Même si le pays entre en hiver, les moustiques continuent à se propager partout et les risques de maladies vectorielles deviennent de plus en plus menaçants. L’entomologiste Raheem Gopaul estime qu’il y a trop d’insouciance et d’indifférence par rapport à ces risques. « Les risques augmentent parce que nous n’avons pas seulement les moustiques qui peuvent transmettre la malaria, la dengue et le chikungunya mais aussi d’autres vecteurs de l’encéphalite japonaise qui attaque le système nerveux », fait-il ressortir.
Il faut une participation communautaire active pour mener à bien cette lutte contre le moustique « aedes albopictus », affirme Raheem Gopaul. « Leur nombre augmente parce qu’ils vivent dans les petits récipients, les vases à fleurs, les bols », dit-il. « Aucun gouvernement ne peut s’introduire chez les gens pour vérifier l’eau stagnante. Les Mauriciens sont très inconscients et négligents. Ils attendent que le gouvernement fasse tout pour eux. Lorsque la maladie se déclenche, ils blâment leurs voisins. Je pense qu’il faut introduire des amendes pour ceux qui ne respectent pas les lois. Si on ne fait pas payer, les gens ne comprendront pas », déclare-t-il.
L’entomologiste rappelle que c’est grâce surtout au DDT (dichlorodiphenyltrichloroethane), puissant insecticide, que la malaria a été éradiquée à Maurice, il y a environ quatre décennies. Depuis, l’île n’enregistre que quelques dizaines de cas importés d’Afrique et d’Asie annuellement par le biais de voyageurs. « Le DDT a grandement aidé l’île Maurice dans la lutte contre la malaria », dit-il, avant de rappeler comment les travailleurs sanitaires épandaient cet insecticide dans toutes les maisons, sur les murs, les cloisons et partout, dans les villes comme les villages, afin de tuer les moustiques vecteurs de la malaria. « On avait ainsi tué des centaines de milliers de moustiques, sinon plus », indique-t-il, avant de rappeler que c’est en 1973 que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a octroyé un certificat décrétant que Maurice a pu éradiquer cette maladie.
Mais, deux ans plus tard, en 1975, la maladie est revenue après le passage d’un grand cyclone qui avait dévasté l’île tout en créant d’innombrables gîtes larvaires pour les anophèles, avec l’arrivée d’étrangers venus aider à la réhabilitation des réseaux électriques et du système de distribution d’eau. « On n’avait pas fait de dépistage sur ces étrangers venus aider la population et certains parmi eux étaient porteurs des parasites de la malaria. Comme les moustiques vecteurs étaient présents, il n’a pas été difficile pour eux de transmettre la maladie d’une personne à une autre », souligne M. Gopaul.
Quelques années plus tard, la malaria est redevenue sous contrôle. Elle l’est encore, malgré les risques qui demeurent, selon notre interlocuteur, car, fait-il ressortir, le moustique vecteur de cette maladie, l’anopheles arabiensis, vit toujours en grand nombre à Maurice. Lors de la campagne anti-malaria, Maurice avait éradiqué non seulement l’anopheles funestus, alors le principal vecteur de la malaria, mais aussi l’aedes aegypti, le moustique vecteur de la fièvre jaune.
Cependant, Maurice est toujours menacée par d’autres maladies à transmission vectorielle telles la dengue et le chikungunya mais aussi la filariose de Bancroft et l’encéphalite japonaise dont les moustiques vecteurs sont présents dans le pays. Selon l’entomologiste, une fois entrées dans l’île, toutes ces maladies peuvent se propager très vite à cause des moustiques vecteurs qui y vivent, surtout si les conditions climatiques sont favorables à leur prolifération.
Au ministère de la Santé, l’on indique que l’île n’a pas enregistré de cas indigènes de malaria depuis 1997. « Tous les cas sont importés », fait-on ressortir. Selon les chiffres officiels, le pays a recensé 38 cas de malaria en 2006, 42 en 2007, 27 en 2008, 23 en 2010 et 52 en 2011.
Maurice dispose, depuis un grand nombre d’années, d’un programme de contrôle de la malaria afin de prévenir sa réintroduction. Les principaux éléments de ce programme sont la surveillance au port et à l’aéroport, le dépistage précoce, le traitement et le contrôle de la résistance aux médicaments anti-malaria, les activités de contrôle des vecteurs, l’éducation sanitaire à la population mais surtout aux voyageurs.
Ces derniers doivent déclarer, à leur arrivée à l’aéroport, les noms des pays qu’ils ont visités et dans les cas des pays où le paludisme est endémique, un inspecteur sanitaire rend visite au voyageur, quelques jours après son retour, pour lui faire une prise de sang. S’il est trouvé positif, le voyageur sera admis à l’hôpital pour être traité. Toute sa famille, proches et voisins seront mis sous surveillance pendant un certain temps. Un exercice de fumigation et d’épandage d’insecticides visant à tuer les moustiques sera aussi mené dans la région.