« It was very moving ». Telles sont les premières paroles prononcées par Jenni Chinner, nièce d’Arnold Partington, musicien australien ayant rejoint l’armée nationale de son pays durant la Seconde guerre mondiale et qui est enterré au cimetière de Phoenix. Le Mauricien la rencontrait, au siège du Haut-commissariat australien (HCA), à Port-Louis, deux jours après le service commémoratif organisé par le HCA, au cimetière de Phoenix le 18 juillet dernier, à l’occasion de la visite du navire HMAS Anzac.
« C’est la première fois que j’ai eu l’occasion d’aller au cimetière où mon oncle est enterré », lance Jenni Chinner, encore tout émue. Officiellement invitée par la HCA, notre interlocutrice affirme que toute sa famille a toujours su qu’il était enterré dans un cimetière étranger « but we had always thought that he was forgotten ».
Arnold Partington vient d’une fratrie de cinq enfants. Ils étaient trois frères, dont le père de Jenni Chinner, tous trois des musiciens à s’être engagés au sein de l’armée nationale dans le cadre de la Seconde guerre mondiale. Ils étaient sur trois bateaux différents : Arnold, 21 ans, était sur le Canberra, son père Percival, 17 ans, sur le Perth et le frère aîné Leslie, 28 ans, sur le Sydney. « Les trois bateaux ont coulé, mes deux oncles ont péri mais comme mon père était prisonnier des Japonais — pendant trois ans et demi — il n’est pas mort ». À son retour en Australie, il se marie et a deux enfants : Jenni et un fils qui est décédé dans un accident de voiture, il y a quelques années. « Mes deux autres oncles n’ont jamais eu d’enfants ».
Selon notre interlocutrice, son père ne parlait presque jamais de cet engagement et de l’histoire de la famille. Elle la tiendrait de sa grand-mère paternelle. Dans les années 50, poursuit-elle, « ma tante est venue se recueillir sur sa tombe et en février de cette année, une de mes cousines est venue également. Elle a fait des photos. Elle nous a dit qu’elle était agréablement surprise de constater que la tombe avait été si bien entretenue ».
Cependant, sachant déjà où Arnold était enterré, Jenni Chinner n’a jamais ressenti le besoin de venir voir sur place. À plus forte raison que cela coûte de faire tel déplacement, souligne-t-elle. Ainsi, lorsque le HCA a commencé à faire des recherches sur la famille pour savoir « si nous étions au courant de la présence de la tombe, à la veille de la commémoration du centenaire de l’ANSAC, Susan Coles m’a contactée et je lui ai dit que si je savais je serais venue. Mais c’était trop tard ! Elle m’a alors dit qu’en juillet, il y aurait un autre service ». Une manifestation organisée à l’occasion de la présence du navire HMAS Ansac dans le port.
Au Mauricien, Susan Coles explique que même si Arnold Partington a péri lors de la Seconde guerre mondiale, « nous lui rendons officiellement un hommage spécial ». Une démarche touchante pour sa nièce. « The ceremony was lovely. I spoke briefly. There were also the niece and nephew of André Dalais who spoke », dit-elle. Le Caporal André Dalais (Australian Army, 6th Infantry Battalion D Company), dont la famille avait migré vers l’Australie à la fin du XVIIIe siècle, s’était engagé auprès de l’armée nationale australienne pour la Première guerre mondiale.
Jenni Chinner souligne qu’un service est organisé tous les ans en Australie à l’occasion de l’ANSAC day. « Ma fille y participe en relatant cette histoire de famille de sorte à la garder vivante ». À son retour en Australie, notre interlocutrice se fera aussi un devoir de partager son expérience avec ses petits enfants et ceux de son frère. « Ils n’ont pas encore le sens de l’histoire. Je ferai des copies des documents et des photos pour eux », affirme-t-elle.
Très intéressée par l’histoire passionnante de sa famille, Jenni Chinner compte poursuivre ses recherches et aller à la rencontre du musicien qui joue le “bigul” (ou bugle) sur lequel le nom d’Arnold Partington est inscrit. « Suite aux recherches effectuées par Susan Coles, j’ai appris que depuis 1995, la marine australienne a pris la décision d’inscrire le nom de chaque musicien décédé dans le cadre de leur fonction sur un nouvel instrument acheté. Et j’ai appris que le nom d’Arnold est inscrit sur un bigul. J’ai pris contact avec celui qui le joue mais je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer. Il devait être de la mission mais malheureusement, il n’est pas venu ». « It is a nice rememberance on the part of the Navy and we are very touched by the care and attention given to my uncle’s grave », conclut-elle.