Une intensification de la campagne de lobbying auprès des membres du Congrès américain en vue d’obtenir le renouvellement de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) est annoncée dans les milieux mauriciens proches de ce dossier. L’AGOA expirera le 30 septembre 2015 et, pour Maurice Vigier de La Tour, qui suit de près la question avec Paul Ryberg, lobbyist de Maurice à Washington, il sera très difficile d’envisager des exportations, textiles en particulier, vers le marché américain.
Les dirigeants de la Mauritius-United States Business Association (MUSBA) et de l’African Coalition for Trade (ACT), avec Paul Ryberg en première ligne, ont embrigadé différentes organisations susceptibles d’apporter un soutien constant pour un renouvellement rapide de l’AGOA et des dispositions sous le Third Country Fabric pour une période d’au moins 15 ans comme souhaité par les pays africains. Parmi ces organisations, relevons les noms du Corporate Council for Africa et l’African Clothing and Textile Industries Federation. Maurice Vigier de La Tour, qui est étroitement associé au dossier de l’AGOA depuis son adoption en 2000, indique Paul Ryberg, a eu, ces derniers mois, plusieurs réunions de travail avec le personnel attaché à des députés membres du Comité des Voies et Moyens (House Ways and Means Committee) de la Chambre des Représentants et de la Commission Financière du Sénat (Senate Finance Committee). Ces deux instances épluchent les textes de loi avant leur présentation pour adoption par les députés et sénateurs et le lobbying consiste à les convaincre à inclure des dispositions avantageuses dans ces textes de loi, plus précisément celle concernant l’AGOA.
« Malheureusement, le contexte politique actuel aux États-Unis ne joue pas en notre faveur. Il y a une opposition féroce entre Républicains et Démocrates d’une part, et entre Républicains et le Président Obama d’autre part, sur divers sujets d’intérêts nationaux. Le renouvellement de l’AGOA semble être relégué au second plan. Et cela pose problème », souligne Maurice Vigier de La Tour.
La reprise des travaux du Congrès s’annonce laborieuse pour les responsables du lobbying pro-AGOA. « Nous avons fixé la date de fin mars 2015 comme premier objectif en vue d’amener le Ways and Means Committee et le Senate Finace Committee à s’entendre sur le contenu du texte à être renouvelé. Si cette première date n’est pas respectée, nous aurons à faire de sorte que le texte de loi soit voté avant fin juin 2015. Il faut réaliser qu’au fur et à mesure qu’on se rapproche de la date butoir du 30 septembre 2015, les problèmes vont s’intensifier », fait ressortir Maurice Vigier de La Tour.
Expert en marketing, ce dernier explique que les producteurs textiles des pays africains éligibles sous l’AGOA et bénéficiant de la dérogation sous le 3rd Country Fabric auront des difficultés à convaincre leurs clients américains. Ceux-ci, selon lui, pourraient se montrer hésitants à passer de nouvelles commandes sans une garantie de remboursement de frais de douane en cas de retard dans le renouvellement de l’AGOA. « Les frais de douane représentent environ 12 à 13% du prix de vente et ce n’est pas peu », soutient Maurice Vigier de La Tour. « Sans l’AGOA, plus d’exportation possible vers les États-Unis. Déjà avec l’AGOA, les conditions d’exportation sont difficiles », observe-t-il.
Maurice Vigier de La Tour fait comprendre qu’avec la dépréciation de l’euro, les exportateurs mauriciens ciblant les marchés de la zone euro se retrouvent dans une situation inconfortable. Il est donc important que les ventes en dollars américains puissent être maintenues en vue de mitiger toute baisse des recettes en euro. « Le marché américain doit être protégé en conséquence, et ce en considérant qu’il est difficile de facturer en dollars les importateurs des autres marchés », fait-il remarquer.
Une stratégie, estime Maurice Vigier de La Tour, est à élaborer du côté mauricien en vue d’obtenir le renouvellement de l’AGOA dans les premiers mois de l’année. La Mauritius Export Association et la MUSBA comptent à cet effet rencontrer au plus vite le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Étienne Sinatambou, pour préparer cette stratégie. Maurice Vigier de La Tour souhaite qu’on nomme rapidement un ambassadeur mauricien à Washington pour le suivi du dossier AGOA. Or, Maurice n’y a pas d’ambassadeur depuis le rappel de Somduth Soborun. « C’est une urgence. Le personnel des membres du Congrès affiche une préférence pour des discussions au niveau des ambassadeurs », déclare Maurice Vigier de La Tour.