« Maurice ne serait pas Maurice sans sir Gaëtan Duval (SGD) », a déclaré Xavier-Luc Duval lors d’une causerie à la mairie de Port-Louis samedi dans le cadre des activités de commémoration de l’anniversaire de la naissance du tribun. Celui-ci aurait eu 85 ans le 9 octobre. Plusieurs personnes l’ayant côtoyé de près ont témoigné de l’avocat, du politicien, de l’être « audacieux » et « extraordinaire » qu’il a été.
Clôturant la série d’interventions, le fils de SGD et actuel ministre du Tourisme a estimé « importantes » les activités marquant la naissance et la mort de son père chaque année, notamment pour « connaître l’homme qu’il a été », car selon lui, « il y en a qui écrivent ce qu’ils veulent, surtout quand la politique est en jeu ». Pour le leader du PMSD, « Maurice ne serait pas Maurice sans SGD, sans sa lutte pour la liberté, pour le tourisme ». Il ajoute que SGD « a su mettre Maurice sur la carte mondiale » et « il a beaucoup fait sur le plan social, sur le plan judiciaire et au niveau de la paix ».
Auteur de “Le Procès du roi”, ouvrage en hommage à Gaëtan Duval, l’avocat Jacques Panglose a rappelé qu’en 1955, le peu d’hommes de loi à Maurice « venaient de souches spécifiques », ajoutant : « C’était pour la plupart des Franco-Mauriciens. Quand vous commencez à travailler comme avocat et que vous n’avez pas de patrimoine derrière vous, c’est difficile. » L’avocat raconte comment SGD lui répétait toujours : « J’ai gagné ce que j’ai eu à la force de mes poignets. » Pour lui, la magie de l’art de défendeur de Gaëtan Duval « se dévoilait au pénal, pour les affaires criminelles », précisant qu’il « prenait son envol pendant les procès aux Assises ». C’est surtout après les bagarres raciales, quand les auteurs d’assassinats venaient le voir pour les défendre, que l’avocat s’est fait connaître, selon Jacques Panglose. « Il s’agissait de musulmans qui avaient tué des créoles. Il lui fallait, lui, créole mauricien, défendre les autres. Aux Assises, les créoles, face à cette situation, avaient des poignards dans leurs yeux », a-t-il déclaré, déclenchant des rires dans l’assistance. Et d’ajouter : « Gaëtan Duval gagnait ses procès comme si le Dieu de la justice était venu. Il n’a jamais perdu une affaire aux Assises. C’est à partir de là qu’il s’est forgé une grande réputation d’avocat. » Jacques Panglose poursuit : « Il regardait le témoin de manière à le méduser et à arracher ses aveux et puis il partait. Ce n’était pas “il” partait, c’était “on” partait : une “foule” qui partait. »
Jacques Panglose devait encore préciser que la phrase, désormais célèbre, sur la tombe de sir Gaëtan Duval : « Je ne suis pas mort. Je fais semblant », inspirée du poète Jean Cocteau dans Le Testament d’Orphée, où il dit : « Faites semblant de pleurer mes amis puisque les poètes font semblant d’être morts. »
Azad Domun a pour sa part rappelé l’« incroyable réseau de contacts » de SGD en Europe, qui a servi à faire avancer Maurice. Il a rappelé en outre « son amour instinctif pour la France, pays devenu pour nous un incontournable partenaire de développement ». Marc Hein, retient quant à lui l’« audace » de SGD. Il devait citer comme exemple la fois où SGD avait posé sa candidature en 1982 dans quatre circonscriptions. « Après les 60-0 du MMM/PSM en 1982, l’Electoral Supervisory Commission (ESC) décide de ne nommer aucun “Best Loser”. Une fois de plus, il fallait de l’audace pour demander à la cour de contrer cette décision de l’ESC. La cour nous a donné raison et quatre “Best Losers” furent nommés, SGD devenant lui, leader de l’opposition. » Marc Hein a aussi rappelé que sir Gaëtan Duval a été « un fervent défenseur de la langue française ».
Benjamin Moutou se souvient, lui, que les parents de SGD voulaient qu’il soit dentiste, mais que ce dernier a choisi de devenir avocat. Après avoir rappelé l’homme qu’il avait été, l’historien a dit : « Quand je vois Port-Louis et les statues qu’il y a, je crois que c’est une injustice de ne pas en avoir une de SGD. »