Si les fêtes de fin d’année sont un temps de réjouissance, pour les commerçants, elles virent plutôt au cauchemar, du fait de l’occupation par les marchands ambulants des principales artères des villes. Si à Quatre-Bornes, Curepipe et Vacoas, les magasins se mobilisent pour contrer l’invasion des colporteurs, « à Port-Louis, c’est le chaos, la capitale est paralysée », soutient Raj Appadu, président du Front Commun des Commerçants de l’Île Maurice (FCCIM).
Cette année, une fois de plus, les marchands ambulants ont les faveurs des acheteurs venus des quatre coins de l’île. Particulièrement à Port-Louis, la “capitale des bonnes affaires” en cette période, où les colporteurs, fort du soutien gouvernemental, font comme bon leur semble, parfois au mépris de l’ordre, la loi et la discipline. Un soutien que déplore le FCCIM. « Le combat que nous menons depuis plusieurs années a été réduit à néant lorsque des ministres et députés du GM se sont associés à une manif des marchands de rue dans la capitale devant la municipalité de Port-Louis », indique Raj Appadu. L’annonce du ministre des Administrations régionales Hervé Aimée a été une douche froide pour les commerçants, qui comptaient compenser en décembre le manque à gagner dû tant à la situation économique qu’à la concurrence déloyale des colporteurs. « Durant la journée, l’activité dans commerces est inexistante. Ce n’est qu’à partir de 17 h que nous commençons à accueillir des clients parce que c’est l’heure à laquelle les marchands ambulants n’obstruent plus les trottoirs », précise ce commerçant de la capitale. « Non seulement ils empêchent les acheteurs de voir nos vitrines mais à travers leur irresponsabilité, ils forcent le public à marcher carrément sur la rue, au détriment de la sécurité », sans parler des nombreux détritus laissés après leur paassage.
Isoop Soobadar, président de la Market Traders Association (MTA), dénonce quant à lui « l’impuissance » de l’inspectorat municipal et de la police. « Depuis vendredi dernier, nous ne sommes pas en mesure de travailler. Les fêtes de fin d’année sont pour nous l’occasion de faire des bénéfices mais avec l’invasion des marchands ambulants, nous n’arrivons plus à survivre », dit-il, soutenant que les revenus des maraîchers ont été gravement affectés. « Nou bann marsandiz pe res koumsa mem », soutient notre interlocuteur, très remonté face au laxisme des autorités.
À Curepipe, à l’inverse, le délogement ordonné par la municipalité a poussé une partie des colporteurs à sous-louer les devantures des magasins dans les Arcades Salaffa. Selon nos informations, ces pratiques sont permises par d’anciens marchands ambulants qui aujourd’hui détiennent un commerce dans le centre-ville. « Nous ne sommes pas d’accord d’aller travailler au Forum le temps des fêtes comme demandé par la municipalité. Cet endroit est comme un cimetière, il n’y a aucune affluence et encore moins de facilités de transport. Nous avons tout tenté pour que le maire et son équipe de conseillers changent d’avis mais rien à faire », indique Nirmala, marchande de rue de la Ville Lumière. Comme elle, plusieurs colporteurs chassés au milieu du mois de décembre louent la devanture d’un magasin complaisant contre un paiement quotidien d’au moins Rs 500, avec des conditions établies avec le commerçant. « D’autres se sont réfugiés dans la capitale pour écouler leurs produits », soutient Nirmala.
L’acheteur lambda, lui, se rend le plus souvent dans la capitale pour faire les meilleures affaires. « C’est une tradition chaque année de venir à Port-Louis pour cela. Les marchands ambulants savent que le Mauricien souhaite faire des économies. Ils savent où vendre leurs produits puisqu’ils connaissent la clientèle », soutient Françoise, une habitante de Lallmatie. « Cette année, j’ai économisé Rs 2 000 rien qu’avec ce que j’ai acheté à Port-Louis », dit-elle avec satisfaction en quittant la capitale.