La commémoration de l’abolition de l’esclavage (1835) a été marquée hier par une cérémonie traditionnelle au Morne durant laquelle les dignitaires du pays dont la présidente par intérim, Monique Ohsan-Bellepeau, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth et le leader de l’opposition, Paul Bérenger, ont déposé des gerbes au Monument des esclaves au pied de la montagne.
Sir Anerood Jugnauth a rappelé qu’il a toujours cru en l’importance de reconnaître l’histoire et a rappelé que c’est sous son gouvernement que le 1er février a été décrété jour férié, tout comme le 2 novembre a été décrété congé public pour commémorer l’arrivée des premiers travailleurs engagés. « C’est un fait historique que la population ne peut pas oublier. Je dois reconnaître en toute justesse que le leader de l’opposition Paul Bérenger a eu une contribution dans cette décision parce que je lui avais confié la présidence d’un Select Committee pour étudier toute la question et faire des recommandations ». Il a rappelé que l’année dernière, la Public Holidays Act a été amendée par son gouvernement pour inclure définitivement le 1er février et le 2 novembre dans la législation. Il a reproché à l’ancien gouvernement de n’avoir jamais songé à le faire, ajoutant qu’il a par conséquent failli à sa responsabilité. « Sa demontre ki nou pa zist koze e fer gran-gran promess. J’ai pris la décision dans votre intérêt de reconnaître l’histoire et consolider davantage l’unité nationale dans la diversité ».
La commémoration de l’abolition de l’esclavage, dit le PM, « n’est pas juste une date mais une façon de manifester notre rejet d’un système qui a bafoué la dignité humaine, un système qui rejeté les valeurs de nos ancêtres sortis en grande partie du Mozambique, de Madagascar, de Zanzibar et ailleurs ».
Sir Anerood Jugnauth a aussi souligné que les esclaves n’ont pas subi uniquement mais ont également résisté, ce qui a donné naissance au marronnage. La montagne du Morne, dit-il, constitue un symbole de résistance des esclaves contre le crime qu’ils subissaient. « Si montagn Le Morne ti ena labous li ti ava raconte komie disan finn koule e komie esklav finn swiside dan la soufrans e dan la revolt. Zot finn prefer met fin a zot lavi que de subir l’atrocité des colons. Le Morne est aujourd’hui un lieu de mémoire classé sur la liste des patrimoines mondiaux de l’Unesco. C’est également le cas pour l’Aapravasi Ghat. Ces deux sites sont les preuves tangibles que l’histoire du peuplement de notre pays est unique ».
SAJ affirme que la décision de son gouvernement de faire du 1er février et du 2 novembre des jours fériés était une façon de « montrer notre reconnaissance pour la contribution des esclaves et des coolies dans le développement du pays mais également la contribution de leurs descendants ». « Je tiens à saluer la contribution de nos frères et soeurs de la communauté créole à faire de ce pays ce qu’il est devenu aujourd’hui. Vous avez marché côte à côte avec les autres communautés pour construire la nation mauricienne qui fait aujourd’hui notre fierté ».
Le PM a affirmé sa foi en le génie mauricien, dans la justice sociale et le partage équitable du gâteau national. « Chaque communauté représente une fleur dans le bouquet multicolore qu’est la nation mauricienne ». Il a dit sa détermination à combattre la pauvreté et à soutenir les familles les plus vulnérables. Sir Anerood Jugnauth a rappelé l’accent mis sur l’éducation et la formation par son gouvernement ainsi que le développement de nouveaux piliers économiques en vue de la création d’emplois. « Nous entrons dans une nouvelle période où nous commencerons à récolter le fruit du travail de reconstruction initié en 2015. Nous sommes dans une période cruciale pour le redécollage économique. Mes ministres et moi consacrons tous nos efforts pour que les projets d’investissements démarrent. Maurice sera un grand chantier », dit-il, en rappelant que le premier miracle économique ne s’est pas réalisé en une année. « Je suis satisfait que nous sommes dans la bonne direction et nous sommes certains que comme cela a été le cas dans les années 1980, nous placerons le pays sur un autre pallier de développement ». Il a demandé à la population de faire preuve de patience et de développer une culture de travail car rien n’est obtenu sans effort, sans discipline et sans valeurs. SAJ a finalement fait une mise en garde contre les autres formes d’esclavage qui se manifestent aujourd’hui, comme la drogue et l’alcoolisme.
Xavier-Luc Duval, pour sa part, a rendu hommage aux familles créoles pour les efforts accomplis pour l’éducation de leurs enfants, qui aujourd’hui contribuent activement à différents niveaux au développement du pays. Il s’est réjoui que les préjugés qui affectaient les Créoles se soient désormais estompés. La matinée a aussi été marquée par une représentation culturelle avec la participation de Désiré François et de Menwar.