi s’assurer de notre futur sur cette planète », a-t-elle conclu.