Ce jeudi 2 juin marquait la Journée internationale des Travailleurs du Sexe. Pour l’occasion, l’ong Parapli Ruz, initiée il y a quelques années et qui a récemment été officiellement reconnue comme une Ong à part entière, a présenté un sketch, intitulé avec beaucoup d’humour et d’ironie, « Les Fleurs du Jardin »… Une manière pour ces travailleuses du sexe de dévoiler… « l’envers du décor » !
L’idée, surtout, précise Sophie Montocchio, coordinatrice de Parapli Ruz, est « de faire comprendre que derrière leurs carapaces de sex workers, envers qui perdurent plein de préjugés et de fausses conceptions, vivent des femmes, des mères de famille. Leur quotidien est loin d’être de tout repos… Bien au contraire, puisqu’elles sont les rejetées de la société, en général, elles se heurtent à toutes sortes de discriminations et d’obstacles sur leurs parcours ». Pourtant, ajoute notre interlocutrice, « elles ont, comme toutes les Mauriciennes, à répondre de leurs responsabilités d’épouses et de mères. Sauf que leur métier n’est pas un emploi classique de bureau ou ailleurs. Elles, c’est sur le chemin qu’elles gagnent des sous… Elles ‘tracent’».
Antonella, Jenny, Sarah, Cindy, Shamira et les autres qui ont monté et présenté « Les fleurs du jardin », ce jeudi au Blue Penny Square du Caudan n’ont, pour cette fois, pas attiré les regards empreints de luxure. Mais c’est l’admiration et la joie que l’on lisait sur les visages de ces quelques anonymes qui ont daigné prendre place devant la scène improvisée et qui ont pris le temps de découvrir l’envers du décor de la vie d’une travailleuse du sexe. « Notre but, en mettant en scène cette réalité vécue de ces femmes, poursuit Sophie Montocchio, est de parvenir à faire tomber les barrières et changer le regard des Mauriciens. Que l’on arrête de condamner la « sex worker », en occultant celui qui sollicite…» La coordinatrice de la toute jeune Ong explique que « depuis la nuit des temps, on nous baratine avec le délit de « solliciting »… Où on y ajoute « male » pour dédouaner le client. Or, c’est le client qui vient solliciter les faveurs, n’est-ce pas ? Mais c’est la travailleuse du sexe qui est condamnée ! Tout ça est trop injuste et inhumain ». Dans un but de faire reculer ces attitudes stigmatisantes et oppressantes, Parapli Ruz a donc initié ces activités, dont la présentation de ce sketch… « Nous souhaitons pouvoir présenter « Les fleurs du jardin » au plus grand nombre », explique encore notre interlocutrice. Si des compagnies du privé, la Police Training School et d’autres organismes souhaitent, dans un souci de travailler de pair avec la société civile, nous aider à faire tomber les barrières, nous serons ravies de présenter le sketch !»
Certes, reconnaît la coordinatrice de Parapli Ruz, le métier que pratiquent ces femmes n’est pas légal. « Mais ce n’est pas pour autant que l’on doive les traiter de tous les noms et leur faire porter tous les fardeaux du monde ! », soutient notre interlocutrice. De fait, fin mai dernier, Parapli Ruz a remporté une franche victoire devant la justice.
Mars 2015, 13 femmes furent arrêtées « pour possession de… capotes. Quand nous nous sommes rendues au poste de police, explique l’une d’elles, on nous a fait comprendre qu’il était illégal d’avoir des préservatifs dans nos sacs à main…» Le lendemain, la coordinatrice de Parapli Ruz s’est présentée à nouveau, et cette fois, en compagnie d’un homme de loi. « Sauf que, cette fois, les policiers nous ont dit que les filles avaient été interpellées pour « Idle and disorder »…» C’est sous cette charge que les affaires se déroulent en cour et durent presque une année.
Et, au final, « notre avocat a prouvé qu’il n’y avait aucun « Idle and disorder » dans l’affaire et nous avons remporté cette première victoire ! », déclare Sophie Montocchio. Du coup, souhaite Parapli Ruz, « nous espérons surtout que cette affaire soit un « landmark » et que dans son sillage, nous n’ayons pas de représailles ».