Des cas d’indiscipline, de manque d’égard, de frustration et de mécontement. Le tout couplé avec les solutions à être trouvées pour sortir la natation mauricienne de la crise. Le président du Comité olympique mauricien (COM), Philippe Hao Thyn Voon, entouré hier en fin de matinée de quelques membres de son comité directeur, à savoir Vivian Gungaram, Sanjay Goboodhun, Aarti Gulrajani et Richard Papie, a ainsi effectué un survol d’une situation peu flatteuse lors des Jeux Olympiques de Londres.
Au moment du bilan, le président du COM est arrivé à la conclusion que le sport mauricien a encore un long chemin à parcourir afin de se retrouver dans la cour des grands. « Je considère la médaille acquise par Bruno Julie à Beijing comme un miracle. Ce ne sera guère facile d’obtenir une autre médaille olympique si nous n’investisons pas. Nous sommes encore le Petit Poucet. » Il prend en comparaison la Grande-Bretagne, qui a investi plus de Rs 20 millions sur cinq ans pour chacun de ses représentants. De ce fait, il considère qu’il faut oublier les compétitions régionales et viser encore plus haut.
Philippe Hao Thyn Voon s’est également senti interpellé par la prestation des sportifs africains lors de ces Jeux Olympiques, car rien que onze médailles d’or ont été obtenues, dont 80% en athlétisme. De ce fait, Lassena Palenfo, président de l’Association des comités nationaux olympiques africains (Acnoa) tiendra une réunion dans un proche avenir afin de trouver des solutions et surtout les sources de Financement.
Reste que pour Philippe Hao Thyn Voon, le plat de résistance de ce point de presse a été la situation au niveau de la Fédération mauricienne de natation (FMN). « Il fallait trouver une solution. L’homme-clé pour décanter la situation était le ministre Ritoo », a-t-il d’emblée affirmé. C’est ainsi que dès son arrivée à Londres, Philippe Hao Thyn Voon a pris contact avec six des onze membres du comité directeur de la Fédération internationale de natation (Fina).
Quand ces derniers ont pris connaissance de la lettre adressée par Dev Putty (ndlr : haut cadre au MJS) aux différents responsables de clubs le 19 juillet dernier concernant la non-allocation des piscines, une suspension paraissait inévitable. « En prenant connaissance de cette lettre, Cornel Marculescu (ndlr : directeur exécutif de la Fina) a vu la gravité de la situation et a soutenu que Ritoo agit comme un dictateur. »
Et d’ajouter : « Cela aurait été une honte pour le pays, d’autant que nous accueillerons un séminaire des secrétaires généraux de l’Acnoa en septembre. Il fallait éviter cette sanction à tout prix et le ministre Ritoo se devait de faire des concessions. »
Toutefois, selon lui, le ministre a fait le difficile, notamment sur le lieu de la rencontre avec les dirigeants de la Fina et « sa demande afin qu’aucun autre dirigeant mauricien ne soit présent à cette rencontre. » « Ritoo ne peut ignorer le COM. À Londres, il était mon invité. En voulant m’éclipser au cours de cette réunion, peut-être avait-il un hidden agenda », a estimé Hao Thyn Voon.
Phrase manquante
Au bout du compte, la réunion s’est déroulée dans l’hôtel où séjournait le président de la Fina. « Le ministre a coopéré en acceptant la réouverture des piscines et la tenue de nouvelles élections, et à l’effet que ce sera la FMN qui dirigera ces élections », s’est réjoui le président du COM. Ce dernier souhaite maintenant que le MJS effectue la réouverture du secrétariat de la FMN et que des compétitions se tiennent. D’autant que la préparation des Jeux des îles de 2015 devra être enclenchée.
