Le poulet de table mauricien a de réelles opportunités d’exportation vers le marché européen si les entreprises privées et les autorités publiques concernées s’engagent sérieusement à mettre en oeuvre les moyens de rehausser la sûreté alimentaire aux normes européennes. D’ici quelques années d’éventuelles exportations vers des pays de la région et vers l’Europe pourraient avoisiner les 5 000 tonnes annuellement, générant des revenus bruts d’environ 10 millions d’euros par an. C’est ce qui ressort des conclusions d’un rapport de mission de consultants du Programme EDES de l’ACP-EU et remis au ministère des Affaires Étrangères et du Commerce international.
Le Dr François Gary, chef d’équipe, et le Dr Mathilde Saulnier, experte en sécurité alimentaire, étaient à Maurice en octobre de l’année dernière à la demande des autorités mauriciennes pour une évaluation économique du secteur avicole, son potentiel d’exportation vers l’UE et les possibilités d’en rehausser le niveau si besoin était pour en faciliter l’accès. Deux autres secteurs, l’apiculture et l’horticulture, ont aussi fait l’objet d’évaluations semblables.
Du côté du secteur privé, il ressort que la production avicole à Maurice a presque doublé en dix ans, passant de 25 600 tonnes en 2000 à 46 000 tonnes en 2010, soit une hausse de 20 400 tonnes. Les perspectives de progression les plus optimistes font voir une possibilité d’atteindre une production de 60 000 tonnes en 2015 et 80 000 tonnes d’ici à 2020.
S’agissant des perspectives d’exportation, l’Accord de partenariat économique signé avec l’UE en 2009 pourrait constituer une ouverture sur des marchés du bloc et, de facto, une reconnaissance mondiale en matière de normes de sécurité. Les consultants d’EDES sont d’avis que Mayotte et la Réunion représentent des marchés potentiels intéressants du fait de leur proximité comparée à la France. À titre d’exemple, ils citent la quasi dépendance de Mayotte de l’importation (99%) pour ses besoins en poulet de table, soit 7 000 tonnes.
Exigences
Les auteurs du rapport estiment que si leurs recommandations sont mises en oeuvre (voir plus loin), d’ici quelques années nos exportations éventuelles en poulet de table et produits transformés vers des pays de la région et vers l’Europe pourraient avoisiner les 5 000 tonnes annuellement, générant des revenus bruts d’environ 10 millions d’euros par an. Prenant en considération le coût élevé de la nourriture pour animaux, il est estimé que l’importation de cette matière première pourrait absorber 60 % de ces profits et que les bénéfices financiers nets d’ici quelques années pourraient atteindre environ 4 millions d’euros par an.
Selon le rapport, pour pouvoir s’adapter à l’exportation vers l’UE, les grosses entreprises productrices devront investir entre 2,5 et 3 millions d’euros dans les années à venir. Les deux principales compagnies citées (FAIL et Innodis) se préparent déjà en cas d’un éventuel accord, et conscientes des nécessités de s’adapter aux exigences du marché européen, auraient déjà commencé à faire les investissements requis. Toutefois, estiment les consultants du EDES, leur entrée dans ce segment après un tel accord avec l’UE aurait des impacts significatifs sur le secteur avicole local. Leurs plus gros clients (hôtels, chaînes de supermarchés et de restauration à enseignes internationales) vont préférer s’approvisionner auprès de compagnies ayant des normes de qualité garanties. Cette situation pourrait, estiment-ils, affecter les moyens producteurs avicoles. Aussi, il est recommandé au gouvernement de soutenir des abattoirs de taille moyenne ainsi que leurs fournisseurs indépendants en leur offrant la possibilité de moderniser leurs équipements et de se hausser aux normes européennes. De même, dans un souci de protection des intérêts du consommateur, les consultants estiment qu’il serait bon d’avoir une compétition saine dans ce secteur, avec trois ou quatre principales entreprises avicoles privées, afin d’éviter une hausse des prix du poulet et des produits dérivés. Par ailleurs, le rapport souligne le prix élevé du poulet à Maurice, entre 2 et 2,5 euros le kilo comparé à 1,75 euro en Europe, et 1 euro au Brésil. Ceci est principalement attribué au coût élevé de la nourriture pour poulets. À cet égard, les auteurs privilégient le développement, pour l’exportation, de produits à haute valeur ajoutée ou le ciblage des marchés niches.