Le jeudi 14 mars pourrait marquer un nouveau tournant dans l’histoire de l’olympisme mauricien. Philippe Hao Thyn Voon, président du Comité olympique mauricien (COM), autrefois connu comme le Comité national olympique mauricien (CNOM), conservera-t-il le pouvoir après bientôt six ans de règne ? Ou sera-t-il supplanté par son farouche adversaire qu’est Jean-Michel Giraud ? Valeur actuelle, les pronostics vont bon train quant à l’issue de ce scrutin qui se déroulera à l’hôtel Gold Crest à Quatre-Bornes et qui passionne plus d’un.
Un retour dans l’histoire démontre que Maurice avait été acceptée au sein de la famille olympique en 1972. La demande d’adhésion avait été retenue par le Comité international olympique (CIO) lors d’une réunion tenue au Japon lors des Jeux Olympiques d’hiver. Une année plus tôt, Jean-Roland Delaître et Ram Ruhee, alors respectivement président et secrétaire général de la Mauritius Sports Association (MSA), avaient émis l’idée de cette adhésion au CIO. Le premier nommé assumera la présidence du CNOM pendant quelques années avant d’obtenir un emploi en Suisse.
Le témoin est alors passé à Chintamun Rambocus, qui a indéniablement marqué l’histoire du CNOM à travers ses 22 années de règne sans partage. Fin stratège, diplomate, pratiquant toutefois une politique empreinte d’opacité, il a su s’entourer de fidèles lieutenants tels que Philippe Hao Thyn Voon, Pierre Noël, Mario Hung Wai Wing, Cyril Godère ou encore Richard Meeterjoye pour demeurer au pouvoir. Et ce, tout en repoussant les attaques de ses virulents adversaires, avec en première ligne Vivian Gungaram. Ce dernier, alors vice-président à l’issue de l’AG élective de 1993, mène ouvertement campagne à l’approche du scrutin de 1997, tout en aspirant à la présidence. Il qualifie d’ailleurs le CNOM « d’inexistant. » Rambocus rétorque en évoquant « une grosse campagne contre moi. » Ce scrutin soulève quelques passions, contrairement aux précédents qui s’étaient déroulés dans un quasi-anonymat.
Échecs de Gungaram
Au bout du compte, Vivian Gungaram ne recueille que huit voix lors des élections tenues le 14 mars au stade George V à Curepipe. Il est ainsi battu à plate couture, au même titre que Nundkishore Fakun (haltérophilie), Roland Nicolin (cyclisme), Cyril Curé (triathlon), Cyril Mamet (voile) et Sébastien Jauffret (handball). Quant à Chintamun Rambocus, il est élu sans trop de soucis avec 14 voix. En tête de liste se trouve Philippe Hao Thyn Voon avec le maximum de voix, soit 20. Une façon de prouver que le chiffre 14 lui porte définitivement chance. Les autres élus étant Akhtar Toorawa (tennis) — 19, Romy Juganaikloo (volley-ball), Cyril Godère (judo), Mario Hung Wai Wing (taekwondo) et Pierre Noël (boxe) — 15, Rajen Sooben (badminton) et Richard Meeterjoye (natation) — 13. Au niveau des anciens athlètes, Joseph Mounawah — le judoka profite du désistement de Navin Ramsaran (lutte) pour repousser le challenge de Sheila Seebaluck-Blackburn (athlétisme) et faire la différence avec 13 voix. De son côté, Michel Ramiah (karaté) effectue son entrée au sein du comité en tant que représentant des disciplines non-olympiques.
Quatre ans plus tard, Vivian Gungaram revient à la charge. Cette fois, il bénéficie du soutien d’Akhtar Toorawa, qui a changé de bord, et fait de la transparence son cheval de bataille tout au long de sa campagne. Il milite haut et fort pour du changement et du renouveau au sein de l’institution olympique. Toutefois, le représentant de l’athlétisme semble prêcher dans le désert, car son farouche adversaire n’a pas été abandonné par ses fidèles lieutenants. Qui plus est, Fatimah Rummun (haltérophilie) et Ruben Munien (volley-ball) sont cette fois venus prêter main forte à Chintamun Rambocus. Avec dans un premier temps l’élection de Navin Ramsaran chez les anciens athlètes et celle de Michel Ramiah, qui conserve son poste, il est clair que le glas a déjà sonné pour le clan Gungaram.
