Ambiance très cordiale entre les participants hier à la salle du conseil de la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill au forum-débat tenu par l’organisation non gouvernementale Droits humaInS – Maurice/Océan Indien (DIS-MOI) dans le sillage du récent « pronouncement » du Comité des droits de l’homme des Nations unies. Les intervenants ont été unanimes à estimer qu’on ne pouvait rester à ne rien faire après ce blâme de l’ONU.
Premier à intervenir, Ashok Subron a estimé que le « pronouncement » du Comité des droits de l’homme des Nations unies, condamnant l’interdiction faite par les autorités électorales mauriciennes aux représentants de Rezistans ek Alternativ de se porter candidats aux élections générales de 2005 parce qu’ils ont refusé de dévoiler leur appartenance ethnique, ouvre la voie, « si les forces progressistes font entendre leur voix », pour une nouvelle république. « Va-t-on communaliser la réforme électorale ? », s’est-il demandé en évoquant la perspective d’un recensement basé sur la communauté. Il a dénoncé le « caractère ridicule » de la classification communale en 2012.
Pour sa part, le représentant du Mouvement socialiste militant (MSM), Pradeep Roopun, a un point de vue catégorique : « Pa bizin tous enn system (NdlR : le Best Loser System – BLS) qui malgré so imperfeksyon inn ed amenn enn sertin stabilite dans pei ». Il a insisté qu’on ne peut « zoue ek larmoni interkominoter ».
Néanmoins, à l’heure du résumé des débats, le représentant du MSM a nuancé ses propos en disant qu’on ne pouvait abolir le BLS « sans proposer une alternative ».
Le représentant du Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD), Lindsay Morvan, a d’emblée affirmé que le BLS a fait ses preuves en assurant une certaine stabilité sociale, surtout dans le sillage de l’annonce des résultats des élections générales. « L’idéal c’est de trouver un système qui ne remette pas en péril cet acquis de paix sociale post-électorale dans notre pays », a-t-il souhaité.
Jack Bizlall a, lui, déploré cette focalisation sur le BLS. « Cela nous fait rater une occasion de jeter un regard d’ensemble sur les changements nécessaires à notre Constitution, voire même la nécessité d’une nouvelle Constitution », a-t-il fait observer. Il a également rejeté cette notion de « majorité » ou de « minorité » pour désigner les communautés, arguant que cela est antirépublicain. De même, l’organisation d’un référendum pour décider si l’on doit ou non abolir le BLS. « On organise un référendum sur des questions touchant à la république. Or, cela est antirépublicain. La seule solution est de venir avec une nouvelle république », a-t-il plaidé.
Insistant de son côté qu’elle parlait en son nom personnelle et non celui du Ptr, Nita Deepalsing a affirmé que ce « pronouncement est une occasion pour rebondir ». Elle s’est prononcée contre un recensement pour déterminer la communauté des Mauriciens et a déclaré partager l’opinion de Jack Bizlall selon laquelle il fallait dépasser le débat sur le BLS et aller vers une nouvelle république. « De quelle république veut-on : celle des idées ou celle de la représentativité ? Ou un mélange des deux ? », a-t-elle lancé.
Le représentant du MMM, Steeve Obeegadoo, a pour sa part avancé que suite au « pronouncement » du Comité des droits de l’homme des Nations unies, « le statu quo n’est pas une option ». « Puisque le MSM, le Ptr, le PMSD et Cehl Meeah sont contre l’abolition du BLS, il n’y aura manifestement pas une majorité pour l’abolir. La solution est de dépasser le cadre du BLS, de proposer un projet de loi pour une bonne réforme électorale, et cela, seul le gouvernement dispose du pouvoir nécessaire pour le faire. Malheureusement, nous n’avons pas jusqu’ici entendu le point de vue du Premier ministre sur la question », a-t-il fait observer. « Nou bizin bouze. Nou bizin al de lavan. La balle est dans le camp du gouvernement ! » a-t-il insisté.
Le forum-débat était présidé par Rada Tirvassen. Lindley Couronne avait auparavant présenté son association.