Le leader du MMM, Paul Bérenger, s’est alarmé, hier matin, lors de sa conférence hebdomadaire, du fait que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, voudrait faire accroire que la République de Maurice disposerait encore d’une bonne marge de manoeuvre pour récupérer sa souveraineté sur l’archipel des Chagos parce que le traité qui lie la Grande-Bretagne aux Etats-Unis sur l’occupation de la base militaire US de Diego Garcia ne sera (selon Ramgoolam) renouvelé qu’en 2016, soit dans deux ans. Or, selon Paul Bérenger, ce traité sera « automatiquement reconduit pour 20 ans ». Ce qui portera l’occupation américaine jusqu’en 2050 !? Le leader du MMM a, sans doute, raison car la reconduction du traité pour vingt années additionnelles figure effectivement en bonne place dans le document anglo-américain depuis 1975, mais les toutes dernières informations qui ressortent du dossier Chagos – et dont Paul Bérenger n’a pas fait mention, hier – sont encore beaucoup plus graves.
Avec la complicité de Chagossiens établis à Londres, l’Angleterre et les Etats-Unis complotent pour repeupler les îles de l’archipel dans le dos de Maurice en excluant toute la question de souveraineté du processus ! Une démarche qui a tout l’air de vouloir installer définitivement une nouvelle colonie britannique dans l’océan Indien !
En effet, après avoir longtemps résisté par tous les moyens au retour des Chagossiens dans les îles de l’archipel – y compris en exerçant, en l’an 2000, des pressions sur les juges chargés de la Judicial Review de l’ordonnance anglaise portant sur l’éviction de la population, sous prétexte qu’un tel retour menacerait l’intégrité de la base militaire US,- Londres et Washington complotent, bel et bien, en ce moment pour qu’un certain nombre de Chagossiens soient autorisés à s’implanter de manière durable, non seulement dans certains groupes d’îles de l’archipel (Peros Banhos et Salomon), mais également sur l’atoll de Diego Garcia  dont l’accès a été pourtant interdit depuis plus de quarante ans !     
Le  gouvernement britannique – agissant comme à son habitude dans le dos de Maurice dans le dossier bien que Port-Louis revendique la souveraineté sur l’archipel – a commandité, en janvier dernier, une étude de faisabilité en vue de réinstaller une population de Chagossiens qui lui a juré fidélité dans certaines îles dont – c’est nouveau – Diego Garcia.
La démarche de Londres – en fait une manoeuvre de division des plus classiques de la part des colonisateurs anglais – vise, à court terme, à couper l’herbe sous les pieds du gouvernement de Maurice dans le procès qui commencera sous peu devant le Tribunal d’arbitrage international de la mer, à Hambourg. Maurice, rappelons-le, conteste devant ce tribunal le droit de l’Angleterre de décréter une zone de protection marine autour des Chagos. Mais, à plus long terme, en y associant certains Chagossiens établis qui ont choisi de se séparer de Maurice, l’objectif, clair, du gouvernement de David Cameron, est de restaurer, de manière durable, une colonie anglaise dans l’océan Indien, cette fois avec une population civile servile, quitte à défier le processus de décolonisation enclenché depuis 1960 par les Nations unies. Quitte, également, à devoir s’appuyer, dans un deuxième temps, sur un exercice d’auto-détermination auprès d’une partie de la population chagossienne et dont la finalité, à n’en pas douter, sera de rompre toute attache avec la République de Maurice.
Les Américains auraient ravalé leurs objections
C’est, en fait, la troisième étude du genre qui est menée sans que le gouvernement Mauricien en soit le moindrement tenu au courant. Sauf que ces études écartaient totalement à l’époque un retour à Diego Garcia. Dans une première étude après un jugement favorable au Groupe Réfugiés Chagos, Londres s’était évertué à détruire tout espoir d’une réhabilitation d’une population civile dans l’archipel sous prétexte de son coût économique élevé et d’un danger de submersion des îles sous les effets des changements climatiques !