Le verdict est en effet de nouveau sans pitié pour l’aspirant candidat à la présidence en cette soirée de juin 2001, car il mord la poussière avec neuf voix. Et ce, au même titre qu’Aktar Toorawa et Patrick Yip Tong (natation). Cette fois, Percy Philips, de la fédération de basket-ball, termine en tête de liste avec 18 voix. Comme pour démontrer un vote bloc, Chintamun Rambocus, Sanjaye Goboodhun (badminton), Cyril Godère, Philippe Hao Thyn Voon, Ruben Munien, Pierre Noël et Fatimah Rummun se retrouvent tous avec 12 voix. Seul Mario Hung Wai Wing, dernier élu, concéde une voix de moins. Après la proclamation des résultats, Rambocus lâchera une phrase qui laissera pantois plus d’un. « Nous avons quatre belles années devant nous. » Quant à Gungaram, il acceptera sportivement ce nouveau revers. « Nous voulions donner une nouvelle orientation au sport. Cette idée a été rejetée. Tant pis. La lutte continue. »
Contre-proposition
Après deux échecs, Vivian Gungaram trouve un successeur pour mettre à mal la forteresse Rambocus. Aussi surprenant que cela puisse paraître, cet homme se trouve être Philippe Hao Thyn Voon, qui soutient bénéficier de l’apport de Ram Ruhee, secrétaire général de cet organisme depuis sa création et considéré comme un fidèle des fidèles de Rambocus. Cette fois, les données ont changé, car Hao Thyn Voon mise sur les gros moyens pour déloger ce dernier de son piédestal. De ce fait, la campagne menant aux élections de 2005 est empreinte de tension, d’indécision et de confrontation directe. Ram Ruhee doit même intervenir énergiquement pour calmer les esprits lors d’une violente altercation verbale entre les deux aspirants candidats à la présidence au cours d’une réunion du CNOM.
Reste que Rambocus a la peau dure. Lors du scrutin, il se trouve de nouveau au rang des élus avec 13 voix, soit le même nombre que Hao Thyn Voon. La chance tourne cette fois en faveur de Gungaram, qui termine avec le même nombre de voix que Clothilde Jauffret (sports équestres) pour la dernière place des élus. Cette dernière se désiste et il peut enfin effectuer un retour au sein du comité directeur. De son côté, Hung Wai Wing conserve sa place, alors que les nouveaux membres élus sont Roland Nicolin (cyclisme), James Lee Fye (basket-ball), Sanjay Goboodhun (badminton), Dario Chowrimootoo (handball) et Alain St Louis (triathlon). Ces deux derniers se retrouvant en tête de liste avec 19 voix.
Quant à Godère et Meeterjoye, ils sont cette fois nettement battus. Avec la perte de ces deux lieutenants, Rambocus se trouve alors en position inconfortable au moment de la constitution du comité directeur. Gungaram propose Hao Thyn Voon à la présidence, alors que St Louis effectue une contre-proposition pour un partage à l’israélienne de la présidence. Cette contre-proposition est acceptée et Rambocus demeure au pouvoir pendant les deux premières années. Ce seront finalement ses deux dernières à ce poste.
La confiance de mise
Chintamun Rambocus, bien que n’étant plus dans le giron, Philippe Hao Thyn Voon, qui a pris le témoin en 2007, ne peut dormir sur ses lauriers pour autant. Cette fois, c’est Jean-Michel Giraud, représentant de la fédération de tennis, qui mène la fronde. Sans doute après avoir mal digéré le fait que sa fille, Marinne, avait été écartée de la sélection pour les Jeux Olympiques de 2008. Il dénonce d’ailleurs « une campagne malpropre et communale » menée par Hao Thyn Voon. Toutefois, ce dernier bénéficie de la confiance des membres présents pour se retrouver en tête de liste avec 14 voix, à égalité avec Sanjay Goboodhun. Une première pour un président sortant. Par contre, Giraud chute et ne concède qu’une voix au dernier élu qu’est Elvis Bonne. Au rang des autres élus se situent Rajiv Rajcoomar, Lindsay Paul, James Lee Fye, Mario Hung Wai Wing et Koomaren Chetty. La surprise vient de la défaite de Michel Ramiah, qui ne peut résister à la percée d’Adrien Werhli, représentant du squash.
Interrogé à l’issue du scrutin quant à ses chances de briguer de nouveau les suffrages quatre ans plus tard, soit en 2013, Giraud lâchera : « Je ne sais pas. Il y a des jeunes avec moi qui avons le même âge et d’autres tels qu’Aktar Toorawa et Doreen Tiborcz qui seront là pour défendre le sport mauricien. » Il sera effectivement de la partie cette fois, prêt à faire chuter la citadelle Hao Thyn Voon. Toutefois, ce dernier est loin de se laisser faire, malgré la perte d’un de ses bras droits qu’est Hung Wai Wing, qui mène une campagne intense contre lui. D’ici à jeudi prochain, les tractations continueront. Chacun ira de son petit pronostic. Les deux camps affichent la pleine confiance. En somme, l’indécision sera toujours de mise.