Pendant que notre pays collectionne des « awards » qui le placent au top africain et même mondial dans bien des domaines, la Commission Vérité et Justice, (CVJ) beaucoup plus sérieusement que l’émission M6, vient forcer l’Ile Maurice à regarder la face cachée de ses apparences « glamour ». A la page 288 du volume un du rapport de la CVJ, notre pays est décrit comme un pays raciste et bigot dans lequel le racisme, la discrimination, et le communalisme sont déguisés sous un discours de cohésion. L’histoire de notre pays écrite par les élites, avec les institutions qui s’y adossent, a favorisé des stéréotypes qui conditionnent nos relations inter-communautaires dans un schéma de peur. Les élites intellectuelles, économiques et politiques ont ainsi favorisé la division de la classe ouvrière sur une base ethnique et en ont profité pour se maintenir au pouvoir. Depuis l’indépendance, l’État n’a rien fait pour construire la nation mauricienne, pour favoriser la réconciliation. Il n’a rien fait pour encourager une identité et une culture nationales. Il n’a rien fait pour développer une démocratie économique (page 453). Au moment où nous fêtons le 177e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, n’est-il pas temps de nous attaquer à ce qui apparaît comme le vrai esclavage de nos pensées et de nos comportements dénoncé par le CVJ ? Le combat d’avant-garde d’une l’Île Maurice moderne est-il celui du maintien du best loser system (BLS) dont la justification est la peur des minorités de se faire dominer ? Le chef de file du combat contre l’abolition du BLS a avoué qu’une place à l’Assemblée c’était finalement des patentes de taxis, des licences commerciales et des emplois. Le BLS doit être maintenu si notre pays ne peut pas plus que la peur de l’autre et les intérêts sectoriels qu’il protège. L’Ile Maurice du 177e anniversaire de l’abolition de l’esclavage ne devrait pas continuer à cultiver la peur de l’autre. La CVJ propose un autre combat.
Le comité diocésain premier février (CDPF) a choisi un autre combat en ce jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage : inviter les Mauriciens à entrer dans le processus de réconciliation nationale auquel nous invite la CVJ. Apporter une contribution pour que ce rapport ne reste pas dans les tiroirs de nos peurs. La vérité va nous remuer ! Lors de la messe qui sera célébrée demain à La Gaulette à 8h30, le CDPF lancera un fascicule gratuit largement diffusé dans les écoles et collèges catholiques ainsi que dans les paroisses, dans le but, non seulement de faire connaître le volumineux rapport de la CVJ mais aussi par la même occasion de provoquer un débat national sur la construction d’une citoyenneté éclairée et responsable. Mme Vijaya Teelock, ex-commissaire et historienne, place les travaux de cette commission dans la perspective d’une démocratisation de l’écriture de l’histoire. Il faut que les descendants d’esclaves et de travailleurs engagés de la base se mettent à repenser leur histoire et à l’écrire. Travailler à la réconciliation et à la justice sociale est une nécessité absolue, proclame cette commission.
Financé à hauteur de Rs 60 millions, cette étude menée par des professionnels a, durant deux ans, fait un travail remarquable dont les conclusions sont rassemblées dans quatre volumes imprimés de 2,700 pages et cinq cdrom. L’ensemble est accessible sur le site : « http//www.gov.mu/portal/goc/pmo/file/TJC_Vol1.pdf »
La CVJ vient déclarer la guerre à un esclavage beaucoup plus pernicieux et subtil. C’est là la vraie fête de l’abolition de l’esclavage.