Alain Gordon-Gentil a adapté pour le théâtre le dernier volet du Voyage de Delcourt, en 1940, du jour où son personnage principal, Delcourt Chasles, croise le regard de Marika Lindenbaum, fraîchement débarquée à Maurice parmi les 1 600 juifs d’Europe de l’Est chassés de Palestine par les Britanniques et arrivés à bord de deux bateaux. « Marika Lindenbaum est partie » sera jouée au Théâtre Serge Constantin du 22 au 25 mai dans une mise en scène de Bertrand d’Unienville, avec Rachel de Spéville et Alessandro Chiara dans les rôles principaux. À quelques jours des rencontres théâtrales francophones Passe-Portes…
Le roman Le voyage de Delcourt a été réédité fin 2013 chez Pamplemousses, la maison d’édition de l’auteur, ce livre étant sorti chez Julliard en France en 2001 où il avait connu un honnête parcours révélant cet aspect peu connu en Europe de l’histoire d’une petite colonie britannique, et des torts faits à la communauté juive d’Europe de l’Est. L’excellent documentaire de Michel Daeron, La dérive de l’Atlantic, a aussi apporté le témoignage des descendants de ces familles juives éparpillées à travers le monde après leur incarcération à Maurice. Le texte du conseiller du Premier ministre oppose deux personnages types mauriciens, deux amis aux destinées et aspirations différentes dans cette île Maurice où souffle depuis peu le vent du syndicalisme et d’une nouvelle ère politique.
Le coup de foudre qui unit Delcourt à Marika passe dans la version romancée par de nombreuses descriptions, parfois assez sensuelles. L’adaptation théâtrale du texte donne une nouvelle vie à cette histoire à travers des dialogues qui restituent brièvement la passé de Delcourt, notamment certains aspects de son long voyage en Europe, mais qui ne mettent guère fin aux errances existentielles de cet homme insaisissable. Delcourt Chasles semble détaché de tout, sans véritable raison de vivre consciente, autre que celle de trouver le véritable amour chez une femme. Après avoir vécu quelques amitiés amoureuses en France et à Maurice, il éprouve le feu de la passion pour Marika, adulant tant cette femme qu’il lui dresse un piédestal sur lequel elle se sent mal à l’aise.
Tout le reste semble l’indifférer, déclenchant un flegme et un détachement qui ne cesseront d’étonner son meilleur ami, Kewal Rampauth. D’une toute autre eau, celui-ci appartient à la jeunesse hindoue montante des années 30/40. Il fera ses études à Londres comme lui, mais avec au coeur une quête politique pour son pays qui le fait vibrer pour le syndicalisme et lui insuffle la passion pour les études et le sens des responsabilités au service de ses compatriotes. Lorsqu’ils se retrouvent à Maurice à la veille de la seconde guerre mondiale, autant Kewal semble impliqué dans la société et proche des hommes au pouvoir, autant Delcourt reste animé par une nonchalante indifférence aux choses de ce monde.