1993 à 2013. 1993, c’est l’année où, non sans susciter l’étonnement au sein de l’Église et du pays en général, le père Roger Cerveaux, dénonce l’absence d’intérêt de l’Église catholique pour ses enfants créoles. Depuis, presque vingt ans se sont écoulés. Et des progrès ont été réalisés même s’il reste encore à faire. Dans ce contexte, mais aussi dans le cadre de la Journée mondiale de la langue et de la culture créoles, le Comité diocésain 1er février lancera le 28 octobre prochain, An avan pou konvansyon kreol, une convention créole pour l’année 2013. Par ailleurs, le 28 octobre, le village de Grand-Gaube accueillera une journée d’activités en vue de valoriser la culture créole.
« Nou anvi rekonet ki la koz kreol finn koumanse par enn malez », devait expliquer hier le père Jean-Maurice Labour, coordinateur du Comité 1er février, lors d’une rencontre avec la presse. Aujourd’hui, se réjouit-il, cette cause créole est devenue nationale. « Il y a un comité ministériel qui est censé réaliser les recommandations de la Commission Justice et Vérité. La convention a donc envie de marquer cela », dit-il. Il précise toutefois que le comité n’en restera pas là. « Nous veillerons à la mise en pratique des recommandations. » Une des choses qui en découle et qui est mise en oeuvre déjà, poursuit-il, est l’institution de l’Equal Opportunities Commission. De plus, la langue kreol à l’école est la réalisation d’une autre recommandation.
Parmi les autres progrès, comme devait le rappeler Marjorie Desvaux, également du Comité 1er février, il y a la graphie et le dictionnaire créoles ; la traduction du Nouveau testament et la liturgie en créole ; le séga et le seggae qui ont évolué autour du symbole Kaya ; le jour de l’abolition de l’esclavage proclamée férié et le festival créole devenu annuel.
Pour Jimmy Harmon, membre du Comité 1er février, les fruits de ce qu’a déclenché le père Roger Cerveaux en 1993, à travers son homélie, commence à apparaître. « Il y a un processus qui s’est engagé en termes de mobilité sociale. Au sein de l’Église même et dans le pays, il y a eu une remise en question. » Les secteurs de travail vers lesquels se tourne la communauté se sont ainsi par exemple étendus à l’entrepreneuriat, devait-il faire ressortir.
S’agissant de la célébration de la Journée de la langue et de la culture créoles le dimanche 28 octobre à Grand-Gaube, Jean-Maurice Labour devait souligner que le concept consiste à inviter les familles à passer ensemble une journée, « pran plezir gout la kiltir kreol ». Le village a été choisi pour son importante population créole. Au programme de cette journée d’activités de 10 h à 16 h, une messe kreol présidée par le père Roger Cerveaux à 10 h. Suivra, à 11 h 15, l’ouverture d’espaces de culture et de langue créoles avec la redécouverte de cuisine, jeux, ségas, littérature, métiers et chants ayant trait à la culture créole. Côté jeux, les jeunes seront invités à participer à des sirandanes, lamarel, Tina ou encore Sap si way. Le public pourra par ailleurs en découvrir plus sur certains métiers propres au monde créole à l’instar du métier de charpentier de marine. Au niveau culturel, des animations typiques seront proposées tels le séga, la ravanne, le triangle. Seront en vente des mets typiquement créoles et des gâteaux d’antan. « Nou pou valoriz tou bann pla ki zenes zordi pa tro kone », selon Jean-Claude Jance, du Comité 1er février. « Nou pou ankouraz ek felisit bann “black diamonds”. » « Black diamonds », précise Jimmy Harmon, est un terme découlant du rapport Justice et Paix où il est recommandé de faire émerger les “black diamonds”, en l’occurrence ceux qui ont connu la réussite sociale. « Nou anvi ki sa term-la paret an piblik. »
Les ségas seront interprétés par la chorale de Grand-Gaube et non par les grosses pointures du séga. « Nous voulons montrer comment le séga exprime différentes facettes de la vie mauricienne : souffrance entre hommes, femmes et enfants. Montrer que le séga est reconnu par tout Mauricien. Montrer aussi la poésie et l’expression qui s’en dégagent. Par exemple, quand Cassiya dit : “Disan lesklavaz monte desann dan mo lekor.” Le séga est une expression culturelle qui exprime un certain vécu. C’est pour cela qu’on a choisi les jeunes de Grand-Gaube pour chanter et pas les chanteurs plus connus. On veut montrer comment les jeunes ont assimilé le séga, kouma li monte depi nou trip », ajoute le père Labour.
Lors de l’ouverture de la convention créole pour 2013, des détails seront fournis sur le contenu de l’événement.
La célébration à Grand-Gaube sera, précise-t-on, une fête sans alcool. « Nous voulons promouvoir une culture créole qui soit sans stigmatisations telles que l’alcool, “bat sega amize kreol”. Nous avons le séga. Nous en sommes fiers mais nous savons aussi qu’il y a des stigmatisations qui peuvent au contraire dégrader la perception de cette communauté. » Le père Labour précise d’autre part que si les ministres et députés sont invités, le comité organisateur « n’a aucun agenda pour revendiquer des choses au gouvernement. Le but principal de la célébration étant avant tout de se rencontrer dans un but de valorisation ».