Une deuxième étude (intitulée « Returning Home ») commandée celle-là par le Groupe Réfugiés Chagos et leurs « amis » britanniques, s’était vue rejetée par les Anglais bien que le groupe d’Olivier Bancoult avait déjà exprimé sa préférence que les îles « demeurent britanniques ». 
Cette fois, les données ont complètement changé. Contrairement aux positions intransigeantes antérieures des Américains – le véritable occupant de l’archipel – sur la question, la troisième étude de faisabilité concerne Diego Garcia. Les militaires américains basés sur l’atoll ont, apparemment, ravalé toutes les objections contre une cohabitation avec les Chagossiens depuis 1965 et qu’ils avaient souvent exprimées en des termes très crus dans des échanges avec le Foreign & Commonwealth Office !
Toute question de souveraineté exclue
Dans l’éditon du 5 au 19 février de La lettre des îles Vanilles, publication mauricienne en ligne, dirigée par Sydney Selvon, évoque les Terms of Reference de l’étude intitulée « For a new Feasibility Study into the resettlement of British Indian Ocean Territory (BIOT) January 2014 ». Le coordonateur de la mission est le Foreign & Commonwealth Office. Il est précisé que « l’étude tiendra compte des suggestions faites lors de la consultation sur le type de réinstallation. Ces suggestions comprennent : un mode de vie moderne, un mode de vie de subsistance, un éco-village, une installation pilote avec quelques emplois pour des Chagossiens sur la base militaire de Diego Garcia et une station de recherches scientifiques ». Y figure également  une interview d’Allan Venkatessin, qui a grandi à Maurice, mais qui a la dent extrêmement dure contre notre pays dont il affirme ne pas reconnaitre la souveraineté sur l’archipel. Venkatessin, encadré par le ministre britannique Simmonds et le député de Crawley (où Venkatessin réside désormais avec de nombreux Chagossiens) s’est autoproclamé « président des Chagossiens en exil ». Il soutient qu’une fois que les Chagossiens seront à Diego Garcia, il démissionnera comme « président » et « remettra » à Londres le droit souverain d’établir un Conseil des Chagossiens élu dans l’archipel. Venkatessin déclare aussi que Henry Bellingham, le ministre britannique responsable de l’Afrique auprès des Nations unies, des territoires britanniques outremers et des résolutions de conflits, lui a informé, en 2011, « du désir du Royaume-Uni d’ouvrir ses bras aux leaders des Chagossiens à une prochaine rencontre so that we can together achieve a great deal ».
Concernant les Terms of Reference ayant souligné que « seront exclues des propositions toutes les questions relatives à la souveraineté, la nationalité et les paiements de compensations historiques », le ministre des Affaires étrangères, Arvind Boolell, a y ainsi réaffirmé « l’illégalité en droit international de l’excision de l’archipel des Chagos du territoire national mauricien en 1965 ». Arvind Boolell a soutenu que Maurice maintiendra cette position au niveau international, y compris aux Nations unies et à l’Union africaine. Le ministre des Affaires étrangères prévoit qu’il y aura d’autres réactions à venir de la part de Maurice à la lumière des derniers développements dans le dossier.
Pour ceux ici qui ont suivi de près le dossier, il est plus que temps que le gouvernement PTr-PMSD, l’opposition Remake 2000 et toutes les forces disponibles mettent en veilleuse leurs querelles locales pour, enfin, du moins sur ce dossier, constituer un front patriotique contre la Grande-Bretagne. Pendant que les leaders politiques se battent ici, les Anglais – aidés par certains qui ont choisi d’oublier que ces derniers ont été leurs véritables bourreaux pendant plus de quarante ans – sont en train d’asseoir inexorablement leur contrôle sur un territoire de plus d’une cinquantaine d’île et un vaste étendu marin au potentiel économique énorme d’où ils ne pourraient ne plus être délogés si on les laisse faire. La République de Maurice peut encore se mobiliser et doit réagir !