Dérogeant aux pratiques établies et agissant dans l’urgence au cours de la semaine écoulée, la Banque de Maurice a brûlé les étapes pour remettre en perspective les retombées du Brexit, soit le retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, dans le contexte de la présentation, vendredi, du budget 2016-17 par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, par le truchement du Monetary Policy Committee, a voulu frapper fort en ramenant le Repo Rate à un all-time low de 4%, avec une coupe par la plus forte marge depuis plus de quatre ans. Devant la hantise de l’incertitude et l’instabilité provoquée par le vote au référendum di 23 juin en Grande-Bretagne, la Banque centrale veut préserver les chances de doper les investissements et soutenir le potentiel de croissance économique pour les années à venir. Toutefois, d’aucuns affirment que cette seule baisse du taux directeur des intérêts ne génère pas suffisamment de propulsion pour envisager au moins un rattrapage économique. D’ailleurs, la dernière édition du Monetary Policy and Financial Stability Report, publiée par la même Banque de Maurice le jour de la réunion du Monetary Policy Committee, identifie les zones d’ombre sur l’échiquier économique, que ce soit sur le plan du chômage ou de la dette publique, sans oublier l’endettement des ménages et du secteur privé, qui sont autant de facteurs agissant comme un frein ou un obstacle pour franchir la barre minimale des 4% de croissance économique.
La surprise prébudgétaire est venue de la Bank of Mauritius Tower, qui n’a fait qu’installer le Brexit au coeur des débats. D’abord, par tradition, la présente réunion du Monetary Policy Committee intervient après la présentation du budget par le ministre des Finances, la Banque centrale calquant la politique monétaire sur les orientations énoncées dans le discours. La réunion avait été initialement reportée sine die avec l’annulation du Budget Day du 6 juin. Voilà qu’en début de semaine, Ramesh Basant Roi ne fait que convoquer le Monetary Policy Committee pour entériner la décision d’une baisse majeure de 40 points, ramenant le Repo Rate à 4%, soit son niveau le plus bas.
 « Taking into account the uncertainty created by Brexit and potential for the US November elections to increase market volatility, the Monetary Policy Committee deemed it important to support investment activity in the country and raise the growth potential of the economy. A cut in the Key Repo Rate is warranted at this juncture to support the economy », annonce le communiqué de la Banque de Maurice en guise de « setting the scene for the 2016/17 Budget » dix jours avant sa présentation. « The economy continues to suffer from weak private investment and relatively sluggish export performance. Bank staff lowered their projection for real GDP growth to 3,6 per cent for 2016. Latest global developments, especially in the aftermath of Brexit, point to heightened downside risks to domestic growth. For 2017, growth is expected to improve to 3,8 per cent », concède la Banque de Maurice.
 De leur côté, les opérateurs économiques, profitant de cette manne, accueillent favorablement cette baisse car, comme l’affirme Axys Stockbroking Ltd., « the 40 basic points cut will save a business an additional Rs 4 for every Rs 1000 borrowed with a floating charge, bringing the combined savings from November’s decrease to Rs 6.50. This minute cash flow boost will nonetheless provide additional breathing space for highly leveraged entities ; especially, hoteliers, conglomerates and property developers ». En contrepartie, cette réduction du Repo Rate fait que la moyenne de Dividend Yield de l’ordre de 3,1% sur le marché boursier est nettement plus rémunératrice que le loyer de l’argent de 2,1% offert dans le secteur bancaire.
 Au-delà de cette équation financière, le poids du Brexit se fait sentir au niveau de deux secteurs économiques, à savoir le textile et le tourisme, les risques de récession en Grande-Bretagne se précisant de plus en plus depuis la fin de la semaine dernière. « Brexit is clearly a major issue for the United Kingdom. Avec cela, l’on doit s’interroger sur les conséquences du Brexit sur la croissance prévue dans l’industrie touristique cette année avec le potentiel de 130 000 visiteurs de Grande-Bretagne et l’évolution à la baisse du taux de change de la livre sterling. Le textile est suivi de près car le marché anglais représente entre 20% et 60% pour les grosses unités et plus de 65% pour les autres. Des risques de baisse de recettes sur le tableau de change et des annulations de commandes sont à craindre », relèvent des sources autorisées dans le privé, affirmant que des consultations étroites ont été engagées en vue de parer au plus pressé.