Le dossier brûlant des marchands ambulants de la capitale sera au centre de l’attention cet après-midi au Conseil de Port-Louis. Avec le Contempt of Court qui pèse contre la municipalité de Port-Louis et la police, des mesures strictes sont prises depuis hier afin d’interdire aux colporteurs d’exercer. Ces derniers comptent se défendre par voie de manifestation « si cela s’avère nécessaire ». Ils réclament une solution temporaire en attendant la livraison des sites de relogement, décision qui revient à l’administration municipale.
Le Contempt of Court, entendu hier en Cour suprême par le Chef Juge Bernard Sik Yuen et renvoyé au 28 janvier, a été l’élément déclencheur pour que la police accentue ses actions dans la capitale afin d’interdire aux marchands ambulants d’opérer dans un rayon de 500 mètres autour du marché central. Si depuis le début de l’année la police agissait notamment à la rue Farquhar, depuis hier après-midi elle sévit également à la rue Édith Cavell, et ce matin, elle a demandé aux colporteurs des rues Célicourt Antelme et Jean Lebrun, entre autres, de ne pas écouler leurs produits. Cette mesure ramène les colporteurs de la capitale à la case départ car les deux sites de relogement situés dans les anciens bureaux de la Central Water Authority à proximité de la Gare Victoria et à l’Immigration Square (Gare du Nord) sont en attente de livraison. Un retard dû, selon nos informations, à un manque de financement. Présent ce matin à la rue Célicourt Antelme, Abdullah Hossen, Parliamentary Private Secretary (PPS), a soutenu que la municipalité de Port-Louis a la responsabilité de trouver une solution à ce problème. « Ce n’est pas aux partis politiques de proposer des solutions mais à la mairie de Port-Louis », a-t-il déclaré. Et de soutenir : « C’est un manque de respect concernant les droits des maraîchers… »
Dans cette optique, le conseiller bleu Salim Abbas Mamode interrogera le président du conseil cet après-midi sur les financements dont dispose la mairie pour compléter le projet de relogement. « Rs 25 millions étaient destinées à la foire prévue à la rue Moneron. L’argument avancé pour la livraison des sites est que la mairie ne dispose pas des fonds nécessaires. Où est passé ce financement ? » se demande-t-il. Il est soutenu par M. Hossen qui fait comprendre que le projet de relogement a bénéficié d’un soutien financier majoritaire du gouvernement central. « Il ne reste que quelques retouches et quelques petites structures à placer. Comment se fait-il que la mairie n’ait pas assez d’argent pour le faire ? »
Interrogé hier par Le Mauricien concernant la livraison des sites de relogement, le Lord-maire Aslam Hossenally expliquait : « Lors d’un entretien, Anil Baichoo, le ministre des Infrastructures publiques, m’a dit de demander un soutien financier au ministère des Finances afin d’assurer que les sites de relogement soient couverts. »
Amertume et déception
Du côté des colporteurs, c’est l’amertume. « Nou pann reysi travay mem an desam avek bann marsan sezonie. Aster ki bann fet finn fini, zot pe re-anpes nou travay. Nou ena bann depans ki nou bizin asire ek travayer pou peye », soutiennent-ils avec colère. Si depuis le 1er janvier ils sont interdits d’opération, il a été noté que cette mesure a été appliquée uniquement dans certaines régions de la capitale : dans un premier temps rue Farquhar, avant de s’étendre à la Gare du Nord et à la rue Célicourt Antelme aujourd’hui. Pour les protestataires, c’est leur « droit de travailler » qui est lésé. Le président de la Street Vendors Association (SVA), Hyder Raman, considère que les colporteurs sont « coincés politiquement ». « C’est une mauvaise entente politique qui est au centre de ce cafouillage ayant pour victime des milliers de colporteurs », a-t-il martelé. Et de faire entendre sa déception quant aux promesses politiques non tenues. « Bann aspiran konseye diran kanpagn elektoral ti fer nou konpran ki enn fwa o pouvwar zot pou regle nou problem. Fer de semenn ki zot la ek sitiasion touzour parey ». Selon la SVA, le Lord-maire a le pouvoir de jurer un affidavit pour mettre en avant les raisons pour que l’ordre de la cour Suprême ne soit pas appliqué en attendant la livraison des sites de relogement. Lors de sa rencontre avec le Lord-maire hier, il a été précisé que les deux sites seront livrés « dans au moins six mois ». « Le lord-maire finn fer mwa konpran ki li pou reget sa dossie-la konpletman ek ki mem lalist colporteur pou revize. Li finn dir mwa ki ena tro boukou zonn donbr laissées par lansien konsey », dit Hyder Raman.
Pour sa part, Abdullah Hossen devait lancer un ultimatum à M. Hossenally en rappelant les promesses de ce dernier : 1) la tenue d’une table ronde pour prendre connaissance des doléances des colporteurs et 2) l’organisation du tirage au sort pour l’allocation des étals.
Les marchands ambulants de la Gare du Nord se sont également mobilisés en début d’après-midi. Ils réclament une rencontre avec le Lord-maire, et assisteront à la réunion du Conseil où ils comptent faire entendre leurs voix.
Pour Isoop Soobedur, président de la Market Traders Association (MTA), « ce sont les politiciens qui sont responsables de cette situation… »