Toujours est-il qu’un point obscur perdure. La lettre expédiée par Devanand Ritoo à la Fina est-elle la copie conforme de celle qui a été circulée au sein des différentes rédactions à Maurice ? Selon les dirigeants du COM, la phrase mentionnant la présence non souhaitée d’un représentant de cette instance aurait été enlevée. « Si cela se confirme, cela prouve le manque d’égard envers le COM et que Ritoo a induit son monde en erreur. »
L’autre sujet qui a embarrassé les dirigeants du COM aura été l’absence des représentants du haut commissariat mauricien à Londres jusqu’à l’arrivée de Devanand Ritoo. Ces derniers étaient d’ailleurs absents lors de la cérémonie du lever de drapeau au village des jeux et ont argué n’avoir pas été invités.
« C’est malheureux et faux. Nous avons pour preuves les correspondances échangées avec le MJS et le haut commissariat. Sanjay Goboodhun a contacté le haut commissariat le 18 juillet, et on lui a fait comprendre qu’Anand Dooaree, qui devait agir comme notre Olympic Attaché, était souffrant. Puis, plus de nouvelles jusqu’à l’arrivée du ministre », a rétorqué Vivian Gungaram. Il est à noter que, par la suite, les dirigeants du COM ont boycotté une réception offerte par le haut commissariat.
Altercation verbale
L’altercation verbale entre Philippe Hao Thyn Voon et Alain St Louis (responsable de la délégation de triathlon) a également été évoquée au cours de ce point de presse. Une altercation survenue dans la salle à manger du village des jeux au retour des membres de la délégation de la cérémonie d’ouverture. Témoin de cet incident, Richard Papie a fait le récit suivant. « Alain St Louis s’est montré agressif en reprochant à Philippe Hao Thyn Voon d’avoir fait des déclarations à l’encontre de sa fille dans les journaux. Nous avons dû intervenir pour le faire évacuer les lieux. Sinon, des contacts physiques auraient eu lieu. »
Il a dans la foulée signalé que cet incident a été pris au sérieux, car des membres de la sécurité ont été postés dès le lendemain dans la salle à manger. D’où la conclusion de Richard Papie. « De par son comportement peu honorable, Alain St Louis a terni l’image de la délégation mauricienne et n’a pas su assumer ses responsabilités. La moindre des choses aura été qu’il présente ses excuses au COM et à son président. »  
L’attitude de la triathlète Fabienne St Louis a également été dénoncée. Cette dernière n’a séjourné qu’un jour au village, soit la veille de son retour en France. Or, elle aurait dû y être tout au long de son séjour, étant sous la responsabilité du COM.
L’autre sujet qui a créé une certaine polémique demeure le nombre d’officiels au cours du défilé de la cérémonie d’ouverture. Si les onze sportifs étaient de facto concernés, un choix devait être effectué entre douze accompagnateurs pour sept places. D’où la frustration chez ceux qui n’avaient pas été retenus.
« Nous avons essayé de plaire à un maximum et nous avons même entrepris des démarches qui se sont avérées fructueuses pour Thierry Long. Nous avons estimé qu’il mérite sa place dans le défilé, car il a beaucoup oeuvré pour la qualification des beach volleyeuses. Toutefois, un choix devait être effectué entre les deux entraîneurs de boxe et cela a provoqué une prise de bec entre Jean-Claude Nagloo et Judex Bazile », avance le président du COM. Ce dernier souligne n’avoir pas digéré l’attitude de Judex Bazile. « Il s’est adressé à moi sur un ton arrogant et a même fait des attaques personnelles à mon égard. C’est regrettable, car je ne suis nullement fautif. »
Philippe Hao Thyn Voon fera également mention des guest passes qui permettaient aux intéressés de visiter le village des jeux. Sur la centaine de demandes effectuées, rien qu’une soixantaine ont pu être agréées. Et ce, du fait que six guest passes étaient délivrés par jour et que les noms devaient être soumis au moins trois jours à l’avance, avec les procédures appropriées, notamment avec la soumission de passeports. D’où une nouvelle source de mécontement et de frustration.